Mystère Jazz

Articles récents

Philippe YVON : Sol.

20 Avril 2013 , Rédigé par Oncle Paul

Elle s’appelle Sol. Ce n’est pas son vrai nom de baptême, mais comme c’est le premier mot qu’elle a prononcé, avant même Papa ou Maman, son père a décidé que dorénavant ce serait Sol. C’est resté. Sa mère est morte en couches, son père l’a élevée jusqu’à l’âge de dix ans. Ensuite c’est une tante pochtronne qui a pris la relève. Non pas que son père en ait eu marre, mais un imbécile a trouvé de bon goût de lui planter un surin et de l’occire. Le père de Sol jouait comme contrebassiste dans un club de jazz et Sol a tout vu. Même le meurtrier. De dos, ce qui n’est pas facile pour reconnaître un visage. Juste un tatouage dans le cou, un caducée.

Philippe YVON : Sol.Philippe YVON : Sol.

Sol a appris en autodidacte, en Solitaire, les bases de la musique de jazz, le jazz en sol, et même en sous-sol. Depuis elle maitrise son instrument, comme une véritable artiste. Le jazz dans l’âme et dans les doigts.

Comme elle envie d’intégrer un quartet afin de s’immiscer dans les caves des clubs de jazz, elle agresse un malheureux musicien puis se présente comme la contrebassiste salvatrice auprès d’Armand et de ses deux fils, Greg et Ellio. Au début ils ne sont guère enchantés de changer de partenaire, mais dans le club de jazz où ils se produisent, le quartet fait sensation. Surtout Sol qui élève la note. Tout le monde est subjugué, des musicos aux clients en passant par le patron.

Greg est beau gosse, et l’une des clientes l’a remarqué. Elle lui fait de l’œil, et direct la chambre de la belle dont le mari est absent. Le problème est la croix portée autour du cou par la jeune femme. Ce n’est point tant que Greg est athée, agnostique ou autre, mais cette croix est sertie de diamants. Il fauche le bijou laissant la belle éplorée. Or le mari n’est pas du tout d’accord. Pas d’accord que sa femme aille voir ailleurs ce qu’il peut lui fournir, et surtout qu’elle se soit laissée faucher la croix qui vaut son pesant de billets. D’ailleurs Greg a bien l’intention d’effectuer un échange. Le mari, qui est un mafieux, ne sans laisse pas compter, ni conter d’ailleurs. Alors il démontre à Greg qu’une lame peut faire mal, très mal.

Sol prend les choses en main, alerte un ami chirurgien qui va soigner le blessé et tant qu’à faire le venger. Hasard providentiel, lorsqu’elle investit l’appartement du cocu outragé et vindicatif, elle aperçoit une photo sur laquelle quatre hommes sont représentés, dont l’homme au caducée qu’elle recherche depuis des années.

Dans une ambiance très jazzy, ce roman ancré dans le SoPi (South Pigalle) est comme une plainte jouée par Chet Baker, morceau accompagné ou repris par Miles Davis, Charlie Parker, John Coltrane et Charlie Mingus. Si Witch Doctor en est le leitmotiv principal, ainsi que Summertime, pour moi il plane des images liées à Ascenseur pour l’échafaud ou As en sueur pour l’échafaud, comme vous voulez. Des périodes douces, suaves presque, suivie de frénésies, de heurts, de rages, de castagnes, enrobées de mélancolie, d’esprit de vengeance, de nostalgie.

Sol est une jeune femme au caractère bien trempé, qui maitrise les arts martiaux, ses adversaires l’apprennent à leurs dépens. Et dire que certains affirment que la musique adoucit les mœurs. Sa vie n’est vécue que pour retrouver le meurtrier de son père, quoi qu’il arrive. Parfois elle est obligée d’improviser. D’autant que les surprises ne manquent pas. Ce qui n’est pas pour déplaire au lecteur qui se laisse entraîner avec plaisir dans ce tourbillon. Seul petit bémol, l’épilogue qui semble improvisé.

  

Sites et Bons Coins

19 Avril 2013 , Rédigé par Oncle Paul

SEBASTIEN TEXIER TOXIC PARASITES

17 Avril 2013 , Rédigé par Oncle Paul Publié dans #Z'infos MystèreJazz

 

 

SORTIE LE 17 AVRIL 2013

LABEL CRISTAL RECORDS

DISTRIBUTEUR HARMONIA MUNDI

RÉF : CR 210 PRESENTATION

De belles mélodies jouées par des improvisateurs hors pair, telle est la recette de Toxic Parasites….

Sébastien Texier est un musicien discret qui se construit une solide carrière loin des strass et des paillettes ; qui ne le connait pas bien peut être surpris qu’il soit membre de 6 autres formations en plus de son quintet et de son trio (Christophe Marguet 4tet & 5tet, Edouard Bineau 5tet, Henri Texier 4tet,…) et de sa participation à plus de 30 albums, essentiellement avec ces mêmes formations.

La grande maturité dans son jeu et dans son écriture qui peuvent caractériser ce nouvel album intitulé « Toxic Parasites » ne sont donc pas fortuites….

Toxic Parasites c’est aussi le nom du quintet de Sébastien Texier, un quintet de leaders, de personnalités bien marquées pour qui il a composé des morceaux où il a fallu leur aménager de la place…. Des morceaux où pour la première fois a été intégré le piano, instrument harmonique, magnifié par la légèreté du jeu de Bruno Angélini, des morceaux où l’apport de chacun a permis au final un album plus mélodique qu’à son habitude…Certains parasites ont parfois du bon…

 

SEBASTIEN TEXIER TOXIC PARASITES

TRACKLISTING & MUSICIENS

1. Amie Nostalgie 5’36

2. Song For Paul Motian 5’12

3. Toxic Parasites 4’18

4. Mumble Blues 6’51

5. Le Courage ne fait pas tout 3’58

6. L’Insouciance 5’49

7. Are You Sure 7’14

8. Le Jour d’après 5’45 (dédié aux victimes de Fukushima)

Compositions de Sébastien Texier

 

MUSICIENS :

SÉBASTIEN TEXIER : Saxophone alto , clarinette, clarinette alto ALAIN VANKENHOVE : Trompette, bugle

BRUNO ANGELINI : Piano

FRÉDÉRIC CHIFFOLEAU : Contrebasse

GUILLAUME DOMMARTIN : Batterie

Denise KING & Olivier HUTMAN Trio

4 Mars 2013 , Rédigé par Oncle Paul Publié dans #Z'infos MystèreJazz

Denise-King.jpg


SORTIE LE 26 MARS 2013 de GIVE ME THE HIGH SING

Label Cristal Records (Distributeur Harmonia Mundi)

 

Une grande voix soul blues

Des musiciens exceptionnels

Des compositions haut de gamme

 

Après un premier album « No Tricks », sorti en 2011, salué par la critique et par le public avec une tournée de plus de 70 dates, c’est tout naturellement que Denise King et Olivier Hutman ont eu envie de retourner ensemble en studio durant l’été 2012.

 

Leur nouvel opus, “Give Me The High Sign” comporte davantage de compositions originales – composées par Olivier Hutman dont les paroles sont signées par Denise King et Viana Wember-Hutman – et quelques reprises de standards de jazz ou de soul music.

 

Denise King : chant. Denise King, chanteuse ancrée dans une esthétique afro-américaine (collaborations avec Billy Paul, Teddy Pendergrass, Lou Rawls) séduit d’emblée, sans réserve, pour son sens inné du groove, sa voix chaleureuse et intense.

 

Olivier Hutman : piano, claviers & arrangements. Le background musical d’Olivier Hutman - plusieurs collaborations discographiques comme compositeur ou arrangeur avec de grandes chanteuses françaises (Anne Ducros, Elisabeth Caumont, Stephy Haik, Clotilde Rullaud), de nombreux concerts avec les plus éminents représentants du chant américain (Jon Hendricks, Mark Murphy, Sheila Jordan, Dee Dee Bridgewater) - est le reflet d’une prédilection pour le compagnonnage entre la voix et le piano. Leur compréhension commune du blues, de la soul et d’un vocabulaire étendu du jazz, permet à Denise King & Olivier Hutman de proposer des compositions à la fois modernes, et respectueuses de la tradition. Les techniques d’écriture et de production de cet enregistrement sont effectivement celles d’un album de musique jazz. La voix est accompagnée par le classique trio piano/basse/batterie, avec l’élégante paire rythmique Darryl Hall et Steve Williams, et le tout est enrichi de parties de cuivres : trompette/sax, aves les prestigieux soufflants Olivier Témime et Stéphane Belmondo. Les multiples expériences musicales et personnelles de Denise King et Olivier Hutman, leur culture à la fois européenne et américaine, leurs nombreux concerts sur les scènes du monde entier, ou encore la pratique de la musique de film amènent une autre dimension au projet. Les mélodies offrent une fraîcheur et une spontanéité immédiates qui les rendent accessibles à un large auditoire. Car, ce que tout un chacun peut et aime ressentir, ce sont le swing et l’émotion dont regorge à foison « Give Me The High Sign ».

 

Darryl Hall : contrebasse.

Steve Williams : batterie.

Olivier Temime : saxophone tenor.

Stéphane Belmondo : trompette, bugle.

 

 

Dates des concerts :

 

MARS 2013

 

1er mars Royal Garden Jazz Club (www.royalgarden.at), Graz (Autriche)

2 mars Jazzland (www.jazzland.at), Vienne (Autriche)

7mars Arcachon (33)

13 mars Cercle Suédois, Paris (75)

22 mars River Café, Issy-les-Moulineaux (92)

29 mars Jazz à Chevilly-la-Rue (94)

30 mars Parvis, Chartres (28)

31 mars au Pirate (www.lepirate-rosenheim.de), Rosenheim (Allemagne)

 

AVRIL 2013

 

1er avril Cafe Museum (www.cafe-museum.de), Passau (Allemagne)

2 avril Jazzclub Unterfahrt (www.unterfahrt.de), Munich (Allemagne),

3 avril JazzGAP (www.jazzgap.de), Garmisch (Allemagne)

4 avril Jazzkeller (www.jazzkeller.de), Francfort (Allemagne)

5 avril Jazzclub BIX (www.bix-stuttgart.de), Stuttgart (Allemagne)

6 avril Caveau du Sommelier (www.caveau-olten.ch), Olten (Suisse)

7 avril Jazz Festival d’Avoriaz (74)

12 avril Festival de Courchevel (73)

13 avril Canet en Rousillon (66)

17 avril Concert de sortie au Sunside, Paris (75)

18 avril Concert de sortie au Sunside, Paris (75)

19 avril Château d'Olonnes (85)

 

MAI 2013

 

25 mai Bourg Madame (66)

 

JUIN 2013

 

12 juin L'Inoui, Luxembourg

13 juin L'Inoui, Luxembourg

14 juin Music Village, Bruxelles (Belgique)

15 juin Music Village, Bruxelles (Belgique)

 

AOÛT 2013

 

7 août Festival de l’Abbaye de Fontdouce (17)

9 &10 août Festival de Marciac - off (32)

 

 


 

Arthur DAPIEVE : Black Music

27 Janvier 2012 , Rédigé par Oncle Paul Publié dans #Romans

  

A Rio, l’ancienne capitale emblématique du Brésil, l’image pour les touristes est celle du carnaval, accessoirement les jolies filles qui ne se contentent pas d’étaler leurs charmes lors des danses accompagnées par les musiciens de samba lors des défilés. Elles les tarifient aussi, sans que la morale chrétienne réprouve avec force leurs débordements charnels. D’autant que certaines éprouvent un réel plaisir lors de leurs relations, c’est Jo qui le dit. Et si elle le dit, c’est que c’est vrai parce qu’elle a perdu son pucelage à onze ans. Sa sœur Flo, à treize ans, elle a été enceinte et connu beaucoup d’expériences, parfois en groupe et avec des filles. Mais c’est sa sœur, elle est partie vivre en Suisse, depuis qu’un de ses clients s’est amouraché d’elle et qu’elle l’a suivi. Jo a seize ans, mais elle ne veut pas tromper son homme, Musclor c’est son nom, un peu plus vieux qu’elle et surtout chef de bande dans une favela qui s’échelonne le long des morros, les collines au-dessus de Rio. Musclor, c’est un Blanc qui commande à des Noirs, des ados qui lui obéissent black-music.jpgcomme s’ils étaient son esclave, ne se rebiffant pas lorsqu’il les appelle Négros.
Musclor, c’est quelqu’un, qui a des idées et n’hésite pas à les mettre en pratique. Par exemple, pour se faire de l’argent, il a enlevé en pleine rue, en formant un barrage avec une voiture obligeant le car à s’arrêter, le fils d’un ponte américain de chez Exxon. Michaël Philips, ou Maïcom Filipi comme l’appellent ses ravisseurs, est un jeune de treize ans, mais il ne les parait pas. Un mètre quatre-vingt douze, cela impose. Mais Musclor n’en a cure, lui il ne pense qu’aux deux cent mille qu’il va demander au père pour libérer son otage. Deux cent mille quoi, au fait ? Deux cent mille réais ou deux cent mille dollars ? Allons-y pour des dollars, mais attention, Maïcom va contacter son père par téléphone, et pas question de parler américain. Il doit s’exprimer en portugais afin que tout le monde comprenne. Aussi bien Musclor que les autres gamins de sa bande qui portent en permanence des masques de Ben Laden. Mais Maïcom voit bien qu’ils sont Noirs, comme lui. Jo aussi est noire, pas très belle physiquement, franchement moche on pourrait dire si on ne voulait pas la vexer. Mais elle est fière de ses fesses. Des grosses fesses accueillantes.
Maïcom, son rêve c’est de devenir basketteur, il en a la taille. Mais il aime aussi le jazz, une influence paternelle. Et il connait bien les armes à feu dont ses ravisseurs sont pourvus, grâce aux magazines spécialisés qu’il lit. Il peut les détailler, leur donner un nom, reconnaître le bruit d’une fusillade. D’ailleurs, tiens, alors qu’il est seul sur sa chaise il entend bien des pa pa pa, des poum poum poum. Ce n’est rien, qu’un échange de coups de feu entre bandes rivales, celles de Musclor et une autre de la favela, avec des morts, ça marque plus les esprits. Maïcom va même jusqu’à demander une trompette, et avec Musclor il échange des propos sur la musique. Ils ne sont pas d’accord. Qui de Ary Barroso ou de Duke Ellington a pillé l’autre. Quelle est le morceau original, Aquarela ou Caravan ? De toute façon, Musclor, son truc c’est le rap. Et puis Maïcom n’est qu’un gamin, il le déclare à chaque occasion.
Court roman, mais texte dense, en trois paries, à trois voix.
D’abord c’est Maïcom qui parle, racontant ses tribulations, son enlèvement, sa vie de prisonnier, ses angoisses, ses petits problèmes de miction. Obligé de changer de vêtements devant tout le monde, devant Jo aussi, qui n’attend que ça, le voir nu.
Puis Musclor prend le relais, à sa façon, en rappant, comme ses idoles, troquant son alias de Musclor pour celui de MC JB, car il n’est pas Eminem ni Beastie Boy. il revient sur son parcours de jeune drogué, ses espérances qui se limitent à la favela, plus loin il voudrait bien, mais peut-il, a-t-il un avenir ?
Jo s’empare de la troisième partie, et elle aussi revient son passé de gamine prête à s’enflammer, enfin c’est surtout son corps qui est prêt à s’enflammer, pour satisfaire ses désirs charnels de plus en plus prégnants. Mais elle aussi sait que son avenir est quelque peu brouillé. Trois parties dans lesquelles chacun s’exprime à tour de rôle et le lecteur sent que peu à peu les relations entre ces trois protagonistes, les autres ne comptent pas, muent, mutent, se modifient, se transforment.
Et comme tous les jeunes de leur condition, échecs scolaires, entrés trop tôt dans la vie, livrés à eux-mêmes, obligés de se forger un destin, leurs propos sont crus, comme pour mieux exprimer leur désespoir dans l’adversité, comme si s’exprimer par des grossièretés pouvait leur donner une aura supplémentaire, une affirmation de leur existence. Construit en huis-clos, ce roman offre pourtant une porte vers l’extérieur, mais ce qu’on y entrevoit n’est guère réjouissant. Comme lorsque Jo évoque la mort de son frère Anizio, décès provoqué par une balle perdue, pas pour lui qui l’a ramassée en pleine tête, alors que des policiers tiraient sur un dealer afin de l’intimider. Une bavure vite transformée par les journaux le lendemain, probablement bien renseignés par des responsables de l’ordre public, affirmant qu’Anizio avait provoqué les flics. Ben voyons. Mais cela se passe au Brésil, en France ce ne serait que pure fiction.
Chacun de ces protagonistes porte en eux un idéal, mais celui-ci est peut-être tué dans l’œuf, dans ce roman dont la fin est ouverte.
Arthur DAPIEVE : Black Music (Black Music – 2008. Traduction du portugais par Philippe Poncet). Editions Asphalte.

Noël SIMSOLO : Bob Dylan et le P’tit Quinquin.

30 Novembre 2011 , Rédigé par Oncle Paul Publié dans #Romans

Dors min p'tit Quinquin, Min p'tit pouchin, min gros rojin, Te m'fras du chagrin si te ne dors point ch'qu'à d'main.

Et à Lille et ses environs, ce n’est point le P’tit Quinquin qui devrait s’endormirBob-Dylan.jpg mais tous ceux qui gravitent dans cette histoire échevelée dont les personnages se croisent sans pour autant tous se connaître et dont le destin bascule pratiquement au même moment avec des fortunes ou infortunes diverses.

D’abord il y a Anne, prostituée indépendante. Elle tient à garder son statut malgré les propositions de Pierre Sauveur, un proxénète qui désire l’ajouter à son cheptel. Elle le rabroue vivement. Cet échange ne passe pas inaperçu de quelques clients du café où a lieu l’entretien. D’abord Léon, un vieux poivrot qui passe ses journées à écluser bière sur bière, occupé à écrire on ne sait quoi dans un cahier d’écolier. Sigismond Galade, professeur d’histoire, est attentif à cet échange verbal. Anne rentre chez elle et ses vieux démons l’assaillent. Elle croit entendre sa mère morte depuis des années, un fantôme qui a la malencontreuse idée de se rappeler à elle à tout moment. Galade est un exécuteur qui s’est donné pour mission d’éliminer les prédateurs de l’espèce de Sauveur. Et il ne déroge pas à la règle qu’il s’est fixée en révolvérisant Sauveur qui surveille l’appartement d’Anne.

Serge Bianey est un jeune homme dont l’occupation principale est de se tourner les pouces, de fumer des cigarettes blondes améliorées au haschich ou à la marijuana. Ses parents sont très riches et lui versent une rente mensuelle ce qui lui permet de vivre confortablement à lire les romanciers de la Beat génération. Son voisin et ami habitant l’étage du dessus se nomme Claude Dane et exerce la profession de journaliste localier. Bianay se rend fréquemment au Lucky, un club qui offre à ses clients, contre rémunération bien entendu, des prostituées qui travaillent sans être sous le joug d’un souteneur. Sa préférée se nomme Carole, une superbe Camerounaise. Mais il aime errer aussi et il rencontre en gare de Roubaix une jeune Allemande qui gagne sa vie avec sa guitare et son harmonica en interprétant des chansons de Bob Dylan. Il lui propose de dormir chez lui. Qu’elle se pique à l’héroïne ne le gêne pas outre mesure. Le seul petit truc qui pêche dans la panoplie de cette chanteuse des rues, le coutelas ensanglanté dans son sac.

Le commissaire Cheminvert et ses adjoints, Roger Fache et Yves Roloff, sont sur les dents. Alors qu’ils travaillent sur des incendies mystérieux, qu’un névropathe assassine des femmes et les découpe en petits bouts, le meurtre de Sauveur et d’autres affaires similaires requièrent leur attention, leur vigilance, leur force, amputant leur temps de repos. Car s’invitent dans cet embrouillamini un raciste qui n’hésite pas à tuer ceux dont le faciès ne lui convient pas, déclenchant par ce fait une guerre entre gangs. Une bourgeoise se livre à la dépravation pour satisfaire le plaisir sadique de son mari. Et si tout cela ne suffisait pas, quelques flics franchissent allègrement la barrière érigée entre légalité et corruption

Tout n’est pas rose dans l’agglomération lilloise en ce début du moins d’octobre 1966. Noël Simsolo nous emmène dans différents quartiers de Lille, à Roncq, La Madeleine et Roubaix, en Aronde et autres voitures de l’époque. Ce roman est construit comme un puzzle dont toutes les pièces seraient éparpillées. Peu à peu les pièces s’emboitent, par petites sections, l’histoire prend forme et lorsqu’arrive l’épilogue, tout est mis en place. Personne n’est oublié, personne n’est épargné. Un roman qui nous ramène à une période qui fleure bon la nostalgie des années 60 et nous renvoie à des auteurs comme Peter Randa et confrères, pour lesquels les truands avaient parfois encore des restes d’humanisme et les flics qui n’étaient pas tous blancs comme neige, peut-être à cause de l’héroïne qui circulait. Bon nombre de ces protagonistes se réfèrent à la Beat génération, Kérouac et autres. Une plongée en apnée dans un monde qui a bien évolué mais ressemble furieusement au notre.

Noël SIMSOLO : Bob Dylan et le P’tit Quinquin. Collection Noir & Polar. Editions de l’Ecailler. 184 pages. 17€.

Entretien avec Sylvie Callet

26 Novembre 2011 , Rédigé par Oncle Paul Publié dans #Interviews

Pourriez-vous vous présenter ?
Difficile. Pas très grande, cheveux clairs, yeux bleus. Voilà pour le physique – comme dans Photoshop, j’ai gommé les imperfections. Née à Paris et fille du Midi. Hébergée à mon corps défendant dans le Beaujolais. Valeurs phare : amitié, respect, bienveillance.SylvieMoulinAVent-1.jpg Plein de défauts, mais rien ne m’oblige à vous les dire ici. Horreur de la routine, du mépris et des fruits de mer.

La question qui est souvent posée lorsqu’un auteur se rend dans un établissement scolaire est : A part écrire, qu’est-ce que vous faites comme métier ? Alors je vous pose la même question :
A part écrire… je fais écrire les autres ! J’anime des ateliers d’écriture créative ainsi que des formations aux écrits professionnels dans les secteurs administratif et médico-social. Faire prendre du plaisir à écrire, dédramatiser l’écriture et permettre de mesurer l’impact de l’écriture sur autrui sont quelques-uns des objectifs que je poursuis à travers mes différentes interventions.

Vous avez commencé à être publiée depuis 2006. C’était des romans, comment dire, de littérature blanche ? Depuis vous avez enchaîné trois romans ancrés dans le genre policier. Vous vous sentez plus à l’aise dans ce genre ? Une autre façon d’aborder la littérature ? Ou tout simplement parce qu’ils se vendent mieux ?
En fait, je n’ai pas envie de m’enfermer dans un « genre ». En matière de littérature, j’ai des goûts très éclectiques : romans, polars, autobiographies, poésie classique et contemporaine… alors, pourquoi ne pas tenter toutes ces aventures côté écriture ? Après ma « trilogie polardesque », je pense passer à quelque chose de très différent. 

Ces trois romans policiers ont un point commun : le liquide à teneur plus ou moins forte en alcool : Un petit jaune, référence au pastis, Moulin à vent, référence au Beaujolais et ce petit dernier Le vin des Maures, qui affiche sans complexe la couleur, si je puis dire ? Seriez-vous une militante de Bacchus ?
Avant tout, je suis militante de la convivialité. À travers mes titres vinicoles, je revendique également le droit à une certaine légèreté, au plaisir, au débordement. Marre des interdits, marre de cette société axée sur les profits, marre de la morosité ambiante, marre parfois des gens bien comme il faut (dont je fais sûrement partie. Quoique…)

Je fais référence dans Le Vin des Maures à Agatha Christie. Vous-même l’évoquez à travers Le Crime de l’Orient-Express. Un auteur qui figure en bonne place dans votre bibliothèque ?
J’ai lu tous les Agatha Christie. Et tous les Frédéric Dard (San Antonio). Et Izzo. Et Mankell. Et certains Jonquet – je me réjouis de lire ceux de ses bouquins que je ne connais pas encore. Je possède une grande bibliothèque « spécial polar ». On y trouve tous les auteurs que je viens de citer et bien d’autres encore.

Vous utilisez un peu sa façon de procéder. Peu de personnages, des indices et un épilogue qui joue avec le lecteur, en dépit des règles éditées par Van Dine. Comme dans Dix petits nègres, le Crime de l’Orient-Express (on y revient !) ou Le Meurtre de Roger Ackroyd. Le plaisir de déboussoler le lecteur et lui démontrer que tout est possible même l’impensable ?

À vrai dire, je me contrefous un peu des règles. Avant tout, je cherche à m’amuser. Et à me laisser guider par mes personnages. Ce sont eux qui me dictent mes intrigues, pas moi. Si ce que j’écris plaît à certains, c’est super, ça m’encourage pour continuer et, comme je suis aussi humaine qu’un(e) autre, ça flatte mon ego. Si ça ne plaît à personne, ça ne m’empêchera pas de continuer à écrire – zonkapa acheter mes livres. Je crois qu’il ne faut pas s’arrêter à ça, que c’est en écrivant qu’on devient écriveron. Ou pas. Mais bon, écrire, c’est une nécessité pour moi. Une façon de me retrouver. J’ai parfois l’impression que la vie m’éparpille.

SylvieLeMuy-1.jpgJ’ai constaté que vos romans sont relativement courts alors que la mode est aux pavés. Vous avez peur de ne pas tenir la route ou êtes-vous une minimaliste ?
Alors… compte tenu du fait que je ne suis pas célèbre, que mes romans ou polars ne sont pas adaptés à l’écran et que, par conséquent, je touche des droits d’auteur plus symboliques que réels… je suis bien obligée de trimer pour gagner ma pitance. Ce qui signifie : gérer de A à Z une association, animer des formations dans la France entière, animer des ateliers et stages d’écriture, remplir des missions diverses (en ce moment, par exemple, j’écris un livre avec les ouvrières licenciées de Lejaby). ça plus quelques menus travaux hebdomadaires qui, je ne sais pourquoi, échoient souvent aux personne de mon sexe, genre ménage, lessive, repassage etc. Plus, de temps en temps, quelques balades ou randos ou visites d’expos pour m’aérer le corps et l’esprit. Plus les invitations d’amis qui nous sont chers, à mon sculpteur de mari et à moi. Plus le fait que j’ai besoin d’un nombre minimum d’heures de sommeil pour « tenir la route » comme vous dites… Je me demande bien quand j’aurais le temps d’écrire un pavé ? À moins d’y consacrer dix ans, peut-être. Je crois bien que je me lasserais avant.

Vous pratiquez l’humour dans vos romans. Et dans la vie ?

Ça, il faudrait demander à mes proches. À tous ceux qui participent à mes formations, à mes animations, à tous ceux que je côtoie. Je me sens bien mal placée pour parler de ça. J’aimerais bien qu’on me voie comme ça, une nana sympa et pleine d’humour mais bon… c’est peut-être juste un gros fantasme.

Préparez-vous une suite aux pérégrinations de Jo dans le monde des détectives privés (d’emploi et de domicile personnel) et quels sont vos projets ?

Pour l’instant, Jo est en stand-by. J’ai un projet d’écriture très différent, mais c’est encore secret. Ça se fera à deux (non, ce n’est pas ce que vous pensez) et ce ne sera pas un polar. Voilà tout ce que je peux en dire pour l’instant.

Vous pouvez lire ou relire mes chroniques concernant Le vin des Maures, Moulin à vent et Un petit jaune.

 

Le Nouveau Dictionnaire du Jazz

24 Novembre 2011 , Rédigé par Oncle Paul Publié dans #Jazz

Un dictionnaire est un objet vivant, qui ne demande qu’à prendre des forces, à s’enrichir, à s’épaissir, d’une façon irrémédiable, permanente et perpétuelle. De nouvelles entrées sont à enregistrer, des noms de nouveaux interprètes qui éclosent grâce à leur talent,nouveau-dictionnaire-du-jazz-de-philippe-carles-893730266_M.jpg des modifications à effectuer, car malheureusement à cause de leur âge des décès naturels sont à déplorer, mais aussi à cause des abus d’alcool et de drogues. Mais un tel dictionnaire ne peut être mis sur le marché tous les ans, les évolutions n’étant à prendre en considération se réduisant parfois à la marge. La dernière version du Dictionnaire du jazz date, déjà, de 1994, la précédente et première ayant été publiée en 1988. Il était donc nécessaire, et oserai-je l’écrire, indispensable, de procéder à une nouvelle édition, entièrement rénovée et remis à jour.

Il est évident qu’un dictionnaire ne se lit pas comme un roman. Il faut d’abord l’apprivoiser et piocher au hasard, dédaigner peut-être les géants, les légendes, pour ne s’intéresser aux seconds couteaux. Mes premiers vinyles dédiés au jazz étaient des compilations de l’époque Nouvelle Orléans, sur lesquels figuraient des musiciens tels que Sidney Bechet, Barney Bigard, Albert Nicolas, Teddy Buckner et quelques autres sur lesquels je reviendrai. Sidney Bechet, je ne le connaissais que par cette rengaine que l’on entendait à tout bout de champ (de chant ?) à la radio : Petite Fleur. Ma culture jazzique n’était donc pas très développée. Mais mon oreille a gardé de ce style musical une préférence, une passion entretenue depuis et que je préfère encore aujourd’hui aux Free Jazz, Jazz Fusion et autres. Je sais, je ne vais pas me faire que des amis, mais mes goûts auditifs sont imposés par mes oreilles qui ne comprennent pas toujours toutes les formes musicales, qui sont heurtées même parfois.

 

Aussi, et nous y revenons, longtemps j’ai cherché des références à Milton Mezz Mezzrow et Zutty Singleton. Ce dernier, batteur extrêmement puissant, ne possède pas l’aura de Max Roach, Elvin Jones, Roy Haines, Philly Jo Jones, Art Blakey, Kenny Clark, pour n’en citer quelques-uns. Mais Zutty Singleton m’avait impressionné sur un titre en solo : Drum Face et depuis il reste une des références dans mon univers personnel. Le cas Singleton étant épuisé, quoiqu’on puisse le développer à l’infini, penchons-nous sur celui de Milton Mezz Mezzrow découvert lui aussi sur ces plages vinyles. Dans les divers ouvrages que j’ai pu compulser, souvent son nom était associé à Sidney Bechet, et il me reste en mémoire la lecture de son livre La rage de vivre. Mais de notices explicatives point, ou peu, son nom étant indexé ici ou là lors de ses prestations en compagnie d’autres instrumentistes, dans des formations diverses. Et lorsqu’il m’est arrivé d’en parler incidemment avec d’autres amateurs de jazz, qui eux étaient beaucoup plus compétents que moi dans ce domaine, je n’ai eu droit qu’à des remarques tranchées sur son insignifiance, sa façon de jouer jugée nulle, des commisérations et des sourires méprisants. Pas à mon égard, enfin je crois, mais envers ce musicien. Pour une fois et grâce à ce dictionnaire j’ai pu assouvir mon envie de savoir. Et la notice qui lui est consacrée si elle n’est pas laudative, ne le rabaisse pas non plus, le plaçant à sa juste valeur comme un honnête musicien. Mais peut-être que Mezzrow fut déclassé parce que l’un des spécialistes du jazz, Hugues Panassié, le révérait alors qu’il mettait le be-bop au pilori.

 

Terminons par le cas Zanini, dont tout le monde ou presque connait le nom grâce ou à cause d’une chanson : Tu veux ou tu veux pas ? C’est oublier toute sa longue carrière de clarinettiste inspirée par Benny Goodman, Lester Young et Ben Webster, qui fut lors de sa résidence aux Etats-Unis dans les années 50 correspondant pour Jazz Hot, et qui à bientôt quatre-vingt dix ans joue encore régulièrement au Petit Journal Saint-Michel à Paris.

Evidemment, ces quelques exemples ne reflètent qu’une partie de mes goûts et les Puritains n’hésiteraient pas à me jeter au bûcher si celui-ci existait encore. Mais foin de ce genre de considérations qui n’engagent que moi. Ce dictionnaire est précieux pour tout amateur de jazz, dans les deux sens du terme, pour les profanes, les curieux, ceux qui n’y connaissent pas grand-chose mais sont avides de savoir, qui recherchent des renseignements sur tel ou tel musicien méconnu, oublié, passé au pilori, obscur, voué à jouer les seconds rôles, ou en devenir. Ainsi, je reviens à mes expériences personnelles, mais il me semble quelles illustrent bien ce que peuvent ressentir un grand nombre d’amoureux de la musique mais qui n’en connaissent pas forcément les fondements. Ainsi j’ai acquis récemment quelques CD qui étaient vendus dans une solderie. Etaient proposés pour un prix extrêmement modique des disques de Erskine Hawkins, Bobby Hackett et Donald Harrison. La lecture des notices proposées dans ce dico m’ont convaincu (grâce aussi à Pascal Anquetil) et je me suis procuré ces CD, ce que je ne regrette pas. Sans ce dictionnaire je serais peut-être passé à côté d’heures de plaisir musical.

Ce dictionnaire offre plus de 3000 articles consacrés aux instrumentistes, musiciens, compositeurs, aux orchestres, aux producteurs, ainsi qu’aux différents styles musicaux qui font que le jazz est pluriel, aux définitions, termes et expressions… Se plonger dans un ouvrage d’une telle ampleur, auquel ont collaboré sous la houlette de Philippes Carles, André Clergeat et Jean-Louis Comoli plus de soixante pointures de la jazzosphère, journalistes, musiciens, professeurs, c’est passer des heures et des heures de découvertes, car sans s’en rendre compte, même si on désire ne lire qu’une notice, on se trouve entrainé dans un tourbillon de notices claires, simples, éducatives, et l’on tourne les pages comme si on tenait en main un roman à énigmes. Et quant on l’a refermé on s’aperçoit que l’on a oublié quelque chose, de rechercher un nom. Indispensable à tout amoureux de la musique, même si comme moi vous n’appréciez que certains genres, que vous préférez un style à un autre, il permet d’améliorer ses connaissances mais aussi de pouvoir étoffer sa propre discothèque sans naviguer au hasard et regretter par la suite certains achats compulsifs. Je pourrais en parler des heures et des heures, mais un petit tour chez votre libraire vous convaincra de l’utilité d’un tel dictionnaire.

Le cadeau de Noël par excellence !

Le Nouveau Dictionnaire du Jazz : sous la direction de Philippe Carles, André Clergeat et Jean-Louis Comolli. Collection Bouquins, éditions Robert Laffont.1460 pages (papier bible) 32 €.

Renée BONNEAU : Meurtre au cinéma forain.

23 Novembre 2011 , Rédigé par Oncle Paul Publié dans #Romans

En ce mois de juin de l’année 1902, les vues animées, qui aujourd’hui sont appelées tout simplement films, prenant le nom du support sur lesquelles elles étaientMelies-copie-1.gif imprimées, détrônent peu à peu les dioramas et les musées anatomiques. Les badauds qui se pressent à la foire de Neuilly sur Seine, fête qui fait suite à la foire du Trône, forment une longue file d’attente devant les cinématographes sous chapiteaux. Le brigadier Berflaut de la sûreté parisienne, afin de faire plaisir à sa femme Marguerite et sa fille Madeleine, une jeunette de quinze ans issue d’un précédent mariage et dont la mère est décédée alors qu’elle était encore enfant, déambulent dans la foule et sont irrésistiblement attirés par la programmation du Cinéma Mondain de Jérôme Dulaar. Marguerite est costumière chez Méliès et ce sera une occasion pour elle de voir les films auxquels elle a participé. L’homme à la tête en caoutchouc, Barbe-Bleue et l’Eruption de la montagne Pelée sont des œuvres de Méliès, qui a su donner une autre dimension par rapport aux premiers films signés des frères Lumières. Les trucages apportent ce petit plus qui fait frémir les spectateurs. D’ailleurs pendant la projection de l’Eruption de la montagne Pelée, une odeur de brûlé et de la fumée envahissent le chapiteau. Mais il ne s’agit pas d’un nouvel effet spécial dû au génie de Monsieur Méliès comme l’appellent les inconditionnels de ces représentations. Rapidement tout ce petit monde est prié de gagner la sortie, sans bousculade. Toutefois, Berflaut et Robert Fresnot, journaliste et neveu de Marguerite, dont Madeleine est amoureuse malgré la grande différence d’âge, les deux hommes donc se rendent compte qu’il ne s’agit pas d’un incident mais d’un acte incendiaire volontairement perpétré.

Des prospectus sont retrouvés sur lesquels sont inscrits « Plus de cinéma ! Plus de catastrophe ! ». Ce qui renvoie à un autre incendie meurtrier cinq ans auparavant, celui du Bazar de la Charité, incendie déclaré lors d’une projection cinématographique. Une piste, mais d’autres se profilent : jalousie et rivalités entre forains et banquistes, anciens employés remerciés pour malversations, ou encore méfait orchestré par un parent des victimes de l’incendie du Bazar. Le commissaire de Neuilly signale à Berflaut avoir reçu les mois précédents des lettres d’habitants de Neuilly se plaignant des activités « des romanichels, sales et voleurs ».

Quatre forains tiennent un chapiteau dédié aux films de Méliès mais seulement trois d’entre eux sont intéressés par les nouveautés dont le célèbre Voyage dans la Lune ainsi qu’une reconstitution sur l’Affaire Dreyfus. Et il semble que ce film ne plait guère à tous. Certains des présentateurs de films sont victimes de dégradations. L’un d’eux est même retrouvé mort, assassiné, des morceaux de pellicule dans la bouche et un piquet planté dans un œil. La corrélation avec l’affiche du Voyage dans la Lune est évidente. Ce qui l’est moins, c’est l’intrusion dans l’atelier de Méliès durant une de ses absences, et des vols dont le réalisateur est victime.

Ce nouveau roman de Renée Bonneau continue à explorer l’univers abordé dans ces précédents romans, soit la vie artistique à la fin du XIXème siècle, début XXème. Casque d’or par exemple est évoquée, prostituée du nom d’Amélie Elie et les rivalités entre Leca, chef des Apaches de Belleville et Manda, ancien voyou reconverti comme charpentier. Mais si l’intrigue est sérieusement traitée, ce sont les à-côtés qui prévalent. Ainsi l’ambiance délétère qui subsiste, entretenue par les antidreyfusards et les antisémites, lesquels se trouvent dans toutes les couches de la société, jusque dans les rangs des policiers. La vindicte, souvent alimentée par des revues et magazines d’obédience cléricale, est non seulement dirigée envers les Juifs mais également envers ceux qui ont défendu l’honneur de Dreyfus notamment Emile Zola. Autre fait qui est mis en avant, c’est le piratage des films réalisés par Méliès, piratage organisé par des concurrents et des distributeurs, dont Pathé pour ne pas nommer cette société. A l’époque où des textes de loi, style Hadopi, veulent protéger les « majors » cinématographiques et musicales, contre des téléchargements illégaux, il est intéressant de noter que ceux qui se proclament spoliés n’hésitaient pas à utiliser de moyens illégaux pour s’approprier des œuvres.

Renée BONNEAU : Meurtre au cinéma forain. Sous titré Sur les pas de Méliès. Editions Nouveau Monde. 216 pages. 17€

François JOLY : La mort, comme un service.

21 Novembre 2011 , Rédigé par Oncle Paul Publié dans #Romans

Lorsqu’il se réveille dans un lit de la nouvelle clinique située sur les hauteurs de Vienne (Isère), Marc Desmond se rend compte que son rendez-vous avec la mort a été différé. Il revit et en même temps il a hâte de reprendre son travail. D’ailleurs inconsciemment il a mort-service.jpgrepris du service. Il a aperçu un bonhomme à la mine chafouine, à l’appendice nasal développé, longiligne, le visage blafard, sortant en catimini d’une porte palière entrebâillée. La tête du coupable idéal des vols dont sont victimes quelques patients de la clinique. Alors Marc Desmond décide d’enquêter. Ah oui ! J’ai oublié de vous préciser que Marc Desmond est policier.

Desmond s’informe auprès d’une infirmière mais celle-ci qui n’est en poste que depuis un mois ne peut lui apporter davantage de renseignements. L’infirmière-chef le rabroue, se retranchant derrière le secret médical. Trop facile et Desmond ne se démonte pas. Puisque c’est ainsi il va suivre l’individu louche qui semble bien connu du personnel, avec l’aval de son chef de service, quoi qu’il soit en convalescence pour quelques jours. Il reprend ses petites habitudes dans l’appartement familial déserté par sa femme partie soigner sa mère. Première chose, jeter à la poubelle le paquet de cigarettes qui trainait dans un tiroir. Mais épicurien dans l’âme et dans l’estomac, il ne se résout pas à changer d’alimentation et déguste avec un plaisir manifeste de bons petits plats roboratifs.

La filature de celui qu’il a surnommé La Fouine démontre que si l’homme vit dans une demeure assez luxueuse, celle-ci ne correspond pas à la rémunération du métier exercé et qui ne devrait pas lui permettre d’acquérir une telle bâtisse.

L’intrigue sert de support à François Joly pour évoquer un problème de société qui revient à la surface sporadiquement. Des interrogations sont posées et l’auteur met en balance le pour et le contre sans vouloir donner de réponses mais l’épilogue plonge dans le doute Marc Desmond et remet tout en question. Peut-on, en son âme et conscience, s’adonner ou autoriser certaines pratiques ? L’auteur ne pratique ni l’angélisme ni le démoniaque, il ne prêche pas un prosélytisme de circonstance ou un manichéisme assorti d’à-priori, de préjugés. Il narre des faits auxquels tout un chacun pourrait être confronté et même si on possède sa propre vision, sa persuasion ancrée au fond de soi, qui dit que confronté à ce genre de problème, on ne retournerait pas sa veste. Mais quel est cet embarras qui torpille la société bien pensante et moralisatrice ? A vous de le découvrir car le révéler risquerait de diluer l’intérêt de ce petit roman, même si l’épilogue offre une possibilité de prendre parti.

Bizarre qu’à un certain moment Marc Desmond est prénommé Antoine (page 61).

François JOLY : La mort, comme un service. Collection Petite Nuit. Editions Nykta. 84 pages. 6€.

Partager cette page Facebook Twitter Google+ Pinterest
Suivre ce blog