Mystère Jazz

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Jean-Pierre JACKSON : Benny Goodman. Editions Actes Sud/Classica.

25 Mars 2011 , Rédigé par Oncle Paul Publié dans #Jazz

S’il ne fallait garder en mémoire qu’un seul fait marquant dans la carrière de benny-goodman.jpgmusicien de Benny Goodman, ce serait incontestablement celui-ci : Benny Goodman fut le premier à intégrer des Noirs dans ses formations de Jazz se produisant en public. Il avait déjà à son actif des enregistrements mixtes puisque le 24 novembre 1933 il participait au dernier enregistrement de la chanteuse Bessie Smith et trois jours plus tard il invitait en studio une jeune interprète de dix-huit ans : c’était la première prestation discographique de Billie Holiday. Le 2 juillet 1935 invité par Teddy Wilson il participe à une séance en compagnie de Ben Webster, Roy Elridge, John Trueheart, John Kirby et Cozy Cole afin d’accompagner à nouveau Billie Holiday pour une séance d’enregistrement de trois titres. Il est le seul blanc de cette formation. Mais c’est un plus tard qu’il enfreindra, avec la complicité du batteur Gene Krupa et de John Hammond directeur artistique chez Columbia, cette loi raciale pour ne pas dire raciste qui stipulait que Noirs et Blancs ne pouvaient se produire sur scène ensemble. Au premier trimestre 1936 le Rhythm Club de Chicago désire engager les trois musiciens, c’est-à-dire Benny Goodman, Gene Krupa et Ted Wilson. Aussi Ted Wilson se produit d’abord seul sur scène, et bientôt Benny et Gene le rejoignent brisant un tabou et enfonçant un premier coin dans le racisme. Mais Benny Goodman innove également en étant le premier musicien de jazz à se produire au Carnegie Hall, le temple de la musique classique. Benny Goodman est un musicien éclectique et par ailleurs il enregistrera en 1965 sous la direction d’Igor Stravinsky Ebony Concerto écrit par Woody Herman. Mais ce n’était pas sa première incursion dans le domaine classique puisqu’il enregistra dès 1956 le Concerto pour clarinette de Mozart en compagnie du Boston Symphony Orchestra sous la direction de Charles Munch et quelques autres plages dont le Concerto pour clarinette n°1 de Weber avec l’orchestre symphonique de Chicago sous la direction de Jean Martinon, et bien avant, en 1939, un concert au Carnegie Contrastes pour violon, clarinette et piano, une partition de Bartók, Bartók avec au piano Béla Bartók lui-même et au violon Joseph Szigeti.

Né le 30 mai 1909 d’un couple d’exilés hongrois juifs de Varsovie, le jeune Benjamin David bénéficie de leçons de musique gratuites. Son père, tailleur dans une fabrique fréquentait assidument la synagogue de Baltimore qui offrait aux jeunes garçons formant l’orchestre de la synagogue, profite de l’occasion pour l’inscrire lui et ses frères Harry et Freddy, d’autant que les instruments sont loués à bas prix. Benny est fasciné par la clarinette et devant les progrès de celui qui sera surnommé plus tard King of Swing, terme qu’il n’apprécie que modérément car il sait que combien cette distinction peut-être fugace, il bénéficie de cours payants auprès du vénérable professeur Franz Schoepp, qui avait déjà formé notamment Jimmy Noone. A douze ans il gagne son premier cachet, cinq dollars, alors que son père en gagne vingt par semaine. En 1923 il gagne quarante-huit dollars en se produisant quatre soirs par semaine au Guyon’s Paradise. Dès son premier cachet le jeune Benny avait décidé que la musique serait son métier et qu’il sortirait ses parents de la misère. Sa réputation grandit rapidement et il deviendra l’un des grands noms du jazz d’avant-guerre soit en étant à la tête de grands orchestres ou de petites formations, genre quartet ou sextet. Mais ce sera avec les petites formations qu’il sera le plus à l’aise notamment son association avec Gene Krupa à la batterie, Ted Wilson au piano et Lionel Hampton au vibraphone. Il donna également leur chance à de nombreux musiciens qui graveront leur nom au fronton du Jazz, comme Charlie Christian, Wardell Gray ou encore Stan Hasselgard, lesquels décédèrent tous malheureusement jeunes, le premier de tuberculose, le deuxième d’un accident de voiture et le dernier assassiné. Après guerre Benny Goodman, qui ne s’adapte pas au Be-bop, connait une période de latence mais grâce à sa foi en la musique il rebondit et enchaine les tournées principalement en Europe, malgré des problèmes récurrents de sciatique.

Décrié par quelques pisse-froid, pas toujours reconnu à sa juste valeur par des mélomanes partiaux, Benny Goodman a marqué le jazz durant plus de soixante ans, enchainant les succès. Et Jean-Pierre Jackson fait œuvre pie en proposant ce premier ouvrage français consacré à ce grand instrumentiste, le seul d’ailleurs car si des ouvrages de références ont été écrits et publiés aux Etats-Unis, aucun n’a été traduit à ce jour. Jean-Pierre Jackson s’attache à la jeunesse et à la carrière musicale du clarinettiste sans entrer dans la vie privée, mettant en avant ses qualités, les artistes qu’il a côtoyé, les concerts, tout ce qui se rapporte au monde musical. Avec quelques belles pages sur ses relations avec les autres musiciens, pour lesquels il professait souvent admiration. Ainsi avec Ted Wilson dont il déclarait : « Teddy jouait parfaitement les morceaux en trio. C’est ce que nous pensions de lui… Un sacré bon musicien. Nous n’avons juste jamais pensé à lui comme étant un Noir ». Peut-être à cause de son origine juive, car il faut se souvenir que certains hôtels et bars du Sud des Etats-Unis arboraient des écriteaux signalant que ces établissements étaient « Interdits aux Noirs, aux Juifs et aux chiens ».

L’ouvrage est complété d’une chronologie, de repères discographiques et bibliographiques, d’un index des noms et d’un autre des titres cités.

BDMUSIC : La BD entre les oreilles.

24 Mars 2011 , Rédigé par Oncle Paul Publié dans #Z'infos MystèreJazz

Présentation éditeur :

La collection BDMUSIC présente tous les musiciens qui ont façonné la musique du 20ème siècle, à travers la vision des dessinateurs, peintres ou illustrateurs d’aujourd’hui. Il s’agit d’allier l’expression picturale, sous toutes ses formes, à l’expression musicale.

BD Jazz présente de manière nouvelle une musique merveilleuse, menacée par l’oubli, tant la place n’existe plus aujourd’hui que pour « l’actualité ».

BD Jazz est un lieu de rencontre pour tous les talents de la musique, Bud-Powell.jpgde la bande dessinée et toutes les expressions graphiques. Nous souhaitons autant présenter un panorama de la musique du XXème siècle qu’une galerie d’artistes illustrateurs et peintres qui peuvent s’exprimer librement et réaliser sans aucune contrainte leur expression artistique. Nous invitons dans la collection aussi bien les grands artistes peintres et dessinateurs confirmés que les jeunes générations, parfois affirmées, parfois incertaines, qui donneront une vision de l’orientation esthétique de notre période et qui permettront à tous de découvrir les étapes dangereuses et angoissantes de la confirmation d’un talent. Chaque lecteur se transforme en consommateur moderne, impliqué dans l’identification d’un talent en devenir.

Nous avons conçu la collection BDJazz pour le plus grand nombre :

Pour les amoureux du jazz, qui retrouveront sur deux Cd une sélection raisonnée des meilleurs moments de la période illustrée, réalisée par des spécialistes du genre (Claude Carrière, Président de l’académie du jazz et Christian Bonnet, directeur de la collection Masters of Jazz) et remasterisée dans le respect du son clair et original au studio Art et Son.

Dizzy-gillespie.jpgPour les dilettantes qui veulent simplement jouir de deux heures de jazz de qualité, et retrouver le vrai plaisir du son. Le critère de sélection BDJazz est en priorité la qualité et le plaisir. Nous avons conçu pour chaque musicien l’album idéal et indispensable à toute discothèque de base.

Pour les jeunes générations, qui vont découvrir une musique que l’on ne cesse de redécouvrir dans les soirées branchées où Ella Fitzgerald et Charlie Parker sont remixés en même temps que Maceo Parker.

Pour les esthètes curieux qui savent atteindre la jouissance immorale du mélange des sens. Le dessin et la couleur peuvent exprimer des émotions que les mots ne peuvent exprimer. Décrire une œuvre d’art par une autre œuvre d’art sans passer par les mots, c’est donner une nouvelle nature à l’émotion esthétique.

Pour les Amoureux de l’encyclopédie qui collectionneront les mille références pour 1000 musiciens retraçant la vie et l’œuvre des personnalités qui ont façonnées la vie musicale des XXème et XXIème siècle.

BD Jazz est le point de départ d’une encyclopédie de tous les musiciens du siècle, dans tous les genres : Jazz, Blues, World Musique, Funk, Variétés, Stars du cinéma, Rock, Reggae, Electro etc.… comme pour toute encyclopédie, l’œuvre ne sera donc jamais achevée. Brassens

Compléments d’informations :

Créée en 2003 la collection BDJazz connait depuis quelques années de petites sœurs. BDBlues, BDRock, BDChansons ; BDCiné ; BDClassique ; BDWorld ou encore une collection entièrement consacrée à Cabu et le Jazz.

Si les grands noms du jazz sont à l’honneur, Louis Armstrong, Django Reinhardt, Miles Davis, Stéphane Grapelli, John Coltrane, Charlie Parker, Gerry Mulligan, d’autres musiciens moins connus bénéficient d’une présentation originale, traités comme leurs mentors ou ceux qui bénéficient des ondes radiophoniques : Anita O’Day, Billy Strayhorn, Charlie Christian, Fats Navarro, Illinois Jacquet… Dans la collection Cabu figure Wardell Gray, saxophoniste de talent ayant joué avec Charlie Parker, Dexter Gordon et aussi Benny Goodman, assassiné le 29 mai 1955 à l’âge de trente-quatre ans à Las Végas alors qu’il venait de signer un contrat avec Benny Carter, mais également le grand chef d’orchestre JiKessel.jpgmmy Lunceford, Jimmy Rushing, Stan Kenton, Barney Kessel... Dans BDMusic on peut retrouver quelques grands noms de la chanson française et francophone avec des livrets consacrés à Georges Brassens, Léo Ferré, Félix Leclerc, Jacques Brel…

De grands illustrateurs issus de la BD mettent leur talent au service de ces collections, Louis Joos, Joe G. Pinelli, Jacques Ferrandez, entourant de leurs pinceaux protecteurs de jeune pousses en devenir. Mais le mieux peut-être est de découvrir le catalogue sur le site des éditions BDMusic et de vous forger votre propre opinion. Des livrets qui comportent 22 pages de BD, une biographie et 2 CD soit environ deux heures d’écoute musicale. Pas mal non pour un prix d’environ 20€ le livret, le livret de la collection Cabu étant de 12€.Zinfos-MJ.jpg

Christian Bonnet qui est le directeur de collection est lui-même saxophiniste et leader du Black Label Swingtet, une formation que vous pouvez retrouver ici.

Balade au Salon du Livre de Paris.

22 Mars 2011 , Rédigé par Oncle Paul Publié dans #Z'infos MystèreJazz

Après les nourritures terrestres fournies par le salon de l’Agriculture, rien de plus normal que de s’intéresser aux nourritures spirituelles avec le Salon du Livre. Un endroit hautement fréquentable surtout pour ceux qui aiment le contact avec la foule, l’affluence, les embouteillages. Mais si un nombre imposant de lecteurs se pressent près des stands des grandes maisons d’éditions dans les avenues centrales, de petits chemins vicinaux permettent de découvrir de petits éditeurs qui œuvrent en silence mais efficacement pour la propagation de notre péché mignon. Là règne un calme relatif qui procure la possibilité de converser avec les auteurs sans être bousculé. Parfois même le lecteur impénitent stationnant devant l’étal incite d’autres chalands à s’informer, voire à acheter le ou les ouvrages présentés, même s’ils sont relativement restreints. Mais le Salon du Livre commence bien avant l’entrée dans la grande mosquée. Pour preuve cette rencontre inopinée dans le métro : 

 Pécherot 1

Patrick Pécherot dans le métro


Dès l’entrée au Salon mon regard circulaire et fouineur fut immédiatement attiré par le panneau Normandie. Première étape quasi obligée, direction le stand Krakoen où règne une ambiance bon enfant.

Max Obione et Claude Soloy 

Max Obione heureux papa de Scarelife, gaufre royale, ou encore des Vieilles décences et Claude Soloy, et son béret basque présentant Le plancher des algues


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Jeanne Desaubry, auteure de  Dune froide et Max Obione entourant votre serviteur

 


Hervé Sard 

Hervé Sard auteur de Morsaline et de La mélodie des cendres

 


  Franck Membribe 

Franck Membribe auteur de Un coup de Foehn chez Krakoen bien sûr


  José Noce 

José Noce et sa Villa Confusione et dernièrement

Le monde est un bousillage chez Krakoen

 


Marie Vindy

Marie Vindy : à découvrir Nirvana Transfert chez Krakoen


Ensuite au hasard de mes déambulations j’ai pu rencontrer quelques auteurs que je connaissais déjà et avec lesquels ce fut un plaisir de se revoir. Pas longtemps bien sûr, les échanges étant parfois interrompus par des lecteurs et/ou acheteurs avides de faire dédicacer un ouvrage, et de converser avec des interlocuteurs proposant leur production avec le sourire. Pas de harangue comme sur le marché au poisson provençal mais des échanges feutrés et courtois.

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Dominique Sylvain dont le dernier roman, Guerre sale paru chez Vivianne Hamy a connu les honneurs de la télévision.


  Bob Garcia 

Bob Garcia, musicien de jazz, chroniqueur sur TSF Jazz, et auteur de pastiches holmésiens. A lire Duel en enfer paru au Rocher.


Brigitte Aubert

Brigitte Aubert qui multiplie les facettes, jouant aussi bien dans le domaine du suspense, du roman noir, de l'humour ou du roman historique. A lire Le souffle de l'ogre chez Fayard



Vivianne Moore

Viviane Moore auteur aux éditions du Masque des aventures du Chevalier de Galeran et aujourd'hui chez 10/18



Gordon Zola

Gordon Zola patron des éditions du Léopard Masqué et romancier créateur de la série Saint-tin, qui connut la vindicte de la société Moulinsart.


François Ducos

François Ducos auteur de Les Proies de la vampire aux éditions Terre de Brume


Johan Moulin

Johann Moulin auteur de L'irlandais de Brighton aux éditions Ravet-Anceau


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Régis Descott auteur de l'année du rat chez J.C. Lattès


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Joe G. Pinelli auteur avec J.B. Pouy de Fratelli réédité chez J.C. Lattès

 

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Sire Cédric jeune pousse du fantastique françois. A lire Dreamworld paru au Pré au Clerc

 

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Giacometti & Ravenne auteurs de Lux Tenebrae au Fleuve Noir

 

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et enfin Patrick Pécherot dédicaçant son Homme à la carabine édité par Gallimard


La fin de ma randonnée entre les échoppes s’est terminée avec quelques ouvrages supplémentaires dans ma sacoche et un mal aux pieds inhérent à ce genre de flânerie. Le Salon du livre, c’est bien, mais je crois que je préfère les petits festivals dans lesquels les auteurs sont certes représentés en moins grand nombre mais qui composent une palette plus restreinte de la littérature, celle que nous apprécions : le roman policier et ses dérivés. Et autre avantage des festivals, l’auteur n’est pas confiné sur un stand dédié à un éditeur et il peut donc offrir un large éventail de sa production.

Elisabeth O’SULLIVAN : Lettres de la Grande Blasket. Traduit de l’anglais (Irlandais) par Hervé Jaouen. Editions Dialogues.

21 Mars 2011 , Rédigé par Oncle Paul Publié dans #Inclassables

Ne vous y méprenez point, la Grande Blasket n’est pas le surnom donné à une jeune femme, comme on dit la Grande Sophie ou autre. Non, la Grande Blasket, c’est la 250px-Blasket2.jpgplus grande des six îles qui composent l’archipel des Blasket, sur la côte ouest de l’Irlande, proche de la péninsule de Dingle dans le comté de Kerry. Quelques dizaines d’îliens habitaient sur cette butte de terre, vivant un peu de l’élevage de moutons, de quelques ovins et de la culture de la pomme de terre. Quelques touristes s’aventurent parfois et c’est ainsi qu’Elisabeth O’Sullivan fait la connaissance de George Chambers, un lettré Anglais avec lequel elle va correspondre durant vingt ans, de 1931 à 1951, jusqu’à ce que le gouvernement irlandais décrète en novembre 1953 l’évacuation des vingt-deux îliens restants, jugeant leur condition de vie trop pénible.

Lorsque débute ce récit épistolaire Elisabeth O’Sullivan, en irlandais gaélique Eibhlís Ní Shúilleabháin, n’a que vingt ans. Elle décrit la vie de la communauté, au fil des saisons, avec ses mots simples, ses approximations, avec naturel, naïveté, fraicheur, candeur, ingénuité. Elle s’amuse de tout et de rien, de même que les autres insulaires qui résident à longueur d’année. Un quotidien frustre bien loin de l’électricité, de la télévision, du modernisme. Il n’y a pas de magasins sur ce tertre posé sur la mer et l’approvisionnement s’effectue par canots jusqu’à la ville, Dingle, quelques fois jusqu’à Dunquin. Outre l’élevage et la pomme de terre, la pêche constitue également l’une des ressources alimentaires, celle au homard étant réservée à la ressource financière, mais il faut acheter le sucre et autres denrées de première nécessité. L’aide sociale, 5 schillings par semaine, ne couvre pas toutes les dépenses. Il faut compter 2 schillings pour le tabac des hommes et le reste est absorbé en thé et confitures. Vivre chichement n’est pas synonyme de morosité. Et puis l’été aidant, les visiteurs débarquent sur l’île. Les visiteurs, terme affectif et pudique pour désigner les quelques touristes qui prennent gîte chez l’habitant. En général ils ne restent guère longtemps, mais ils sont fidèles. L’hiver, les insulaires organisent des grande-blasket.pngsoirées, ils dansent, une occupation saine et distrayante. Et à la Saint Patrick, comme la fanfare est inexistante « nous prendrons une vieille boîte de conserve, et nous taperons dessus avec quelque chose en faisant le tour du village le soir ». Autre moment qui fracture le quotidien, c’est lorsque l’un des îliens décède. Une occasion lors de la veillée funèbre pour se retrouver. « Le mort était allongé sur son lit avec son costume neuf sur lui, sauf sa casquette et ses souliers comme vous le savez vous-même et il était très agréable à regarder ». « La maison était pleine de monde. Nous sommes restés là jusqu’à huit heures du matin. Nous avons passés une nuit agréable ». La mort est souvent présente et les veillées ne sont pas réservées aux pleureuses. « Ç’a été une nuit distrayante pour nous. A écouter raconter des histoires et tout pour que la nuit soit plus courte ». Mais les veillées funèbres ne sont pas si nombreuses et d’autres petits plaisirs ponctuent la jeunesse d’Elisabeth, comme lors de la veille de la Toussaint. Par exemple « griller des haricots dans le feu, deux à la fois et nous imaginons que ce sont un garçon et une fille. Après les avoir ôtés du feu nous les jetons dans une tasse d’eau et s’ils se rapprochent tous les deux, tralalalalère c’est bon signe pour ce que vous pensez et s’ils ne se rapprochent pas ça ne fait rien, nous nous moquerons et rirons pareil du garçon et de la fille s’ils sont dans la maison ». Mais au fil des ans le mariage d’Elisabeth avec un petit cousin et la naissance d’une fille, les temps sont plus durs, la guerre sévit sur le continent et les lettres perdent leur insouciance, s’écrivent dans un registre plus grave.

Dans sa postface, Hervé Jaouen, qui professe une véritable passion pour l’Irlande, nous raconte comment il a été amené à découvrir cet ouvrage, ce qui l’a amené à le traduire, les difficultés qu’il a rencontrées pour rendre au plus juste la version française, sa découverte de l’île de Blasket, et des moments intenses et des émotions qu’il a ressenties. Un récit épistolaire émouvant que le lecteur découvre en ne pouvant s’empêcher d’effectuer un parallèle avec notre quotidien assujetti aux plaisirs de synthèse. Une leçon de vie, d’amour, de simplicité.

Saskia NOORT : Petits meurtres entre voisins. Folio Policier n° 613. (De Eetclub – 2004 ; traduction Mireille Cohendy). Réédition de éditions Denoël.

18 Mars 2011 , Rédigé par Oncle Paul Publié dans #Romans

Prix SNCF du Polar Européen 2010.

Las de la vie urbaine, Karen et Michel décident de quitter Amsterdam et de s’installer petits-meurtres.gifdans un petit village proche de la capitale avec leurs deux enfants. Au début, tandis que Michel va travailler, Karen malgré son emploi à domicile s’ennuie un peu. Les premiers mois, ils reçoivent bien leurs amis, mais cela ne dure qu’un temps. Heureusement ce seront les enfants, comme bien souvent, qui établiront la liaison. Karen fait la connaissance de Hanneke, puis de fil en aiguille le cercle s’élargit. Bientôt ils seront cinq couples, ou considérés comme tel, des nouveaux riches, à se réunir les uns chez les autres pour boire, pour papoter, pour boire, pour faire la fête, pour boire. Une petite association dénommée le club des dîneurs. Entente cordiale assurée, sauf que parfois il y a de légers dérapages. La bonne humeur est de rigueur, même si unetelle n’apprécie pas les écarts de langages, les attitudes, les provocations d’une autre, même si les hommes se montrent parfois provocants, séducteurs, émoustillants, grivois, désirant comparer dans le pré d’à côté si l’herbe est aussi tendre que dans leur jardin. Un vernis de façade qui se craquèle, se fissure, se lézarde sous les insinuations, les petites trahisons, avérées ou non, les mensonges. Jusqu’au jour où tout bascule. Réveillée en pleine nuit par le téléphone Karen apprend que la maison de Babette et Evert est en train de brûler. Branle-bas de combat pour récupérer les enfants, des objets, savoir si les parents sont indemnes. Hélas non seulement Evert périt dans l’incendie, mais une lettre découverte dans sa voiture laisse supposer qu’il est à l’origine du drame. Depuis quelques temps il était en proie à une dépression, ce dont ses amis s’étaient rendu compte, ne pensant pas toutefois que cela pourrait tourner au drame. Le jour de l’enterrement d’Evert, Hanneke se saoule, et disparaît. Le lendemain elle est retrouvée, gisant sur le trottoir, tombée du balcon de sa chambre d’hôtel où elle s’était réfugiée. Accident, suicide, meurtre ? Toutes les hypothèses sont avancées.

Une introspection dans le monde des nouveaux riches, des Bobos qui ont bobo. Saskia Noort met en scène avec finesse cinq couples, dont Karen la narratrice et son mari Michel, et dévoile peu à peu la vie intime de ses personnages. Installées dans un village pour fuir la ville, même si les maris se déplacent tous les jours pour rejoindre la capitale, ces cinq femmes cherchent à se créer leur monde, et non pas à s’intégrer. Un peu comme les coloniaux qui se réunissaient le soir dans leurs bungalows pour écluser leur whisky et parler du pays qu’ils avaient quitté pour amasser une fortune dont ils ne profiteraient pas. La tension monte progressivement, chacun regarde l’autre afin de déceler qui est le coupable potentiel, et les crises de nerf succèdent aux crises de rire. Karen, la dernière arrivée, se raccroche tant qu’elle peut, comme le lierre aux pans de murs qui se dégradent. Angoisse et sexe vont régenter sa vie même si elle tente de combattre les deux.

Paco Ignacio TAÏBO II : Ombre de l’ombre. Collection Rivages Noirs n° 124. Editions Rivages.

17 Mars 2011 , Rédigé par Oncle Paul Publié dans #La Malle aux souvenirs

Dans une salle de café de Mexico, en l’an de grâce 1922, quatre amis ont ombre-de-l-ombre.jpgpour habitude de se retrouver et, tout en jouant aux dominos, d’échanger leurs points de vue sur les événements qui secouent la ville. Thomas Wong, d’origine chinoise et menuisier dans une usine de textile, s’entête à prononcer les R comme des L, pourtant il n’a jamais mis les pieds dans le quartier de ses congénères où sévissent les Tongs et les Triades. Alberto Exécutor, avocat, prodigue volontiers ses conseils dans les bars plutôt que dans un bureau à une clientèle en marge de la loi. Pioquinto Manterola, journaliste de faits-divers, ne peut écrire ses articles que dans le brouhaha des salles de rédaction. Quant à Firmin Valencia, poète myope ayant combattu aux côtés de Pancho Vila, il distille ses vers au service d’un art naissant, la publicité. Valencia assiste au meurtre d’un joueur de trombone, membre d’une fanfare militaire, le sergent José Zévada, assassiné en plein concert dans un kiosque à musique. Le journaliste est le témoin d’un fait-divers en direct. Un homme est défenestré et Manterola aperçoit fugitivement une jeune femme qui pourrait bien être la coupable. Le cadavre n’est autre que le frère du musicien révolvérisé. Tels sont les points de départ d’une curieuse aventure pour les quatre amis qui échappent de peu à une agression en pleine rue. Une veuve qui aurait empoisonné son mari, une hypnotiseuse, des colonels à la solde de magnats américains du pétrole, voilà quelques uns des personnages qui gravitent dans ce roman qui puise son inspiration dans les bons vieux feuilletons du début du siècle dernier.

Plus qu’un roman policier Ombre de l’ombre est un roman d’aventures épiques et picaresques. Un faux maçon déguisé en faux mort, des chocolats empoisonnés, une ambiance exotique internationale, un anarchiste syndicaliste, un faux Indou et de vrais Chinois, une fusillade en voiture digne d’émules de la bande à Bonnot, la félonie de quelques militaires, des bijoux voyageurs, un journaliste qui se prend pour Rouletabille, et des ordres venus d’un personnage tout puissant mais masqué, tels sont les quelques éléments qui foisonnent dans ce récit dont le héros est néanmoins le jeu de domino, sport national. Ombre de l’ombre aurait pu être sous-titré : les Trois Mousquetaires au Mexique.

Alain GERBER : Frankie, le Sultan des pâmoisons. Le Livre de Poche n° 32014.

14 Mars 2011 , Rédigé par Oncle Paul Publié dans #Jazz


Le Fregoli du jazz, alias Alain Gerber, vient de mettre en scène son frankie.jpgnouveau spectacle musical, en tenant tout aussi bien le rôle principal, celui de Frank Sinatra, The Voice comme l’on surnommé les Américains, que ceux qui ont marqué, influencé, participé, contribué à l’ascension du crooner. Une vie riche, contrastée au cours de laquelle Sinatra aura fréquenté les hommes qui tenaient le haut du pavé politique et artistique que ceux qui gravitaient autour de la pègre.

Les femmes auront joué une part indispensable dans l’existence de Franck, comme les deux montants d’une échelle sociale qui le conduira au firmament de la célébrité. La première d’entre elle, c’est Dolly, sa mère, qui se montre possessive, désirant que son unique rejeton se distingue des enfants qui habitent le quartier. Il n’a pas le droit d’aller jouer avec ces sacripants, il est toujours bien habillé, car Dolly cultive la propreté. Du corps et de l’esprit. « Jurons et blasphèmes, pourtant, ne sont pas sa seconde nature. Preuve en est qu’elle récure la bouche de son enfant au savon noir, quand d’aventure un vilain mot s’en échappe ». Maternelle et dominatrice, serviable et arrogante, Dolly gère d’une main ferme la famille, et le jeune Franck, même s’il s’ennuie à regarder par la fenêtre de l’appartement, agenouillé sur une chaise, les gamins jouer dans la rue. Le samedi après-midi, le seul moment où il ne va pas à l’école, il rejoint sa mère qui travaille dans une confiserie. Une occupation qui accapare Dolly, le reste du temps étant consacré à parcourir les chemins avec sa trousse, pour le compte de la mairie ou de sa propre initiative, car elle « racole » pour les démocrates. Il mange quelques-uns des chocolats que confectionne sa mère puis tous deux vont au cinéma. Frank craint et aime sa mère tout à la fois. Et le jour où il entend dans la cour de l’école des abominations la concernant, il se bat tout en essayant de protéger ses vêtements. Il récidivera à plusieurs reprises, se forgeant une réputation, sous des abords d’enfant doux et timide, de dur. Ce n’est pas parce qu’il est habillé comme un petit Lord Fauntleroy que Franck voit la marmite déborder d’aliments succulents. Il mange à sa faim, des pâtes très souvent, c’est bon contre la tuberculose affirme la grand-mère maternelle, ignorant que la note d’épicerie est réglée par la grand-mère paternelle. Le père est le plus souvent au chômage, trouvant de temps à autre de petits emplois en tant que docker, cordonnier, chaudronnier ou autre, et accessoirement affrontant sur le ring des adversaires qui se montrent plus virulents que lui. Grâce aux magouilles de Dolly à la mairie, ils entrent en possession d’un estaminet ce qui est incompatible avec sa nouvelle fonction de sapeur-pompier, puisqu’un fonctionnaire municipal ne peut occuper être tenancier de bar. Les magouilles déjà. Alors que Dolly envisageait un fils ingénieur ou médecin, celui-ci la prend à contre-pied en écoutant vers ses quatorze quinze ans des « sussurreurs », « des charlatans de la radio ». Les études et Frankie ne font pas bon ménage et lorsque l’adolescent s’entiche de Bing Crosby, le crooner de l’époque, allant jusqu’à l’imiter dans ses moindres faits et gestes, sa mère, malgré ses réticences ne peut que se plier. Il obtient de petits engagements, non rémunérés, dans des orchestres locaux. Il n’est pas accueilli avec enthousiasme, loin de là, par un public tapageur, mais c’est un tenace et il parvient à convaincre sa mère de puiser dans sa réserve, une boîte à biscuits, afin d’acheter autre chose qu’un porte-voix pour chanter, ustensile utilisé par les chanteurs pour couvrir alors les instruments de l’orchestre, mais également des partitions, même s’il « n’aurait pas distingué une clé de sol d’une poêle à frire », partitions qu’il fournit aux orchestres susceptibles de l’accompagner, une économie pour les uns, la promesse d’un engagement pour l’autre. Et c’est ainsi que peu à peu, ayant acquis sa mère à sa cause, que le jeune Franck parvient à s’imposer. En 1935, il a à peine vingt ans, le jeune Sinatra fait partie des Hoboken Fours et en 1939 il est engagé par Henri James avec lequel il enregistre une dizaine de titres. Puis il est recruté par Tommy Dorsey en 1940 et entame à partir de 1942 une carrière solo. En 1943 c’est sa première apparition au cinéma.

Si Dolly fut son mentor, il ne faut pas oublier non plus les femmes qui jalonnèrent la vie de Franck Sinatra : Nancy Barbato, mère de Nancy la chanteuse, Mia Farrow, Barbara Marx, qui l’accompagna de 1976 sa mort. Mais la plus importante fut bien Ava Gardner, avec laquelle il fut marié de 1951 à 1957. Une liaison houleuse, tout deux étant de fortes personnalités. Mais ces épisodes ainsi que ceux retraçant les accointances de Franck Sinatra avec la Mafia, disons certains des membres de cette association de gangsters d’origine italienne, surtout Lucky Luciano dont il fut un ami proche, liaison qui laissa court à de nombreuses interprétations, mais aussi avec des hommes politiques, les Kennedy bien évidemment, mais aussi les Grimaldi, ami proche de Grâce Kelly il fut le parrain de Stéphanie de Monaco, tout cela, Alain Gerber vous le racontera beaucoup mieux que moi. Alors en conclusion je vous incite à lire cet ouvrage qui, et Alain Gerber nous le précise fort opportunément dans son avertissement, « n’est en aucune façon une biographie ». Certes, il était bon de l’écrire mais il faut également préciser qu’Alain Gerber s’est inspiré de faits réels et avérés, notamment de l’ouvrage de Richard Havers : Sinatra, publié en France en 2005.

Vous pouvez également lire l’ouvrage de Crocq et Mareska: Sinatra, entre chiennes et loups.

 


 

Shane STEVENS : L’heure des loups. (The anvil chorus – 1985 ; traduction de Edith Ochs). Editions Sonatine.

11 Mars 2011 , Rédigé par Oncle Paul Publié dans #Romans

En ce début du mois d’avril 1975, l’inspecteur César Dreyfus et son jeune heure des loupsadjoint auraient catalogué la mort de Dieter Bock, comme un suicide. Après tout, un policier moins futé se serait peut-être laissé prendre aux apparences, un homme pendu à l’aide d’une corde de piano, la pièce fermée de l’intérieur, pas d’autres ouvertures par lesquelles un éventuel assassin aurait pu s’enfuir. D’autant que le mort ne porte pas d’hématomes pouvant laisser penser qu’il aurait été assommé avant la pendaison. Le légiste soulève un coin du voile en affirmant que le cadavre aurait reçu une injection d’un produit vétérinaire capable de plonger dans le sommeil un bovin. Donc l’assassinat établi, et le mystère de la chambre close résolu en un tour de main, il ne reste plus qu’à s’intéresser aux antécédents du cadavre. Dieter Bock, selon les papiers, lettres et photos retrouvés dans la pièce, aurait été un SS attaché au service de Himmler. Trois autres pendaisons similaires ont été exécutées envers des personnes qui n’avaient aucun lien en commun, ce qui constitue un début de piste. Mais là où l’histoire se corse, c’est que les photos ont été truquées et qu’après vérifications diverses, il s’avère que Dieter Bock n’est pas Dieter Bock. C’est quelqu’un qui lui ressemble qui a été pendu. César Dreyfus s’obstine et ce n’est pas parce que le SDECE et la DST semblent vouloir s’accaparer du dossier et éventuellement lui mettre des bâtons dans les jambes qu’il va abandonner la partie. Même si un groupe terroriste palestinien a revendiqué l’assassinat d’un diplomate britannique tué par balle à l’aide d’une arme à feu ayant été découverte près du cadavre de Dieter Bock, ou de l’homme qui est censé être Bock. Et que vient faire dans cette embrouille un détective suisse, Kayser, qui pourrait bien être un agent double.

César Dreyfus, dont le père mort à Auschwitz revendiquait une possible affiliation avec le célèbre capitaine déporté à l’île du diable, est un policier atypique dont la carrière a été brisée lors d’une enquête qu’il a été amené à conduire lors de la guerre d’Algérie. Depuis il végète comme inspecteur à la Criminelle, est divorcé, et il se contente de se sustenter de soupes et de sandwiches. C’est un tenace, comme un molosse qui grogne et montre les dents lorsque quelqu’un s’avise de s’approcher de lui et de vouloir s’emparer de son os. Et cette affaire, Dreyfus veut la mener jusqu’au bout, même si des inconnus s’acharnent à vouloir lui loger une balle afin de le contrarier dans son enquête.

Publié en 1985, ce roman aura donc attendu vingt six ans pour passer l’Atlantique. Et comme l’action se déroule en 1975, il est évident que certaines avancées scientifiques aujourd’hui courantes ne peuvent en rien aider les enquêteurs dans leurs recherches et que bon nombre d’événements se sont produits depuis. Ce qui donne un petit air vieillot à cette histoire. Ainsi le mur de Berlin n’est pas encore tombé, l’Allemagne de l’Est est toujours une entité à part entière. Trois ans se sont passées seulement depuis les attentats des jeux olympiques de Munich, et la traque d’anciens nazis est toujours prégnante, notamment celle de Klaus Barbie qui alors était réfugié en Bolivie. Shane Stevens, un pseudonyme qui cache un écrivain inconnu, connait bien la France, et la littérature française. Sa description de Paris ne semble pas puisée dans un quelconque guide destiné aux touristes. Par exemple lorsque César Dreyfus est invité à une petite fête entre amis place des Vosges, Stevens ne manque pas de signaler que « Victor Hugo avait vécu là, de même qu’un siècle plus tard Georges Simenon et son commissaire parisien ». Plus étonnant, Stevens fait également référence au code Napoléon : « Conformément au code Napoléon, deux similitudes faisaient un coupable tant que celui-ci n’avait pas prouvé son innocence ». Cet article que l’on pourrait croire désuet est toujours d’actualité. Enfin les noms des personnages sont assez savoureux : outre Junot de la DST, le supérieur de Dreyfus se nomme Dupin et deux des ses collègues Rimbaud et Maton. Tout un programme.

Un roman fort intéressant, qui nous replonge dans une époque qui depuis nous semble lointaine mais possède de nombreuses similitudes avec la nôtre.

Charlie HUSTON : Le paradis (ou presque). (Six bad things – 2005 ; traduction de André Roche). Seuil Policiers, éditions du Seuil.

8 Mars 2011 , Rédigé par Oncle Paul Publié dans #Romans

Il ne faut pas croire que Hank Thompson se prélasse au soleil, sur uneparadis-ou-presque.jpeg plage du Yucatan, en toute tranquillité. Ce n’est pas un touriste qui profite de vacances laborieusement acquises mais un individu recherché aux Etats-Unis parce qu’il a tué une quinzaine de personnes quelques années auparavant et qu’il a dérobé une importante somme d’argent devant assurer ses arrières. Il se relaxe sur la plage, se sustente et se désaltère – uniquement de l’eau gazeuse car il a arrêté l’alcool – chez son ami Pedro, qui tient un petit resto, et rentre dans son bungalow le soir nourrir son chat Bud. Lorsqu’un jeune homme blond, qui se dit d’origine russe, est attablé au comptoir de Pedro et entame la conversation avec lui, tous les sens de Hank sont en alerte rouge. Mickey, le Russe, lui fait comprendre qu’il sait qui il est, qu’il est recherché par sa famille spoliée par le fuyard. Mais que tout peut s’arranger. Une excursion est organisée vers les ruines de Chichén Itzá, espèce de pyramide, une ziggourat, construite par les Toltèques. Alors que tout semblait s’arranger entre les deux hommes, l’intention malheureuse émise par le Russe de s’en prendre à ses parents énerve Hank qui pousse son interlocuteur. Mickey dévale les marches glissantes et est incapable de se relever, mort sur le coup. Les policiers chargés de notifier les premières déclarations d’accident, selon Hank, ne sont guère convaincus par son innocence. La preuve ils reviennent chez lui pour de plus amples informations et l’un d’eux aperçoit Bud, le chat. Apparemment la présence de l’animal déclenche en lui une réminiscence. C’est le début des ennuis pour Hank. Car les deux fédérales vont tenter de le faire chanter, et grâce à Léo et Rolf, deux hommes qui aident les immigrants Cubains à passer au Mexique, il peut s’en débarrasser. Mais il sait que sa tranquillité est désormais à ranger au placard. Les affidés de la Mafia russe installée aux Etats-Unis sont à sa recherche et pour cela ils ne vont pas hésiter à s’en prendre à ses parents. Hank décide alors de transmettre son magot à un ami, Tim, qui réside à Las Vegas, et de retourner aux Etats-Unis. Le passage à la frontière s’effectue relativement bien mais les embûches vont se dresser sur son chemin. D’abord lorsqu’il veut acheter une voiture à une jeune femme. Il lui remet l’argent demandé mais le compagnon n’apprécie pas cette vente arguant être toujours propriétaire du véhicule. Et en compagnie de ses copains il organise une chasse à courre, mais les policiers californiens sont également aux trousses de Hank. Il revoit enfin ses parents mais son séjour n’est que de courte durée car il doit récupérer son argent auprès de Tim qui ne donne pas de ses nouvelles. Les mésaventures s’enchainent et Hank sème sur son chemin les cadavres comme le Petit Poucet disposait sur ses traces des cailloux. Il reprendra ses mauvaises habitudes, la drogue et la boisson, sous l’influence de T. un dealer, sosie d’Elvis Presley qui vit dans une caravane avec un molosse dénommé Hitler.

Il s’agit ni plus ni moins que d’un road-movie de plus avec pour héros un truand traqué, une combinaison pour une histoire maintes et maintes fois exploitée par les auteurs de romans noirs et policiers. Pourtant Charlie Huston parvient à renouveler le genre en incluant des épisodes sensibles, ou émouvant. Car si les poursuivants de Hank sont tout autant la Mafia russe, des petits truands, de soi-disant amis avides et des policiers hargneux, le moment des retrouvailles avec ses parents apporte un moment attendrissant. Mais les protagonistes semblent issus d’un album de clichés, la jeune fille âgée de même pas vingt ans et mère d’une gamine de cinq ans, les petits malfrats aussi déjantés les uns que les autres, les policiers qui semblent sortis d’un roman de James Hadley Chase, pas toujours très futés, et autres protagonistes. Afin de dissimuler une partie de son passé, d’ancien joueur de base-ball, sport qu’il a été obligé d’abandonner suite à une blessure, il feint s’intéresser au football américain. Et justement ce roman est ponctué par les derniers matchs de l’équipe des Dolphins de Miami, les dernières parties de la saison qui se déroulent de début décembre 2003 jusqu’à Noël 2003. Un roman qui traîne parfois en longueur malgré, ou peut-être à cause de toutes les péripéties endurées par Hank. Quand aux dialogues, ils sont bizarrement écrits. Certaines phrases se terminent brusquement, ponctuées d’un point. Alors qu’en général un point de suspension est utilisé pour montrer que celui qui parle hésite ou change d’idée. Pas bien grave en soi mais il faut s’y habituer.

Vous pouvez retrouver la chronique d'Eskalion de Passion-Polar  ici 

Chronique effectuée en partenariat avec Babeliojurypolar

Tonino BENACQUISTA : Les morsures de l’aube. Rivages Noir n° 143. Editions Rivages.

5 Mars 2011 , Rédigé par Oncle Paul Publié dans #Romans

Je profite de la réimpression de cet ouvrage pour mettre en ligne une chronique que j’avais effectuée lors de sa parution fin 1992.

Au petit matin, Antoine est fort marri. Fini la fête, les petits fours et les verresmorsure-de-l-aube.jpg de champagne. Il faut penser à aller se coucher. Mais Antoine n’est pas un fêtard ordinaire, il fait partie de la petit confrérie des parasites, des pique-assiettes professionnels qui s’invitent impunément dans les inaugurations, les réceptions et autres cocktails, se sustentant aux buffets garnis, ne possédant pas assez d’argent pour se payer un sandwich à la première brasserie venue. Avec son copain Bertrand, surnommé Mister Laurence, il écume durant la nuit, les ouvertures de restaurants, les cérémonies, les soirées privées, se débrouillant pour obtenir un carton d’invitation, vrai ou faux, resquillant auprès des hôtesses, ou endossant sans vergogne la qualité de journaliste. Ces ingérences dans ces agapes ne sont pas toujours bien acceptées et Antoine s’est fait quelques ennemis, dont Gérard le portier-videur du Café-Moderne. Un soir, alors qu’il s’empiffre gaillardement devant un somptueux buffet en compagnie de son pote Bertrand, l’accès ayant été facilité par la recommandation d’un certain Jordan, un nom-sésame, Antoine est invité un peu brutalement à rencontrer le maître de maison. Celui-ci garde Bertrand en otage, confiant le soin à Antoine de retrouver le nommé Jordan qu’il cherche depuis des mois. Débute une longue ballade en forme de cauchemar dans le Paris des fêtards, à la recherche du fameux Jordan, spécialiste du Bloody-Mary. Ce noctambule au faciès cadavérique laisse des traces derrière son passage, des traces indélébiles entre le cou et l’omoplate, sous forme de morsures. Les morsures de l’aube qui peuvent entraîner les morts sûres de l’aube quoique les protagonistes ne soient pas des premiers communiants. De l’ébauche du vampirisme évoqué dans La comédia des ratés, son précédent roman paru à la Série Noire, aux Morsures de l’aube dans lequel l’expression mordre la vie à pleines dents prend une signification à double-sens, Tonino Benacquista joue sur le fil du surréalisme tout en restant dans le domaine du quotidien plausible. L’auteur de Epinglé comme une pin-up dans un placard de G.I., bluette parue en 1985 au Fleuve Noir, a bien progressé depuis ses débuts, quoique ce titre à rallonge était déjà prometteur et au dessus du lot de la production de cette maison d’édition populaire qui recherchait de nouveaux talents. Mais depuis ses deux derniers romans, il s’engage résolument dans une voie à haut risque, en flirtant avec le fantastique, le vampirisme, sans jamais sombrer dans l’invraisemblable. Ses héros-quidam, qui à chaque fois se prénomment Antoine ou Tonio, rappellent au lecteur que l’auteur prend pour base de départ une expérience vécue, laissant courir son imagination au service d’une histoire. Des êtres torturés, sensibles, déchirés, reflet inconscient de Tonino Benacquista. Sa maîtrise dans la construction de l’intrigue, alliée à une écriture fouillée, sans concession, et qui ne cesse de s’améliorer, lui ont valu le Grand Prix de littérature Policière et par deux fois le Prix 813. Mais les prix ne sont que des tremplins auprès des lecteurs, et comme Tonino Benacquista excelle dans la pirouette littéraire, il devrait s’élever encore un peu plus et mériter l’attention de tous et non plus que d’un aréopage d’inconditionnels du polar.

Comme je l’avais précisé en prologue, cet article a été écrit en 1992 et depuis ce dont j’augurais s’est réalisé.

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