Mystère Jazz

La Revue TEMPS NOIR N°14 est disponible !

21 Février 2011 , Rédigé par Oncle Paul Publié dans #Revues

La revue des littératures policière, slogan fièrement arboré et justifié, est enfin disponible avec un sommaire des plus alléchants, dont la plupart des articles ont été initiés ou dus à la plume de Pierre Charrel.

Une fois n’est pas coutume, je me suis laissé porter par les pages dansTemps Noir 14 une lecture linéaire, abandonnant ma mauvaise habitude d’abeille butineuse d’articles au gré de l’inspiration ou d’une accroche parfois trompeuse. Comme le chantait Brassens, tout est bon en elle, il n’y a rien à jeter…

Donc le premier article consiste en un entretien entre François Guérif et Pierre Charrel, Le cinéma criminel selon Claude Chabrol. Un hommage au cinéaste décédé le 12 septembre 2010, évidemment, mais loin des phrases et des éloges convenus, le principe de ce témoignage résidant dans le parcours, dans le travail, dans l’élaboration de ses films, dans le choix de ses interprètes, des romans et des auteurs adaptés. Ensuite, grâce à Eric Bentilola, nous pouvons apprécier douze entretiens avec des auteurs et/ou directeurs de collections qui deviendront majeurs, des années 80. Eric Bentolila, qui à l’époque était encore étudiant, avait choisi de consacrer son sujet de maîtrise au roman policier français. C’est ainsi que revivent de grands noms de la littérature policière. Quelques pages de nostalgie avec Michel Lebrun, romancier, scénariste et chroniqueur (il préférait ce substantif à celui de critique), disparu en 1996 et dont il serait bon de rééditer quelques-unes de ses œuvres. Ressuscitent également le temps de quelques feuillets Jean-Patrick Manchette qui reste la référence du néo-polar ; Robert Soulat qui succéda à Marcel Duhamel à la tête de la Série Noire, avec d’étonnantes révélations concernant le fonctionnement de la collection, son tirage et les critères de publication ; Thierry Jonquet dont l’édition post-mortem au Seuil de son roman inachevé Vampire suscite quelques controverses ; ou encore Jean-François Vilar, auteur prometteur comme ses collègues à l’époque et qui depuis s’est éclipsé ne nous donnant plus de ses nouvelles depuis fort longtemps. Parmi ceux qui œuvrent toujours, pour le plus grand plaisir de leurs lecteurs, empruntant des chemins de liberté et ne se cantonnant plus dans le cadre strict d’une collection : Didier Daeninckx, Gérard Delteil, Daniel Pennac, Tonino Benacquista, Jean-Bernard Pouy ou encore Patrick Mosconi et François Guérif qui furent ou sont encore directeurs de collection et découvreurs de talents. Particulièrement Patrick Mosconi qui revient sur sa première collection Sanguine chez Phot’œil puis chez Albin Michel et les auteurs qu’il a aidé à faire connaître : Jonquet, Raynal, Pouy, Morgiève et quelques autres aujourd’hui reconnus, dépassant la sphère du roman policier pur, devenant des écrivains à part entière débarrassé d’un carcan.

Pierre Charrel interroge Tardi sur ses rapports avec Manchette et l’adaptation en BD des romans du père du néo-polar. Si Le petit bleu de la côte ouest et La position du tireur couché sont des parutions récentes, Tardi revient sur les débuts de sa collaboration avec Manchette sur le projet de l’adaptation de Fatale en 1976, projet qui sera abandonné au bout de quelques semaines pour cause de manque de rigueur dans le travail. Dans la foulée Pierre Charrel s’intéresse au cinéma avec Lucas Belvaux, et les films criminels de celui-ci.

Le deuxième gros dossier de ce numéro, après les douze entretiens d’Eric Bentolila, consiste en la présentation des premiers Français de la Série Noire, deuxième partie (1954) par Franck Lhomeau. La célèbre collection noire et jaune accueille en son sein Auguste Le Breton, Albert Simonin, Georges Bayle, Ange Bastiani, et Antoine L. Dominique. Franck Lhomeau présente ces différents auteurs aux parcours si particuliers, différents dans leur jeunesse souvent mouvementée pour certains, dans leurs relations souvent difficiles avec leurs éditeurs, surtout Le Breton, dans les adaptations cinématographiques des romans publiés, dans l’influence de la presse, des différents avatars qui ponctuent leur quotidien, leurs œuvres parues à la Série Noire ou ailleurs à l’aide de documents inédits provenant de sources diverses, dans la promotion de leurs romans. Un exemple des extrapolations intéressantes et utiles fournies par Franck Lhommeau dans son article, les vicissitudes subies par Jean D’Halluin, qui officiait à la tête des éditions du Scorpion, lors de la sortie des romans de Boris Vian alias Vernon Sullivan, J’irai cracher sur vos tombes et Les morts ont tous la même peau. Or Jean D’Halluin connait les mêmes démêlés avec la censure et la justice, amende salée assortie de saisie et destruction d’ouvrages, lors de la parution du livre Ainsi soit-il de Victor Le Page, qui signait Maurice Raphaël et devint Ange Bastiani à la Série Noire ou encore Zep Cassini au Fleuve Noir. Troisième dossier et point de crêt de la revue (et non point d’orgue, expression utilisée à tort que j’entends ou lis trop souvent, le point d’orgue étant un point d’arrêt qui suspend la mesure d’une note et ne peut donc être considéré comme une élévation !) la présentation de la pièce de théâtre Le cave se rebiffe et le texte intégral de l’adaptation par Frédéric Dard et Albert Simonin. Ainsi que le schéma de Grisbi or not grisbi d’Albert Simonin, roman qui sera adapté par la suite par Georges Lautner sous le titre des Tontons Flingueurs avec des dialogues de Michel Audiard.

Temps Noir 14La revue est complétée par douze lettres de Léo Malet à Albert Simonin, un entretien entre Serge Bromberg et Pierre Charrel concernant l’Enfer d’Henri-Georges Clouzot, la DVDthèque du film criminel proposé par Pierre Charrel, un entretien avec les auteurs de la série Engrenages, Virginie Brac, Anne Landois et Eric de Barahir, qui répondent aux questions de Pierre Charrel, et enfin un tour d’horizon géographique de la production littéraire dû à la plume de Jean-Marc Laherrère.

Un numéro copieux de 352 pages, comprenant également une excellente iconographie, photos d’auteurs, reproductions de couvertures, de documents, de lettres, pour le prix, modique selon moi en regard de la diversité du contenu et de son intérêt constant, de 18€, soit 5 centimes d’euro la page. J’écris cela à toutes fins utiles dans le cas où vous trouveriez l’ouvrage un peu cher et afin de vous permettre de comparer avec d’autres revues.

Un numéro varié et instructif qui devrait ravir tout amateur exigeant et permettre aux profanes d’aborder avec plaisir la littérature policière et leur donner envie d’en connaitre encore plus sur ce genre.

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