Lundi 5 septembre 2011 1 05 /09 /Sep /2011 11:41

ange3

Le jeu est clôt depuis minuit et merci aux 631 visiteurs qui ont honoré par leur présence Mystère Jazz.

Ce petit concours ne recelait pas de grosses difficultés. Il suffisait de regarder attentivement l’affiche afin de pouvoir répondre aux deux premières questions, réponses qui étaient :

Michele Placido et Kim Rossi Stuart.

La troisième question était plus aléatoire, comme toute bonne question subsidiaire, et certains concurrents ont omis d’y répondre, ce qui a obéré leur chance. Dommage !

Voici donc la liste des gagnants qui recevront leur prix à domicile soit deux places de cinéma chacun pour assister à la projection du film L’Ange du Mal par Wild Bunch Distribution.

MARECAT Stephanie

Madame DANA Dominique


LEMOINE Aurore

LIMOUZIN Martine

BORDET Nathalie

Félicitations aux gagnants et merci à tous. A bientôt peut-être lors d’un nouveau jeu en partenariat avec les Editions Flammarion et dont la récompense sera un livre.

N’hésitez pas à venir faire un petit tour sur Mystère Jazz de temps à autre. Vous serez toujours les bienvenus.Zinfos-MJ.jpg

Par Oncle Paul - Publié dans : Z'infos MystèreJazz - Communauté : Culture Polar
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Dimanche 4 septembre 2011 7 04 /09 /Sep /2011 16:06

Il s'est éteint comme il a vécu, dans la discrétion, début novembre 1997. Et surtout n'allez pas chercher son nom dans les divers dictionnaires, histoire ou panorama du roman policier, il n'y figure pas. Si vous compulsez "L'histoire du roman policier" de Jean Bourdier, Lay2.jpgparu en septembre 1966 chez De Fallois, "Les Maîtres du roman policer de Robert Deleuze publié par Bordas en 1991, "Le Panorama du Polar français contemporain" de Maurice Périsset édité en 1986 aux éditions de l'Instant, Le Polar de Denis Fernandez Recatala, MA éditions 1986, ou encore "Le roman noir français" de Jean-Paul Schweighaeuser, Presses Universitaires de France en 1984, vous ne lirez pas une seule fois le nom d'André Lay. Il n'apparaît qu'une fois dans "Le roman criminel" de Stefano Benvenuti, Giani Rizzoni et Michel Lebrun (L'Atalante - 1982). C'est mieux que rien. Seul "Le guide du polar" sous-titré "histoire du roman policier français", signé par Michel Lebrun et Jean Paul Schweighaeuser, édité par Syros en 1987, lui consacre une notule de quelques lignes, précisant qu'au nombre de volumes il dépassait, à l'époque dans cette collection, Peter Randa (décédé en 1979) et San Antonio. Cet article a été écrit pour la revue 813, en hommage à André Lay et depuis, heureusement, le DILIPO de Claude Mesplède a également réparé cet oubli.

Et pourtant ! Pendant un plus de trente ans, avec près de 140 romans à son actif, André Lay a été une figure marquante de la collection Spécial Police et un pur produit Fleuve Noir. Avec l'arrêt de celle-ci en 1987, il prendra sa retraite, bon gré, mal gré. Une restructuration qui l'obligera à garder dans ses tiroirs trois manuscrits. Il n'aura dérogé que deux fois à Spécial Police, la première en écrivant en 1956, l'année de ses débuts, un roman d'espionnage (Les étoiles s'éteignent) pour la collection du même nom sous le numéro 98. La seconde en prenant le pseudonyme d'A. B. St. Maur pour écrire Haute voltige (éd. Atlantic).

De son véritable nom André Boulay, André Lay est né le 26 mai 1924 à Saint Maur dans le Val de Marne. Fils de boucher, il a travaillé de 17 à 19 ans dans une usine d'abattage du côté d'Aubervilliers. Une profession et un lieu qui ignoraient tout autant la souffrance animale qu'humaine. A l'instar de son confrère en littérature policière, Gilles-Maurice Dumoulin, c'était un fan de Trénet et il écrivit et composa près de cinq cents chansons fantaisistes. Puis il devint apprenti-menuisier près de Nemours, fabriquant des cercueils et enterrant lui-même les morts. A la libération, changement de registre. Il entre comme rédacteur au ministère de la Guerre, qui devint plus tard ministère de la Défense Nationale. Une sinécure qui lui permet de revenir à ses premières amours et d'écrire plus de deux mille poèmes de trente lignes en deux ans. La revue à laquelle il les vendait interrompant sa parution, il cesse d'écrire. Et il redevient boucher. Comme le virus de l'écriture le démange, il s'attelle à la rédaction de romans policiers. L'après-midi. Le matin étant réservé à son étalage de boucherie qu'il promène sur les marchés de Saint Maur et de la Varenne. Un étonnant partage du temps qui fait dire à ses clientes qu'il est boucher le matin et assassin l'après-midi. Devant le succès de ses ventes et sa production abondante, il ne se consacrera bientôt plus qu'au seul métier d'écrivain.

Dans la préface d'un volume publié par le Cercle Européen du Livre en 1971 et rééditant trois de ses romans : De vice à trépas (SP N°536), Cette mort qui nous guette (SP N°514) et L'oraison du plus fort (SP N°584), Boileau-Narcejac écrivent : "Avoir publié quelque cinquante romans en quinze ans est loin d'être, en notre temps de production littéraire accélérée, quelque chose d'exceptionnel, et nombreux sont les confrères d'André Lay qui ont égalé et même dépassé cette performance. Sans vouloir en rien diminuer leur mérite, nous soulignerons cependant que ces prolifiques auteurs jouissent quasiment tous du précieux privilège de pouvoir se consacrer à leur profession d'écrivain.

André Lay, lui, exerce un second métier. Et qui suffirait largement à remplir les journées d'un autre homme. Non seulement il tient la plume, mais un couteau. Levé à cinq heures du matin, il se partage entre les Halles et les marchés de la banlieue parisienne. C'est en découpant beefsteaks et escalopes qu'il construit ses romans et durant des heures les plus souvent dérobées au sommeil qu'il les écrit. A une époque où tant de gens répugnent à l'effort (tout en se révolta88.jpgnt contre un sort inclément), cet exemple d'énergie et de ténacité valait d'être cité. Quant aux qualités du romancier, qualités qui, après lui avoir depuis longtemps acquis un vaste public, attirent aujourd'hui sur André Lay la profitable attention des producteurs de films, nous laissons au lecteur du présent recueil l'agrément de les découvrir ou les redécouvrir. Tout dernièrement, André Lay nous confiait son intention de "lâcher la boucherie", le cumul excédant aujourd'hui ses forces. Mais il s'empressa d'ajouter que, quels que soient les promesses ou les arguments qu'on pourrait lui prodiguer, il n'écrirait pas, pour autant, une ligne de plus par mois, afin que ne risquât pas de devenir un pensum ce qui, pour les autres comme pour lui-même, doit demeurer un plaisir. Cet exemple aussi valait d'être cité".

Son premier roman, "Le Diable est au fond du sac" (SP N° 88 - 1956) ressemble à l'univers des romanciers noirs américains. La ville est anonyme, même si l'on sait qu'il s'agit de Paris, et le héros se conduit un peu en imbécile, gardant par-devers lui des informations et des objets, se refusant de les communiquer au policier. Expert en automobiles, Devers est dépêché par son patron sur les lieux d'un accident mettant en cause deux véhicules. Arrivé sur place il apprend que la conductrice d'une des autos a été transportée à l'hôpital, les occupants de l'autre engin s'étant enfuis. Judith, la blessée, lui demande de récupérer un sac. Il découvre dans le réticule des diamants qu'il empoche. Coincé entre policiers et truands, il pense pouvoir mener sa barque seul, et lorsqu'il sera aux abois, il se retrouvera avec sur le dos quelques meurtres. Il est emprisonné, malgré ses dénégations, et promis à l'échafaud. L'épilogue joue avec les nerfs. Au moment où l'on pense qu'il va enfin pouvoir s'en sortir, le couperet est déjà tombé.

Son dernier roman "Les bonnes intentions" (SP n° 2067 - 1987) lui aussi emprunte à la facture classique : Vincent Tavernier, est un quadragénaire célibataire heureux. Son commerce marche bien, secondé efficacement par Suzanne, sa vendeuse. Il possède pavillon, yacht, mène une vie facile. Un matin, glissée parmi les prospectus publicitaires, il reçoit une lettre émanant d'une jeune femme qu'il a connu un an auparavant. Souvenirs et nostalgie se bousculent et il décide de la rejoindre près de Toulon où elle tient un magasin de parfumerie avec sa cousine Béatrice. Lorsqu'il arrive sur place, il apprend le décès de la je224.jpgune femme dans un accident de la circulation. Accident ? Hum ! Certains faits viennent infirmer cette version et il décide d'aller à la recherche d'une vérité qui peut faire mal.

C'est dans l'écriture de ses romans noirs qu'André Lay s'est montré le plus convaincant. Il n'a pu toutefois échapper à une mode de personnages récurrents, à la limite de la parodie. C'est ainsi qu'il mettra en scène le commissaire Vallespi, dans une série de dix-neufs tribulations loufoques et contera les aventures de Helmet Straders et du shérif Garrett dans vingt et un romans. Malgré le peu de cas suscité auprès des critiques par son œuvre, André Lay est un “ petit maître ” de la littérature policière, dont les ouvrages tiennent la route, le but principal, faire passer un bon moment au lecteur, étant atteint.

 

Florilège critique :

Panique à fleur de peau (Spécial Police N° 224): la première partie du roman est bonne, mais la seconde traîne et la chute finale ne constitue pas à vrai dire une surprise (I. Maslowski. M.M. 152; septembre 1960).

La meilleure des références restant toutefois l'Almanach de Michel Lebrun, je ne peux résister au plaisir de vous proposer quelques-unes des appréciations dont Michel Lebrun avait le secret :

Assassin chéri (Spécial Police N°1460 - 1979): Avec une rare économie de moyens, sans effets spectaculaires, Lay réussit à provoquer, par la simplicité même du récit, une tension grandissante. C'est un entracte heureux, et un bon bouquin. (Almanach du crime 1980)

Meurtre en pantoufles (SP 1527 - 1979) : André Lay, de temps à autre, s'offre un entracte dans sa série "Shérif" et revient au roman noir de ses débuts. Il devrait le faire plus souvent. (ADC 1981)

La bonté du diable (SP 1555 - 1980) : Excellent roman, bâti en flash-back,  et doté d'une chute particulièrement savoureuse  pour les amateurs de fins amorales. (Idem)

De soufre et d'encens (SP 1877 - 1984) : Une fois de plus les vieux pro da1997.jpgment le pion aux "bruyantes starlettes du néo-polar" - comme les a qualifiés Manchettes - et je ne changerai pas mon bidon de Lay contre deux barils de Fajardie. (Année du Polar - 1985)

Appelle-moi shérif (SP 1933 - 1985) : André Lay, utilisant sa facilité naturelle, donne à son public ce qu'il attend : des divertissements pas compliqués, écrits d'une plume alerte et paillarde. (AdP 1986)

Un enfer glacé (SP 1997 - 1986) : André Lay, vieux routier, connaît toutes les ruses du polar, et réussit à nous surprendre  au moment précis où nous nous y attendons... mais autrement. Et la chute, pour être dure, n'en est pas moins superbe (AdP 1987).

Je me garderai bien d'émettre, en conclusion, un jugement quel qu'il soit, sur la vie et l'œuvre d'André Lay, ne l'ayant connu qu'à travers son œuvre. Et puis d'autres le font tellement "mieux", recherchant dans la vie d'autrui le crapaud qui peut dénaturer le diamant. Aussi je me contenterai de signaler cette petite curiosité à l'égard des collectionneurs : le numéro 316 de la collection Spécial Police, titré "La mort en douce" possède deux auteurs : en couverture figure le nom d'André Lay. En page 6, le véritable auteur est démasqué : Alain Page. A vos bouquinistes !

Et naturellement vous pouvez découvrir un peu plus les romans d'André Lay chez Action-Supense.

Par Oncle Paul - Publié dans : Portraits Auteurs
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Samedi 3 septembre 2011 6 03 /09 /Sep /2011 18:40

Silence, on tourne, et ce n’est pas du cinéma ! Jules se réveille péniblement Silence.gif dans un lit d’hôpital. Tout tangue autour de lui, il ressent de violentes céphalées, mais surtout il n’entend plus rien. Selon le personnel soignant, il sort d’un coma qui a duré trois jours.

Peu à peu la mémoire lui revient, comme des décharges électriques dans le cerveau. Mais difficile d’avouer à ses parents venus le voir qu’il était en compagnie de ses amis Alf et Faouzi, de sa copine Camille et de Lucille. Difficile de dire qu’ils étaient tous allés à la fête foraine de la Saint-Michel, Jules sur le scooter emprunté à la sœur de celui-ci en compagnie d’Alf. En catimini, sans prévenir qui que ce soit, sachant que leurs parents auraient opposé leur véto. Mais le but final était de participer pour la première fois à une rave. Afin de passer le temps, ils font des tours d’auto-tamponneuse, une bagarre s’ensuit avec d’autres jeunes, Alf reste seul à affronter les belligérants, Camille fait la tête à Jules, bref une soirée qui débute mal. D’autant que Jules avait prévu passer la nuit avec Camille et s’était procuré des préservatifs au cas où.

Le plus grave, c’est que Jules, dépité et en colère, a acheté lors de la rave deux cachets d’ecstasy qu’il a avalé concomitamment contrairement aux recommandations du vendeur. Et il a été retrouvé le lendemain matin dans le coma, affalé contre les baffles de la sono. Bonjour l’ambiance ! Damien, l’interne qui le soigne lui apprend que les cachets étaient frelatés, contenant un produit toxique.

Il a l’air malin Jules dans son lit à communiquer avec Damien, les infirmières et le toubib à l’aide d’un tableau, puis d’un bloc-notes. Il peut parler, crier parfois puisqu’il ne s’entend pas, mais pour ouïr, c’est fini pour lui. Plus de musique. Ces parents sont loin d’être satisfaits, et les deux policières de la brigade des Stup jouent l’une à la gentille, l’autre à la méchante, comme dans les films. Elles veulent savoir ce qu’il s’est réellement passé, que Jules leur donne le nom du revendeur, leur révèle tout ce qui pourrait mettre les policiers sur une piste quelconque. Non, Jules ne peut décidemment pas jouer à la balance, avouer que c’est un copain au grand frère d’Alf qui lui a proposé et vendu les cachets.

Ses parents lui font cadeau d’un téléphone portable, alors qu’ils avaient toujours refusé de lui en acheter un, afin qu’il puisse communiquer par texto avec ses copains. Alf rechigne à lui répondre, Camille ne se donne même pas la peine de le faire. Elle l’a oublié. Or c’est justement à cause d’elle qu’il se trouve dans cet état. Lui qui avait déjà des cœurs pleins les yeux. Seul Faouzi communique avec lui

Silence Cette histoire simple (mais pas simplette) de Benoît Séverac me fait penser à une vieille comptine que chantait (chante encore ?) les enfants en maternelle et reprise par Guy Béart : Sur le pont de Nantes, un bal y est donné… Braver les interdits, c’est un sport auquel s’adonnent volontiers les jeunes adolescents, sans en mesurer les conséquences. Et Jules, quinze ans, ne faillit pas à la règle. Il est puni par un traumatisme auditif, mais ce n’est pas pour autant qu’il dénonce ceux par qui cela est arrivé. Il possède le sens de l’honneur et entend bien assumer les conséquences de sa désobéissance. Mais Benoît Séverac ne joue pas dans le pathos, dans le larmoyant, dans une histoire où la morale est sauve malgré tout, où tout est bien qui finit bien et ils eurent beaucoup d’enfants. D’ailleurs il abandonne en cours de route Camille, la pimbêche, par qui tout arrive ou presque. Une fois de plus ce roman pour adolescent n’est pas destiné qu’aux jeunes. Et s’il fallait spéculer sur les droits et devoirs des parents envers les enfants, et vice versa, l’on s’aperçoit que c’est lorsque quelque chose est défendu qu’il est tentant de contourner l’interdit.

Benoît Séverac est un auteur à suivre : j’ai appris que l’un des ses deux romans, Les Chevelues, publié en 2007 chez Tme, « petit » éditeur toulousain, avait été traduit en anglais et édité par les éditions Enigma Books aux USA. Ce n’est pas si souvent qu’un ouvrage passe de l’autre côté de l’Atlantique et il était bon de le souligner.

Voir également la chronique de Claude Le Nocher sur Action-Suspense.

Par Oncle Paul - Publié dans : Ados-Jeunesse - Communauté : Culture Polar
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Vendredi 2 septembre 2011 5 02 /09 /Sep /2011 15:50

Pascal MARTIN : Le Seigneur des Atolls. Presses de la Cité

Mai 1968. Alors que dans Paris volent des grenades lacrymogènes, seigneur atollnoix de coco en réduction, dans l’archipel polynésien d’énormes champignons, vesces de loup trop mûrs, éclatent en dégageant une fumée noire et de vives lueurs. Chrétien, caméraman à l’ORTF, en déplacement au Liban afin de couvrir le voyage diplomatique en Iran de Pompidou, alors Premier Ministre, est rappelé par 3D, son chef des informations, Denis Desmond Doriant de son nom complet, afin de filmer les débordements des étudiants et des prolétaires en rébellion contre la politique du gouvernement. Et ce qu’il enregistre sur sa petite caméra le dégoute. Des CRS et des gardes mobiles qui prennent en nasse des étudiants, les forçant à se réfugier dans un square où les attendent des katangais, milice fasciste. Ou des étudiants, ou pseudo tels, qui tire délibérément avec une arme à feu chargée sur les policiers, ajustant froidement leurs cibles. Mais 3D ne peut diffuser les images, pas toutes du moins. Ecœuré Chrétien prend une mappemonde, la fait tourner, pointe le doigt dessus, puis s’envole pour la Polynésie. Destination l’îlot de Tureia, l’un des nombreux grains de beauté qui essaiment l’Océan.

Arrivé sur l’île de Tahiti, il s’enquiert d’un petit avion susceptible de l’emmener sur place. Mais les informations qu’il recueille ne sont guère encourageantes. L’île de Tureia serait habitée par des anthropophages dirigés par le général Arakino et les blancs, les popa’a, ne sont pas les bienvenus. Malgré toutes ces recommandations, Chrétien persiste dans son désir et finit par obtenir gain de cause. L’avion affrété depuis le petit aéroport d’Hao le dépose sur Tureia sans s’arrêter. Personne pour réceptionner Chrétien, sauf des chiens. Le village est désert. Lors de sa déambulation il remarque une cabane sur pilotis dans le lagon. Soudain une lueur embrase le ciel, la terre se met à tanguer. Les habitants de l’atoll prévenus par les autorités qu’une charge allait exploser s’étaient réfugiés sur une île voisine. Les premiers contacts entre Chrétien et Arakino sont houleux mais à force de persuasion les deux hommes se lient d’amitié.

Chrétien surnommé Upo (fêlé en Maori) est avide d’intégration. Il apprend le Maori, il se plie aux coutumes locales qu’il découvre et parcourt le nouveau domaine qui l’accueille. Domaine par ailleurs pas si accueillant que cela. Tureia est divisée en deux parties séparées par un ruisseau. Celle où vivent les insulaires, et de l’autre côté, une bande de terre, la presqu’île de Taravo, gardée par des légionnaires. Entre les deux des crabes carnivores, entassés les uns sur les autres et qui forment une véritable frontière. C’est Moto Guzzi, un coureur de nuit qui doit son pseudonyme au fait qu’il se déplace à bord d’une moto. Il est l’équivalent d’une estafette chargée d’assurer la liaison entre les deux communautés, qui leur fournit des renseignements, ceux qu’il juge nécessaire sans entrer dans les détails ou les secrets. Moto Guzzi n’est guère prolixe, néanmoins Upo apprend que l’homme, d’origine italienne, a tué ses père et mère ainsi que ses frère et sœur. Emprisonné il a échappé à la guillotine en acceptant de se prêter à des expériences nucléaires d’abord dans le Sahara puis dans l’archipel polynésien.

Tureia Upo prend de l’ascendant autant sur le général Arakino, appelé ainsi parce que son livre de chevet est un ouvrage contant les biographies de militaires français ayant joué un rôle prépondérant durant les différentes guerres engagées ou subies par la France. Upo apprend que la cabane est une ferme dans laquelle Motu élève des huitres perlières. Ces perles noires à la valeur inestimable, servent à l’achat des denrées alimentaires et autres, permettant aux Maoris de subsister. La livraison est effectuée par Joe, un commerçant louche de Hao qui livre les provisions par bateau. Maïna, une jeune fille, est retrouvée assassinée, égorgée. Près de son corps, gît l’harmonica de Moto Guzzi. Tout indique que le coureur de la nuit est le coupable, tout, sauf que la mise en scène est trop grosse selon Upo. Parallèlement Upo comprend que les îliens se font gruger et il se rend à Papeete et passe un contrat, non sans mal et sans horions auprès d’un Japonais qui s’avérera plus fiable que Joe. Désormais c’est lui qui règle les dépenses et il en profite pour acheter une petite caméra qui jouera un grand rôle quelques mois plus tard.

Il se marie selon les us et coutumes Maori avec Hina et est intronisé par Arakino le père adoptif de deux gamins de treize ans, Téva et Hiro. Des gamins débrouillards qui lui vouent une admiration sans borne et sans faille. Mais l’orage gronde au dessus de Turiea à cause d’un film pris par les deux enfants dans la presqu’île de Taravo, à l’insu des légionnaires et de leur chef un certain Albinos. Upo change une nouvelle fois de nom à l’initiative d’Arakino. Désormais il devient Foch, pour tout le monde. Comme le Maréchal. Seulement ce nouvel alias n’éloigne pas les nuages constitués par des paras et des hommes de la DST qui débarquent un beau ( ?) jour sur l’atoll. Sans oublier les nouvelles déflagrations des essais nucléaires.

Des images fortes se dégagent de ce roman : la culture des huîtres perlières et le prélèvement par Muto des perles, le combat d’Upo contre un requin blanc, la fuite de Foch et des deux enfants et d’Hina à bord d’une pahis (pirogue) construite avec le bois d’un arbre auprès duquel a été enterré le pito des enfants, leur combat dans les éléments déchainés lors du passage d’un typhon, et bien d’autres…

Ce nouveau roman de Pascal Martin permet de comprendre la série desTureia2 Coureurs de la nuit (huit volumes qui se lisent indépendamment dont La traque des maîtres flamands, La Vallée des cobayes et L'ogre des Landes) et dévoile la genèse du maître de l’Œuvre, une organisation dont les membres sont des orphelins recrutés dans les prisons françaises. Et le lecteur découvre un homme à double facette. Sensible, humain, consensuel, froid, sec, dur, autoritaire, selon les circonstances, qui non seulement s’intègre parfaitement dans sa nouvelle condition, mais par certains côtés devient plus Maori que les natifs de l’archipel. Un condensé de Popa’a et de Polynésien, n’hésitant pas à affronter les militaires et le pouvoir politique, les faisant plier par le charme ou le chantage.

Difficile après avoir lu ce livre que l’on referme avec une pointe de regret qu’il soit déjà terminé, malgré ses cinq cent huit pages, de prendre dans la pile de romans en instance celui qui saura autant captiver. C’est assurément l’un des ouvrages de la rentrée, à ne pas négliger, d’autant qu’il offre aventures, exotisme réel et non surfait, humanisme et plongée historique. Pascal Martin a connu cette époque des essais nucléaires puisqu’en 1968 il s’est rendu à Tahiti avec sa famille. Son père, employé au Centre d’Energie Atomique, a été rapatrié un an plus tard, emportant dans ses bagages un cancer. Alors pour clore cette chronique, certains lecteurs pensant peut-être que Pascal Martin a par trop enjolivé quelques éléments de cette histoire, qui n’est qu’un roman, (quoi que !) j’emprunte cette citation de Foch, le patron des Coureurs de nuit : « Lorsque le vrai est faux, c’est que le faux est vrai ».

 

Vous pouvez également retrouver un entretien avec Pascal Martin ici ainsi que l'avis de Claude d'Action-Suspense.

Par Oncle Paul - Publié dans : Romans - Communauté : Culture Polar
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Mardi 30 août 2011 2 30 /08 /Août /2011 16:44

Avec la collaboration de Myriam Collet.

Tout le monde s’accorde à affirmer que les séries télévisées françaises édulcorent la vie au quotidien dans les commissariats et que les méthodes décrites ne reflètent pas les méthodes employées. N’ayant aucune idée préconçue sur ce genre d’allégations, n’étant pas un habitué de ce genre d’endroit, ce que par ailleurs je ne déplore aucunement, je me faisais donc une joie anticipée en supposant que j’allais en apprendre un peu plus grâce à cet ouvrage. Un recueil de nouvelles empruntant à la réalité, écrites par un fonctionnaire de police et homme de terrain qui plus est, ne pouvait, pensais-je naïvement, qu’enfin ma soif de savoir allait être étanchée. Sans plus tergiverser, je dois avouer, à mon grand reg Nuiteux2.jpg ret, que je n’en sors pas plus savant qu’avant sur cette branche de la Fonction Publique, mais que cette lecture m’a inspiré quelques doutes quant à la rédaction et la retranscription des interventions sur les documents adéquats. L’auteur donne l’impression de vouloir défendre à tout prix le bien-fondé de son travail, ce que nous ne mettons pas en doute, mais sans objectivité.

Intéressons-nous tout d’abord au travail sur le terrain de ces hommes et femmes qui veillent sur la sécurité de leurs concitoyens. Les hommes de la brigade de nuit, des policiers municipaux si j’ai bien compris, et ceux de la brigade anti-criminalité ont théoriquement des tâches différentes à accomplir qui leur sont dévolues en fonction de la gravité des incidents qui leur sont signalés. Mais parfois ils peuvent travailler main dans la main d’une façon concomitante. Vols de voiture, incendies de poubelles ou de véhicules, cambrioleurs en action, réunion de dealers ou de consommateurs de produits illicites. Bref, au moindre appel, les patrouilles à bord de véhicules sérigraphiés peuvent à tout moment se rendre sur le lieu où se déroule l’incident. Cela peut être un homme retranché dans son appartement et qui devenu atteint de démence, veut se suicider et attaque les policiers venus sur place le calmer. Mais le plus souvent il s’agit de tentatives de vol à la roulotte, de début d’incendie de poubelles, de réunion d’individus peu recommandables. Alors voici nos patrouilleurs qui n’écoutant que leur courage se rendent ipso facto à l’endroit qui leur est signalé, et débute alors une folle course poursuite : « Ali, apercevant le véhicule qui tentait de lui couper la route, sauta par-dessus le portail. René stoppa juste devant, se mit au point mort, serra le frein à main, ouvrit la portière et se précipita derrière Ali en franchissant à son tour la propriété ». On se rend compte en lisant ces quelques lignes, que malgré l’urgence de la situation, il faut respecter les consignes et ne pas commettre d’impairs.

Les policiers sont également de grands sportifs, et à tous les coups rattrapent les délinquants dans une course « pédestre » qui se calcule en dizaine de mètres, voire en plusieurs centaines. Puis de sprinters ils se transforment en rugbymen, plaquant l’individu au sol afin de le menotter. Même le bonhomme est à l’arrêt. Car l’on sait qu’il est plus facile de maîtriser quelqu’un en position horizontale qu’en position verticale. Pathétique.

Mais parfois les situations sont moins dangereuses et lorsque l’affaire est résolue elle peut prêter à sourire. Ainsi lors d’animaux échappés d’une ferme et divagant sur la chaussée, risquant de provoquer un accident. Un poney Shetland s’étant enfui de son enclos, les policiers furent délégués à ramener l’animal épris de liberté à son domicile. Plus tard ce fut une chèvre, appartenant peut-être à monsieur Seguin, qui elle aussi fit la belle. Seulement il faut toujours respecter la procédure et ne pas confier ce travail à n’importe qui. « Le chef de poste, connaissant René pour son habilité à interpeller les animaux, lui confia, en compagnie de Christophe, cette mission ». Habilité étant à prendre dans le sens d’habile, d’apte, et non dans celui de posséder une habilitation à présenter à l’animal signifiant que le représentant de la loi est en droit de le remettre à ses propriétaires. Plus tendancieux, ce passage extrait d’une autre affaire évoquée dans ce recueil : « Après avoir procédé à une palpation de sécurité, les deux voleurs furent conduits au commissariat ». Personnellement j’aurais écrit Après avoir subi, mais après tout ce sont peut-être les voleurs qui se sont palpés eux-mêmes afin que les policiers ne soient pas confrontés à une affaire de mœurs. Les gens sont tellement procéduriers de nos jours !

Comme vous l’aurez compris, je n’ai pas été emballé par ce recueil de nouvelles, chacune d’elles se résumant sur trois pages environ. Il manque ce petit quelque chose qui procure la sympathie, voire l’empathie entre le lecteur et l’auteur. Ici, le lecteur a l’impression d’être plongé dans le déchiffrage d’un procès-verbal. Un peu plus de chaleur, de sensibilité, pourquoi pas d’émotivité et de souplesse dans la rédaction, dans la narration, auraient apporté ce petit plus qui différencie un rapport circonstancié d’une historiette, même si elle a été vécue.

Ces chroniques se déroulent entre 1995 et décembre 2006, et décrivent le labeur quotidien et nocturne d’officiers de police dans un commissariat d’une ville du Sud de la France.

Par Oncle Paul - Publié dans : Nouvelles
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Lundi 29 août 2011 1 29 /08 /Août /2011 14:34

 

 

Si toi tu te coupes avec une enveloppe, lui peut s’égorger avec le timbre. Lui, c’est Bruno, dit le Zébré, un vieux copain de cellule de Tonton. Son surnom, il le doit à toutes pire-du-milieu.jpg les années passées en tôle, à regarder le soleil à travers les barreaux. Tonton, c’est un vieux de la vieille, un truand patenté, dont le réseau sanguin transporte l’atavisme familial. Digne fils de ses parents, Aimé Du Çon alias Tonton, n’hésite pas à mettre les mains dans le cambouis et à organiser des affaires tordues susceptibles de gonfler son portefeuille. Et c’est grâce justement au Zébré qu’il sent l’odeur de l’argent flotter sous son nez. Donc, comme je l’ai dit, Le Zébré, fidèle hôte des prisons, peut-être parce qu’il apprécie la nourriture abondante et raffinée qui y est servie et assuré d’avoir un toit sur la tête lors des intempéries, Le Zébré a fait la connaissance du Belge qui lui a narré comment il a réussi à glaner quelques millions d’euros, cachés précautionneusement chez lui. Tonton, sachant que son ami, à peine sorti de geôle a trouvé le moyen d’y retourner, décide de s’accaparer de cette petite fortune qui lui tend les bras.

Il convoque l’arrière-ban de ses fidèles, Gérard, Pierre son neveu, pas très futé de l’avis de tous, et Mamour, un non-voyant qui traîne à ses basques un chien appelé Kiki. Pour leur expliquer ce qu’il envisage, Tonton est obligé de prendre des détours lexicaux mais il parvient quand même à leur inculquer les prémices de son idée. Tandis que ses comparses doivent se conformer à ses instructions précises, plus ou moins bien, il faut l’avouer, Tonton requiert les services d’un vieil ami, Le docteur Moreau-Défunt. Déguisé en Jules César, accompagné de ses fidèles Centurions Gérard and Co, Tonton est accepté dans la clinique Le Vilipende du psychiatre Branlant-Dudaume. Le pourquoi du comment me demanderez-vous à juste raison ? Tout simplement parce que le Belge, de son vrai nom Emile Von Stroumpf, serait interné dans l’établissement suite à une altercation avec un codétenu, lequel n’est autre que Le Zébré qui lui serait passé de vie à trépas.

Tout est soigneusement pensé, Tonton a fignolé son plan en gérant les moindres détails. D’ailleurs il précise : « Bon, les enfants, on synchronise nos montres, qu’on soit sûr d’être tous le même jour ».

De nombreux gags, je voulais dire de nombreux incidents, vont émailler les pérégrinations de nos lascars, avec quelques cadavres déposés ici et là comme les cailloux du Petit Poucet. Et un épilogue fin ouverte qui nous laisse présager que nos Branquignols vont revenir dans de nouvelles aventures.

Ce roman, sous-titré Tonton et ses chinoiseries, possède un humour dans la narration, dans la description des situations, dans les dialogues, qui pourrait rapprocher de San Antonio, première période, de Charles Exbrayat, mais surtout de Viard & Zacharias comme dans leur roman La bande à Bonape. Un humour qui sera peut-être dédaigné par les réfractaires à la lecture de ce genre de production, préférant les romans noirs, durs, violents et âpres. Ils ne savent pas ce qu’ils perdent, mais à chacun son choix que je ne peux que respecter.

Citation : Avoir l’air con, c’est à la portée du premier intello venu. Avoir l’ai fou n’est pas forcément à la portée d’un sain d’esprit.

Par Oncle Paul - Publié dans : Romans - Communauté : Culture Polar
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Dimanche 28 août 2011 7 28 /08 /Août /2011 15:47

Les éditions Après la Lune lancent une souscription pour le livre de Pascal Dessaint et Philippe Matsas : Les voies perdues (voyage dans les friches ferroviaires du nord de la France), en librairie le 4 novembre 2011.

118 pages, 23 euros

Soyez parmi les premiers à découvrir LES VOIES PERDUES !

Et recevez en cadeau un tirage original !

 

voies-perdues.png

Les voies perdues nous invitent à suivre les traces d’un monde industriel et ferroviaire aujourd’hui disparu, ou en train de disparaître…
Les voies perdues sont ces chemins singuliers qui relient les gens du Nord à leur passé, parfois douloureux, dont on se souvient pourtant avec plaisir et mélancolie.
Les voies perdues est l’histoire d’une rencontre entre deux hommes, un écrivain et un photographe, qui se sont retrouvés portés par une même idée, un même désir, convaincus que tous les voyages sont possibles, et nécessaires.

En savoir plus sur le site de Pascal Dessaint

Pour souscrire, envoyer un chèque de 23 euros aux éditions Après la Lune

14 rue Emile-Dubois 75014 Paris

http://apreslalune.com/dessaint.jpeg

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Samedi 27 août 2011 6 27 /08 /Août /2011 17:49

 

Charles Adam, surnommé par sa belle-mère mais seulement lorsqu’il a tuer-mon-papa.jpg le dos tourné, Charlatan, et sa compagne Pénélope Bovary, nom prédestiné pour quelqu’un qui est prof « agrégée » de lettres, sont considérés par les habitants de la petite ville de Sponge, près de Dijon, comme des « zozos ». Faut avouer que Pénélope n’est pas tendre avec ses élèves et ne se gêne pas pour signifier aux parents obtus les carences et frasques de leurs enfants. Quant à Chad, contraction de Charles Adam, il est saxophoniste intermittent du spectacle, donc considéré comme un fainéant. Il joue dans les rues, du Coltrane de préférence, genre musical fort peu apprécié de ses concitoyens. De plus ses cheveux longs et son apparence vestimentaire ne plaident pas en sa faveur. Mais les deux amoureux s’en fichent pas mal des opinions des « braves gens qui n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux ». Lorsque Péné tente d’inculquer les bases de la littérature française à ses collégiens, Chad vaque à ses occupations dans leur appartement, occupations que se réduisent en séances de relaxation et visites dans les deux ou trois cafés situés sur la place principale. Il se rend surtout chez Lucie, accorte gérante de l’Escale, âgée de trente cinq ans et qui ne voit pas son mari de la journée. Elle est amoureuse de Chad et ne se prive pas de le lui faire comprendre.

 

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes, selon leur concept de leur existence, si un beau matin Benjamin, le facteur atypique, n’effectuait une intrusion dans l’appartement, perturbant quelque peu Chad dans sa séance de repos matinale. Il tient à la main une lettre dont la suscription est pour le moins réduite : Monsieur Chad, Sponge. Heureusement le préposé à la distribution des objets postaux, qui le dimanche effectue des parcours vélocipédique en compagnie de Chad, connaît le diminutif de son client. Et cette bafouille est pour le moins curieuse. Il émane d’une jeune gamine qui signe « celle dont on ne doit pas prononcer le nom ». Une référence sans conteste à Harry Potter, ce qui pourrait faire penser à une blague. Seulement le contenu est nettement moins plaisant. Je vais tuer mon papa. Suivent quelques lignes que Chad lit avec une sensation mitigée.

Dans la missive, sa correspondante, qui s’adresse uniquement à Chad, précise que son père est un assassin, sa mère une salope, et que pour tuer son papa, elle s’est entraînée. D’abord avec des chats, et Chad découvre les corps des félidés à l’endroit indiqué. Il en parle à Péné et tous deux se demandent s’ils doivent avertir la gendarmerie. Mais le désir de se substituer aux enquêteurs les titille, d’autant qu’un second pli vient les narguer. Alors, n’écoutant que leur curiosité, ils suivent les indications décrites dans les lettres. Par exemple ils se rendent nuitamment à l’adresse suggérée et trouvent comme convenu enterrés sous un sapin trois poupées. Des poupées, en plastique noir, représentant deux adultes et un enfant, avec un trou entouré de rouge à la place du coeur. Plus une figurine en bronze ressemblant à un léopard ou à un tigre. Cela ne s’apparente plus guère à un jeu.

La maison, du doux nom d’Iasnaïa Poliana, appartient à un certain Serge Dupaquier dit Vronski, info recueillie par Chad auprès de Luce après une séance de réconfort dans la chambre de la cabaretière. Vronski tient à Dijon un commerce d’objets africains, des antiquités en provenance du Bénin principalement et classés dans la catégorie des Arts Premiers. Tandis que Chad essaie d’obtenir des renseignements auprès du boutiquier des renseignements sur la figurine en bronze, Péné surveille les alentours et principalement le manège de deux Noirs en scooter.

Vronski est en colère depuis que quelqu’un lui a dérobé quelque chose dans le coffre de sa voiture. Et ses soupçons se portent sur tout le monde et principalement sur ceux qui gravitent dans son entourage, à leurs dépends.

tuer mon papa Si dans certains de ses romans je rapprochais Jean-Paul Nozière du style de Jim Thompson, Je vais tuer mon papa m’incite à pencher du côté de Donald Westlake. Attention, je ne compare pas, j’établis juste une homologie littéraire, afin de situer l’univers de l’auteur. Jean-Paul Nozière possède son propre style et je ne veux en aucun diminuer ses mérites. Au contraire, car il joue dans la cour des grands. Il signerait d’un pseudonyme américain, ses romans porterait la mention traduit de l’américain par..., les scènes seraient transposées dans un état rural genre Iowa, je suis sûr que bien des lecteurs tomberaient dans le piège. Ses personnages sont gentiment fantaisistes, mais recèlent tous plus ou moins une blessure issue de leur enfance ou de leur vie quotidienne. Leur bonne humeur n’est parfois que de façade, et parfois fois ils craquent. Celle dont on ne doit pas prononcer le nom tient un journal littéraire dans lequel elle narre pourquoi elle veut tuer son papa. Le vrai, pas l’autre, pas l’officiel qui est décédé. Et sa mère noie ses désillusions dans le ratafia et un mélange de médicaments.

Les chemins suivis par Chad et Péné, Celle dont on ne doit pas prononcer le nom et sa mère, et Vronski qui ne pense qu’à rejoindre l’île de la Réunion après avoir résolu ses problèmes, débouchent sur un carrefour dangereux, un croisement non signalé par des panneaux stop. Et des dommages collatéraux fournissent quelques cadavres. Le dénouement est ce que l’on appelle une fin ouverte, le lecteur se devant d’imaginer ce qui lui semblera le plus moral. Si l’on peut parler de moralité dans cette histoire qui dénonce en filigrane le racisme, et émet quelques autres réflexions personnelles dont, par exemple l’avenir de la Poste. Institution qui n’est plus ce qu’elle était. Selon Benjamin, le facteur : « Ces salauds (il parle des technocrates chargés de trouver des solutions à des problèmes qu’ils ont créés eux-mêmes) Ces salauds ont rallongé ma tournée d’une bonne heure. Ils n’embauchent personne, certains jours on ne distribue pas le courrier. Ils sabotent le service public exprès pour pouvoir privatiser peinards en gueulant : Vous voyez bien que ça ne marche pas, le public ! ». Un roman beaucoup plus profond qu’il y parait, même si la gravité est sous-jacente, sans oublier la référence à Harry Potter.

Cerise sur le gâteau voici la liste de quelques musiciens évoqués dans ce roman : John Coltrane, Roland Kirk, Jan Gabarek, Lionel Hampton, Yusef Lateef, Dizzy Gillespie, Count Basie, Charlie Mingus, Cannonball Adderley, Ravi Shankar.

Enfin, il me semble que François Guérif, l’éditeur de Rivages/Noir, serait bien inspiré de rééditer la série des Slimane : Un regrettable accident, Bogart et moi, Trois petites mortes… Ce ne serait pas du luxe, au contraire, ce ne serait que justice.

Vous pouvez également lire ma chronque de Dernier tour de manège,  de Cocktail Molotov, ainsi qu'un entreiten avec Jean-Paul Nozière

Par Oncle Paul - Publié dans : Romans - Communauté : Culture Polar
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Jeudi 25 août 2011 4 25 /08 /Août /2011 17:59

fuveau.jpg

Petite ville de plus de 8500 âmes, Fuveau est situé entre Aix en Provence et Marseille, avec en toile de fond la montagne Sainte-Victoire.

Depuis 1990, le village de Fuveau organise un salon, donnant rendez-vous aux écrivains et à leurs lecteurs le premier week-end de septembre. Ce salon littéraire qui allie bonne humeur, chaleur et simplicité accueille des auteurs et un public de plus en plus nombreux.
Charme du site, douceur d'un authentique village provençal, organisation huilée…nul ne peut définir précisément ce petit quelque chose qui fait le succès de la manifestation. Une certitude cependant, ce n'est pas par hasard que les écrivains aiment autant le salon de Fuveau.

"Submergés par nos lecteurs, nous admirons comment une équipe locale, bien inspirée, bien soudée a pu mettre au point une manifestation culturelle que beaucoup de grandes villes envieraient à Fuveau"(Hervé Bazin, septembre 1991).

Cette année cette manifestation se déroule du 1er au 4 septembre et accueille plus de 120 auteurs, talents nationaux et régionaux en littérature générale, jeunesse, bandes dessinées et beaux livres, qui vont dialoguer avec leurs lecteurs et dédicacer leurs ouvrages les 3 et 4 septembre. Pas d’usine du livre ! Nos auteurs invités sont disponibles une ou deux journées entières pour leur lectorat.

Autour du Salon, entre le 1er et le 4 septembre, plusieurs « temps forts » animeront l’événement pour vous emmener à la découverte de la littérature et de la culture espagnoles. "Ces lettres venues d'ailleurs", rendez-vous annuel avec des auteurs étrangers, vous invitent à venir rencontrer des écrivains espagnols, à visiter la librairie consacrée à la littérature espagnole classique et contemporaine et assister aux spectacles et expositions thématiques autour du pays invité.

Parmi tous les auteurs annoncés, j’ai relevé quelques noms qui à eux seuls devraient drainer un grand nombre de lecteurs, plus particulièrement ceux qui apprécient à juste titre la littérature policière.

Je vous propose un échantillon de ces participants dont vous pourrez retrouver sur Mystère Jazz des portraits, des entretiens et des chroniques concernant leurs ouvrages.

Jean-Claude Beltramo : Le commissaire aimait trop les papalines ; Autopsie d’une tuerie.
Jacques-Olivier Bosco : Et la mort se lèvera ; Le cramé.
Jean Contrucci : Le Vampire de la rue des Pistoles ; L’inconnu du Grand-Hôtel ; Un jour tu verras ; La somnanbule de la Villa aux Loups
Jean-Paul Delphino :
Tu touches pas à Marseille ; La faction.

Gilles del Pappas : Bleu sur la peau ; Mémoires d'un goûte sauce
André Fortin : Requiem pour le juge ; Un été grec ; Pitié pour Constance.
René Frégni :
L'Été ; Lettre à mes tueurs ; Maudit le jour. La fiancée des corbeaux.
Maurice Gouiran : Qui a peur de Baby Love ? ; Putains de pauvres !; Train bleu, train noir ; Franco est mort jeudi ; Les vrais durs meurent aussi ; Sur nos cadavres, ils dansent le tango.

Jean-Claude Guegan : Mode d’emploi.

Marcus Malte : La part des chiens ; Intérieur nord ; Et tous les autres crèveront ; Les Harmoniques ; Le lac des singes ; Le doigt d'Horace.
Jacques Mazeau : La vengeance du loup ; L'or des Maures ;
Mensonges ; La Ferme de l’enfer ; Le vent de la colère.
Serge Scotto (et son chien Saucisse) : Saucisse face à la crise.
Alerte à la vache folle ; Nous serons les rois de Marseille.
Zolma : Adios Viracocha ; Croisière jaune ; Mistral Cinglant.

La BD et les écrivains espagnols sont également représentés, en grand nombre.

Vous pouvez obtenir de plus amples renseignements sur le Salon Ecrivains en Provence, le Salon 2011, les Salons précédents, l’historique et encore plus d’informations sur le site de cette manifestation en dirigeant avec efficacité le pointeur de votre souris Ici.

Merci à Lystig de m’avoir signalé ce Salon auquel je ne pourrai pas participer, en tant que visiteur, malheureusement.

Par Oncle Paul - Publié dans : Z'infos MystèreJazz - Communauté : Culture Polar
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Mercredi 24 août 2011 3 24 /08 /Août /2011 17:24

 


De son véritable patronyme, William James Basie, Count naquit à Red Bank, basie.jpg cité proche de New-York le 21 août 1921. Son père, qui fut gardien de prison puis cocher et domestique chez un juge fortuné, devient jardinier et homme à tout faire chez des familles aisées des environs. Sa mère travaille dans une laverie. C’est elle qui initie son fils à la musique, payant les cours de piano de son fils en vendant des gâteaux qu’elle confectionne elle-même. Comme de très nombreuses familles, qui ne pratiquent pas forcément la musique, les Basie possèdent un piano à la maison. Les études ne le passionnent guère, préférant la musique. Il attiré par les percussions et plus particulièrement la batterie. Pourtant c’est par le piano qu’il entame sa carrière, en remplaçant au pied-levé le pianiste d’un théâtre. Il continue par des improvisations en accompagnement des films muets. Il fréquente assidûment un jeune batteur de Red Bank, Sonny Greer, qui accompagnera Duke Ellington de 1919 à 1951. Les deux amis jouent souvent ensemble jusqu’à ce que Sonny Greer passe musicien professionnel. Pour le jeune William Basie, aucun doute il sera lui aussi musicien ! Il joue dans de petits orchestres locaux, passe en 1924 l’Hudson pour s’installer à New-York, à Harlem, et rencontre Fats Waller qui lui met le pied à l’étrier. Il lui prodigue des conseils sur la technique du clavier, notamment à l’orgue, ainsi que des tuyaux pour trouver des engagements.

Débute alors pour le jeune William un cycle de tournées qui le mènent à Kansas City, Saint-Louis, New Orleans, Chicago, croisant de nombreux musiciens dont Louis Armstrong ou le chanteur de blues Jimmy Rushing. La tournée en compagnie de la troupe Gonzelle White est brusquement interrompue en 1927, alors qu’ils arrivent à Kansas City. Basie, malade, se retrouve sans emploi. Il trouve un engagement dans un cinéma et accompagne les films muets jusqu’au début de l’année 1928. Walter Page, le bassiste des Blue Devils, l’incite à rejoindre la formation et ce sera à nouveau les pérégrinations des musiciens principalement entre le Texas et l’Oklahoma. Mais ce séjour à Kansas City a permis à William Basie d’affiner son style, au point que longtemps tous, auditeurs et critiques musicaux, croient qu’il est un pur musicien issu de cette ville, jouant le blues à la manière des musiciens locaux. Puis William Basie, devenue « Count », est engagé par Benny Moten comme deuxième pianiste. La formation enregistre les arrivées de Eddie Durham, tromboniste, Hot Lips Page, trompettiste, Jimmy Rushing, Walter Page, bassiste, puis Ben Webster, saxophoniste, Herschel Evans (clarinette et saxophone) et Lester Young, saxophoniste ténor. Basie ne se contente pas de jouer, il écrit ses premiers arrangements, et s’impose peu à peu comme premier pianiste, Benny Moten dirigeant la formation.

Count Basie pense sérieusement à monter sa propre formation, mais le brusque décès de Moten en 1935, le 2 avril exactement, lui permet de prendre la tête d’un bigband composé principalement des membres de l’ancienne formation avec la participation de Lester Young. La consécration se dessine lorsque John Hammond, jeune producteur, entend en janvier 1936 une retransmission radiophonique de l’orchestre de Basie au Reno Club de Kansas City. Il lui trouve ses premiers engagements à Chicago et organise des séances d’enregistrement en octobre de la même année. L’accueil est mitigé. L’orchestre se dénomme alors Count Basie and his Barons of Rythm’. Une nouvelle séance est organisée en juillet 1937. Basie aime le blues et il accompagne volontiers des chanteurs comme Jimmy Rushing, Big Joe Turner mais surtout Billie Holiday avec laquelle le bigband effectue une tournée harassante en 1937. Cette association permet à Basie de se forger une solide réputation dans les grandes villes de l’Est et début 1938 l’orchestre s’installe à New-York. Les prestations se suivent, au Roseland, au Savoy et la formation est considérée de tout premier plan. Billie Holiday quitte Basie pour Artie Shaw.

Count_Basie_MED.jpg Count enregistre aussi bien en quartet qu’en grande formation mais la guerre arrive. De nombreux musiciens sont appelés sous les drapeaux et les diverses formations sont désorganisées. Ensuite le paysage musical se transforme avec notamment l’arrivée du Be-bop. C’est la traversée du désert qui dure jusqu’en 1952. Count est alors à la tête d’un bigband de seize musiciens et la production est confiée à Norman Granz. Count enregistre sous des labels prestigieux comme Mercury ou Verve. En 1954 c’est la consécration internationale concrétisée par une tournée en Europe. Il accompagne des chanteuses réputées comme Sarah Vaughan, Ella Fitzgerald, des artistes nommés Franck Sinatra, Sammy Davis Jr ou Bing Crosby. Il collabore avec des musiciens de renom : Roy Elridge, Dizzy Gillespie, Zoot Sims, Oscar Peterson, et Duke Ellington pour un album contenant huit titres, chacun composant quatre titres. La popularité de Count Basie ne se dément pas mais en août 1976 il est victime d’une attaque cardiaque. Ce qui le contraint à une période de repos. Il revient sur le devant de la scène en janvier 1977, contraint à davantage de moments de repos. En avril 1983, sa femme Catherine décède, le laissant profondément chagriné. Il meurt le 26 avril 1984 d’un cancer du pancréas à Hollywood.

Ce qui reste de Count Basie, et de ses formations, c’est un jeu d’ensemble rigoureux, passionné de rythme, produisant des sonorités sèches, précises, nettes, « une véritable machine à produire du swing », considéré comme l’égal de Duke Ellington. Les deux hommes, tout deux pianistes, produisant une musique élégante et sophistiquée, aux accents variés, mais toujours soutenue par un swing inaltérable.

Fiche établie selon diverses sources.

 


 
Par Oncle Paul - Publié dans : Portraits Jazzmen - Communauté : Culture Polar
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Naissance !

MYSTERE JAZZ  est heureux de vous annoncer la naissance de son petit frère: Les Lectures d'Oncle Paul

Un blog entièrement dédié à la littérature et qui propose des articles inédits ainsi que  des articles déjà publiés dans Mystère Jazz.. Mystère Jazz ne se consacrera plus  dès lors qu'aux romans et aux essais relatifs au jazz..

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813.jpegLe numéro 111 de la revue 813, l'Association des Amis des Littératures Policières vient de paraître. Voir l'excellente chronique de Yan sur son blog : Encore et toujours du noir !

 

 

 

 

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DellyLe numéro double 55/56 de la revue Le Rocambole est consacré à l'oeuvre de Delly. Pour en savoir plus visiter ma chronique ici

 

 

 

 

 

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indic10La revue L'Indic N° 10 vient de paraître. Pour en connaitre le contenu cliquez Ici

 

 

 

 

 

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gorgones.jpgLe Boudoir des Gorgones nouveau est arrivé

 

 

 

 

 

 

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