benny golson
Marc VILLARD : I remember Clifford. Editions Folies d’encre. 120 pages. 14€.
Il parait que la musique adoucit les mœurs. Il paraît ! Encore un aphorisme qui ne traduit pas toujours la réalité – rappelons-nous les combattants qui montaient à l’assaut au son de la musique militaire – et en lisant, ou relisant, les huit nouvelles qui composent ce recueil, on pourrait en douter.
Le jazz, musique de liberté (de libération même puisque les armées américaines composées de treize pour cent de Noirs arrivent en Europe au cours de l’année 1917 et le vieux continent découvre alors le blues et le jazz), de révolte, de joie de vivre, de mutation perpétuelle, d’improvisation, a longtemps été considéré comme une musique chaotique, sans code défini (contrairement à la musique dite classique à laquelle les interprètes doivent se conformer à la rigueur de la partition). Du moins c’est ce que j’entendais dans ma jeunesse. Musique chaotique ? Ce sont plutôt les musiciens qui souvent ont eu une vie désordonnée, dissolue, insouciante et cela se traduisait dans leur vie professionnelle et privée par des périodes de succès suivies de déchéances morales et physiques. Les exemples sont nombreux et nous aurons peut-être l’occasion d’y revenir.
Dans La Grenouille, Marc Villard met en scène Ben Webster alors que le célèbre saxophoniste ténor, dont le chef est toujours
couvert d’un bitos rond, traîne son ennui dans Amsterdam. Il doit enregistrer quelques jours plus tard à Stockholm avec Teddy Wilson et en attendant l’arrivée du pianiste, il filme de sa chambre
d’hôtel les soubresauts de la rue. Il place la caméra sur un trépied puis il sort, déambulant au gré de sa fantaisie. Lorsqu’il rentre il n’a plus qu’à récupérer la pellicule, la faire développer
puis la visionner sur un drap blanc tendu sur le mur. C’est ainsi qu’un soir il assiste par images interposées à un meurtre.
Quittons les canaux d’Amsterdam pour rejoindre la baie de Naples, en septembre 1960, et faire la connaissance d’un auteur qui connait un succès mérité depuis deux ans à la Série Noire avec La Reine des pommes : Chester Himes. Il est à l’hôtel avec sa copine Lesley et un soir ils se rendent dans une boite de jazz, le Blue Note, nom pas vraiment original mais qui propose de la bonne musique. Succédant à un trio un quatuor s’installe et lorsque le saxophoniste commence à jouer sous les projecteurs, Himes et sa compagne restent bouche bée. Non pas tant à cause de la virtuosité du musicien mais parce qu’il est la réplique parfaite d’un personnage du romancier : Ed Cercueil. La suite est déclinée dans Le Roi des poireaux.
Remontons sur Paris, dans le XVIIIème arrondissement, et suivons à la trace Bud, comme Bud Spencer ou Bud Powell, dans Une petite nuit. Il boit trop mais cela ne l’empêche pas de se rendre le soir au Club Pannonica. Il aime écouter Mario Salomon, un Martiniquais qui joue ses compositions et celles de Sonny Rollins, et son quartet composé de Suédois et Luxembourgeois. Mais il y a des soirs où tout va mal, comme lorsque les policiers s’invitent, non pour écouter du jazz mais à recherche de stupéfiants. Sûr que quelqu’un les a dénoncés.
Avec Piano forte, redescendons vers le Sud, à Barcelone et attachons-nous à regarder José Felix, photographe amateur de jazz, en train d’immortaliser sur pellicule le pianiste Luis Mendoza et ses complices de scène. Alors qu’il visionne ensuite ses clichés en train de sécher afin de déterminer ceux qui seront susceptibles d’être agrandis, Marcia, sa compagne, pense reconnaitre sur l’un d’eux Le Général. Le Général qui traîne derrière lui une réputation sulfureuse. Oui, mais normalement le général est décédé cinq ans auparavant.
Continuons notre balade qui, dans Diamants sous macchabées,
nous emmène du Congo à Paris, en compagnie d’Antoine Sako. Il
doit transporter dans son estomac quelques petits berlingots de plastique contenant des diamants. Mais Sako n’est pas un trafiquant ordinaire, il rumine sa vengeance.
Traversons maintenant l’Atlantique pour nous rendre à New-York. Roy Evans joue de la trompette au Five Spot, mais ceux qui le cherchent ne sont pas des musiciens. Ils réclament l’argent qu’il doit à Monsieur Hampton. Une dette de dealer qu’il n’arrive pas à rembourser. La baronne Nica, mise au courant par son ami Monk, règle ce qu’il doit, mais que voulez-vous Ça change tout le temps !
D’un saut de puce transportons-nous jusqu’à San Diego, aux portes de la frontière mexicaine, non loin de Tijuana. Javier, trompettiste, est gentiment prié de gagner la frontière et pour cela il bénéficie d’un billet gratuit pour le no man’s land. Un voyage effectué dans un car de police en compagnie d’autres expulsés sans papiers. Javier n’aura de cesse de retourner aux Etats-Unis, quitte à passer par le désert de l’Arizona, la Tierra de Nadie.
Terminons notre voyage à Naples, sur les brisées d’un chanteur de jazz. Renato Adami possède une belle voix veloutée, un peu à la Dean Martin, et il est content de son sort. Jusqu’au jour où un homme le contacte. Son patron aimerait embaucher Renato pour que celui-ci chante à la communion de sa fille. Des chansons d’honneurs, en italien. Mais Renato ne chante qu’en américain, et il se refuse à interpréter des airs camorristes devant des gros bonnets de la Mafia. Que voulez-vous, il est comme ça Le Chanteur de jazz, sans concession. Quoi que…
Voilà, notre balade dans le monde du jazz est terminée et Marc Villard s’est montré, comme à son habitude,
un
guide très au courant des accidents de
parcours, très convaincant, n’ayant pas besoin d’avoir recours à des dépliants touristiques, avec des frissons dans la plume qu’il transmet sans emphase aux lecteurs. Ses nouvelles sont nettes,
concises, percutantes, sans fioritures, simples, directes, réservant toutefois quelques bonnes surprises, c omme le faisaient
les airs de jazz au temps des vinyles.
Ces nouvelles ont connu une prépublication dans le magazine Jazzman, avant sa fusion avec Jazz Magazine, de 2007 à 2009. Par exemple Une petite nuit figurait dans le numéro 139 d’octobre 2007 ; Piano Forte dans le numéro 140 ; Diamant sous Macchabées, qui à l’origine s’intitulait Diamant sur macchabée, dans le numéro 141 de décembre ; Ça change tout le temps dans le 142 de janvier 2008 ; Le chanteur de Jazz dans le 143 de février 2008… D’autres nouvelles parurent ainsi jusqu’en 2009 avec des dessins de François Avril et je suppose, du moins j’espère que Folies d’encre nous les proposera accompagnées des dessins originaux.
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comme s’ils étaient son esclave, ne se rebiffant pas
lorsqu’il les appelle Négros.
mais tous ceux qui gravitent dans
cette histoire échevelée dont les personnages se croisent sans pour autant tous se connaître et dont le destin bascule pratiquement au même moment avec des fortunes ou infortunes diverses.
ne jugerons pas la moralité de cet homme et découvrons ce destin gravé dans le sang.
avec la lecture de David Copperfield, d’Oliver
Twist, des Contes de Noël et autres ouvrages publiés dans des éditions jeunesse parfois abrégées. Ces versions condensées ôtaient à ces romans, sans que dans notre esprit encore
juvénile nous soyons vraiment interloqués. Mais relire aujourd’hui ces romans nous entraineraient sans aucun doute à des réflexions plus profondes et Jean-Pierre Ohl nous y incite par le
truchement de cette biographie qui éclaire sous un jour nouveau ces œuvres beaucoup plus sociales et engagées qu’il y parait.
Plein de
défauts, mais rien ne m’oblige à vous les dire ici. Horreur de la routine, du mépris et des fruits de mer.
J’ai constaté que vos romans sont relativement
courts alors que la mode est aux pavés. Vous avez peur de ne pas tenir la route ou êtes-vous une minimaliste ?
ébarquement et des réceptions prévues. Février 1964.
Parution du roman de Jean Amila, "La Lune d'Omaha" et pour l'auteur une nouvelle occasion de brocarder la guerre et ses cortèges d'horreur.
A priori cette histoire de déserteur aurait pu susciter une certaine indignation de la part de ceux qui prônent les vertus rassurantes de mots tels
que Patrie, Noble Cause, Valeur, Idéal, Honneur. Mais Jean Amila va plus loin dans la bravade et l'audace de ses dénonciations romancées. Il ose insinuer que certaines magouilles auraient eu lieu
lors de l'aménagement du cimetière. Par exemple un trafic de fumier dont le père Delouis serait à la tête, ce qui contrarie le sergent Reilly. “ Car hélas! tous les arbrisseaux, les
parterres, les buissons de roses galliques et les pépinières ne se contentaient plus de l'humus symbolique américain, il fallait du fumier français! ” Une fois par semaine environ le
sergent Reilly rend un hommage à ses camarades de combat. “ Il faisait en zigzag ce qu'il appelait l'appel de l'escouade. D'un bout à l'autre du grand cimetière, il se promenait selon
une ligne brisée, mais invariable. ” “ Il remontait vers le centre, autour de la chapelle ronde. Et presque avec tendresse, il touchait en passant les croix de Harry, de
Gordon, de Hann... Il s'arrêtait plus longuement devant le croix de James R. Bancroft, le râleur... Au delà du grand Agénor de bronze du Mémorial, il rendait visite au mur des disparus où le
dernier homme de l'escouade, Cornell, avait son nom au milieu d'autres, pulvérisés, jamais retrouvés ”.
“ Il avait eu l'honneur de faire un stage à Arlington avant de venir au cimetière d'Omaha Beach. Il lui en était resté la haute conscience du
gazon absolument irréprochable. Chasse féroce à l'ignoble pissenlit, au sournois laiteron, au vulgaire pâturin! Mètre par mètre, d'un bout de l'année à l'autre, le gazon était ausculté, tondu,
noyé, roulé, piqué... Pas une trace de mousse aux endroits d'ombres. Pas la moindre éclaircie
Plus que le courage, la témérité et le plaisir de combattre, (Lafayette, nous voici !) c'était la peur de mourir qui obligeait nos libérateurs à mettre
un pied devant l'autre et de grimper les falaises. L'apaisement et la communion que ressent le sergent Reilly vont en prendre un sacré coup lorsqu'il apprend par le curé de Saint Laurent sur mer
que les vaches du père Delouis auraient été enterrées dans l'immense charnier en compagnie des cadavres des soldats américains. Bien sûr “ Reilly n'avait guère d'illusions sur la façon
dont l'Armée avait pu traiter les cadavres. Et il était bien placé pour savoir que les croix alignées, le gazon impeccable, la bannière étoilée, les mots IDEAL, VALEUR et PATRIE gravés sur le
Mémorial et le grand Agénor au coup de pied à la lune, ne recouvraient qu'une immense fosse commune ... Mais le coup des vaches, il ne l'avait jamais soupçonné. Et parce qu'il éprouvait du
ressentiment pour Claudine, ce matin-là, il trouva cela aussi normand, aussi français, aussi dégoûtant que le croissant trempé dans du café au lait ”. Devant cette marque flagrante
d'irrespect Reilly ne peut qu'exprimer sa fureur à son supérieur qui se montre pour le moins philosophe et balaie par une citation empruntée à Alexandre Dumas (on peut pisser dans un fleuve,
aucune importance!) ce qu'il considère comme une blague, traitant le curé de farceur ou le père Delouis d'avoir voulu se rendre intéressant... L'attitude des paysans à son égard, la subordination
de ses jardiniers teintée d'ironie, trouvent explication à ses yeux. “ Brusquement il se souvint de la curieuse manière qu'avaient les gens de par ici de prononcer Omaha, en le traînant,
en le veulant jusqu'à en faire un meuglement : Omeuheuuu!... ”
des modifications à effectuer, car malheureusement à cause de leur âge des décès naturels sont à
déplorer, mais aussi à cause des abus d’alcool et de drogues. Mais un tel dictionnaire ne peut être mis sur le marché tous les ans, les évolutions n’étant à prendre en considération se réduisant
parfois à la marge. La dernière version du Dictionnaire du jazz date, déjà, de 1994, la précédente et première ayant été publiée en 1988. Il était donc nécessaire, et oserai-je l’écrire,
indispensable, de procéder à une nouvelle édition, entièrement rénovée et remis à jour.
Le numéro 111 de la revue 813, l'Association des Amis des Littératures Policières vient de paraître. Voir l'excellente chronique de Yan sur son blog :
Le numéro double 55/56 de la revue Le Rocambole est consacré à l'oeuvre de Delly. Pour en savoir plus visiter ma chronique
La revue L'Indic N° 10 vient de paraître. Pour en connaitre le contenu
Le 
