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Conan Doyle : Ecrit dans le sang. Nouvelle traduction par Béatrice Vierne. Editions Anatolia/Jean-Paul Bertrand.
Ce roman de Conan Doyle mettant en scène pour la première fois Sherlock Holmes revient sous un nouveau titre alors qu’à
l’origine il était intitulé Une étude en rouge. Et à l
a lecture, ce
changement de titre est évident et justifié. A la relecture devrais-je écrire, car ce roman, ainsi que Le Signe des quatre qui devrait être réédité prochainement dans cette collection sous le
titre Le Pacte des quatre, je l’avais découvert à l’adolescence, et s’il m’en restait quelques bribes perdues aux tréfonds de ma mémoire, il faut avouer que je l’ai redécouvert avec plaisir. Et
certains passages auxquels à l’époque je n’avais guère prêté attention cette fois m’ont particulièrement intéressé. Par exemple ce passage au cours duquel Watson pose cette question, anodine en
apparence, mais qui révèle une des facettes de Sherlock Holmes, et dont la réponse est quelque peu méprisante, hautaine, arrogante. « Avez-vous lu les ouvrages de Gaboriau ?
[demanda Watson] Peut-être Lecoq est-il à la hauteur de l’idée que vous vous faites d’un détective ? ». Sherlock Holmes laissa entendre un reniflement sardonique.
« Lecoq n’était qu’un lamentable propre à rien, dit-il d’un ton irrité. Il n’avait qu’une seule chose en sa faveur : son énergie. Ce livre m’a vraiment rendu malade. La question
était de savoir comment identifier un prisonnier inconnu. J’aurais pu le faire en vingt quatre heures. Lecoq en a eu pour six mois ». [Watson] étai[t] assez indigné d’entendre traiter
de façon aussi cavalière deux personnages qu’[il] avai[t] admirés. « Ce garçon est peut-être fort intelligent, me dis-je in petto, mais il est à coup sûr très prétentieux ».
Les deux hommes venaient juste de faire connaissance lorsque cet échange eut lieu, ce qui explique surement ces prises de position qui permettent à l’auteur de revendiquer son admiration envers
Gaboriau et de définir le caractère de Sherlock Holmes en peu de mots. La seconde partie qui m’avait parue incongrue, lorsque j’avais lu ce livre il y a plus de quarante ans, c’est ce retour en
arrière, ce voyage au pays des Mormons. Ce qui prouve toutefois que cela m’avait marqué inconsciemment. Et cette étude des mœurs de ce que l’on peut considérer comme une secte, prend une
importance capitale dans ce récit, car Conan Doyle ne se contente pas d’un simple jeu de piste mettant en scène Sherlock Holmes mais bien d’écrire un roman sérieux, humain, démontrant les méfaits
d’une poignée de personnes qui se réclament d’une église tout en en bafouant des valeurs supposées. Il est à noter que Watson en tant que médecin militaire à la fin de ses études, fut affecté en
Inde afin de participer à la deuxième guerre d’Afghanistan. Et il n’en rapporta, outre une blessure, que cette constatation désabusée : « Cette campagne fut pour beaucoup une source
d’honneur et d’avancement, mais je n’y trouvais, quant à moi, que malheur et désastre ». Rien de bien changé cent trente ans plus tard.
La traduction dépoussiérée de Béatrice Vierne apporte une vigueur au texte, une modernité tout en respectant ce côté vieillot de bon aloi des textes fondateurs de la littérature policière. A lire et à comparer avec les précédentes traductions si vous en possédez, et goûtez la différence.
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