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Suite à l'article de Claude Le Nocher sur son blog Action-Suspense , l'envie de me plonger dans mes archives m'a démangé et je vous en livre le résultat.
Si Adam Saint-Moore a vu le jour en 1956 au Fleuve Noir avec Section de recherche
(Espionnage N° 92) et La mort sort de l’ombre (Spécial Police N° 94) il avait déjà trente et un ans. En effet Jacques Douyau, son véritable patronyme, est né le 25
octobre 1925 (d’autres sources citent la
date du 5 octobre 1926) à Cadeilhan dans le Gers, dans la demeure familiale. Il entame ses études au Collège de Gimont et les poursuit à Paris obtenant une licence de sociologie et un diplôme de
psychologie, suivant à la Sorbonne les cours de Raymond Aron, ainsi qu’un certificat d’histoire moderne à Toulouse.
Il se marie en 1946, une union dont sont issus deux enfants, Alain qui s’est orienté vers le droit et Christine vers la pharmacie. Sa carrière littéraire débute en 1943 en écrivant des poèmes et
il sera récompensé par l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse qui lui remet une Primevère pour une élégie intitulée La chanson de la proue dans laquelle on retrouve deux de ses démons
familiers, l’Océan et la Femme. Cent-vingt ans auparavant, cette distinction avait été remise à un jeune poète débutant nommé Victor Hugo. Trois mentions honorables récompenseront son œuvre en
1943 et une seconde Primevère lui sera attribuée en 1944.
Bon sang ne saurait mentir selon le proverbe. En effet son père Jean Douyau, capitaine dans un corps d’officiers d’élite détaché aux Etats-Unis durant la dernière année de la guerre de 14/18 en qualité d’instructeur, écrivit quelques ouvrages dont Au temps où l’oncle Sam se militarisait, étonnant recueil d’observation et de souvenirs, ou encore Darling, Darling, publié en 1930 qui se définit comme un essai de politique romancé. Il fut également un spécialiste du grand reportage, la plupart du temps pour l’hebdomadaire Candide, visitant de très nombreux pays dont la Sibérie, le Japon, la Chine et l’Indochine, ouvrant à son fils la voie de l’écriture et le stimulant dans le goût des voyages. Mais Jacques Douyau alias Adam Saint-Moore est aussi l’arrière petit-fils du poète Jacques Boë (1798 – 1864) dit Jasmin ou encore le Perruquier poète, coiffeur à Agen, restaurateur avant Mistral de la langue d’Oc.
Journaliste et éditorialiste pour La Dépêche du Midi, Adam Saint-Moore se tourne vers l’écriture de romans populaires, par goût et par
besoin et opte pour le roman d’espionnage, genre le plus représentatif de l’époque. Son premier manuscrit date de 1955 dans lequel apparaît Gunther alias Face d’Ange. Suivront 93 autres épisodes
mettant en scène ce héros issu du subconscient de l’auteur mais également le fruit de ses travaux et de la connaissance de la psychologie appliquée sur le thème du héros. Ainsi que de ses très
nombreux voyages et de l’apport d’un petit réseau d’amis, journalistes ou diplomates, ou encore acuponcteurs en Extrême Orient. Selon le bâtonnier Duby, Face d’Ange est un visage de Fra
Angelico, un maître du karaté, expert en subtilités diplomatiques comme en violences savamment dosées. Dans sa préface pour un volume édité par le Cercle Européen du livre regroupant trois
titres des aventures de Face d’Ange, Face d'Ange se désintoxe, Cœur ouvert pour Face d'Ange et Face d'Ange a des pressentiments, André Soubiran écrit : Chacun
des héros de l’espionnage moderne a son cycle héroïque, sa Saga. Celui de Face d’Ange se compose actuellement de cinquante romans où Saint-Moore a tenté de mêler cette antique force légendaire
venue du fond des temps aux mouvements du monde moderne. Il a tenté de projeter la stature éternelle du Héros dans les décors et les bouleversements de la Guerre Froide et les luttes de la
diplomatie secrète. Son succès auprès des jeunes et des intellectuels découle de cette double nature. Pour ce qui concerne la production policière publiée dans la collection Spécial Police,
le bâtonnier Duby déclare : La série de vos romans policiers proprement dits offre d’autres perspectives. Mais là aussi, on retrouve le sociologue, toujours en éveil, et les thèmes
essentiels de la criminologie de notre vilaine époque, terrorisme international, rapts, sectes, drogue, fureurs érotiques, sont traités en affabulations pittoresques et divertissantes, sans que
l’observateur tenace que vous êtes cède du terrain.
Aux 94 romans d’espionnage, aux 56 romans policiers, il faut ajouter une incursion dans la collection Anticipation (9
romans) ainsi qu’un Grand Roman, La marche au soleil dédiée à J.H. Rosny Aîné, le père du roman préhistorique avec une postface du paléontologue F. M. Bergounioux. Adam
Saint-Moore fut l’un des piliers du Fleuve Noir et lorsque les collections Spécial Police et Espionnage furent sabordées pour des raisons éditoriales, il fit partie de la charrette des auteurs
passant à la trappe, sans avoir démérité. Il obtient en 1962 Les Palmes d’Or du roman d’Espionnage, titre honorifique décerné par le Fleuve Noir à l’un de ses auteurs, pour Face
d’Ange met dans le mille. Quelques uns de ses ouvrages
ont été traduits en Italie, Espagne, Brésil, Grande Bretagne, adaptés en bandes dessinées chez Artima, et Adam Saint-Moore écrivit pour la télévision
quelques scénarii dont Des inconnus sous le soleil réalisé par Jacques Manlay et La grande chasse réalisé par Jean Sagols, signés Jacques Douyau. En 1978 Jacques Douyau est élu
Mainteneur à l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse occupant le fauteuil 40.
Cet article a été écrit grâce à quelques sources dont le fleuve Noir information 136, la préface du Docteur André Soubiran (Les hommes en blanc) publiée dans le volume évoqué ci-dessus, et la réponse au remerciement de Jacques Douyau prononcée par le bâtonnier Duby le 29 janvier 1978 lors de l’intronisation à l’Académie des Jeux Floraux. J’en profite pour remercier plus particulièrement monsieur Georges Mailhos, secrétaire perpétuel de l’Académie des Jeux Floraux qui m’a transmis une copie de la réponse aux remerciements évoquée ci-dessus. Mes nombreuses lettres et appels téléphoniques destinés à Jacques Douyau sont toujours restés sans réponse, ce qui fait que j’ai été obligé d’user d’expédients pour mieux cerner l’homme et son œuvre.
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