Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 15:50

  

A Rio, l’ancienne capitale emblématique du Brésil, l’image pour les touristes est celle du carnaval, accessoirement les jolies filles qui ne se contentent pas d’étaler leurs charmes lors des danses accompagnées par les musiciens de samba lors des défilés. Elles les tarifient aussi, sans que la morale chrétienne réprouve avec force leurs débordements charnels. D’autant que certaines éprouvent un réel plaisir lors de leurs relations, c’est Jo qui le dit. Et si elle le dit, c’est que c’est vrai parce qu’elle a perdu son pucelage à onze ans. Sa sœur Flo, à treize ans, elle a été enceinte et connu beaucoup d’expériences, parfois en groupe et avec des filles. Mais c’est sa sœur, elle est partie vivre en Suisse, depuis qu’un de ses clients s’est amouraché d’elle et qu’elle l’a suivi. Jo a seize ans, mais elle ne veut pas tromper son homme, Musclor c’est son nom, un peu plus vieux qu’elle et surtout chef de bande dans une favela qui s’échelonne le long des morros, les collines au-dessus de Rio. Musclor, c’est un Blanc qui commande à des Noirs, des ados qui lui obéissent black-music.jpgcomme s’ils étaient son esclave, ne se rebiffant pas lorsqu’il les appelle Négros.
Musclor, c’est quelqu’un, qui a des idées et n’hésite pas à les mettre en pratique. Par exemple, pour se faire de l’argent, il a enlevé en pleine rue, en formant un barrage avec une voiture obligeant le car à s’arrêter, le fils d’un ponte américain de chez Exxon. Michaël Philips, ou Maïcom Filipi comme l’appellent ses ravisseurs, est un jeune de treize ans, mais il ne les parait pas. Un mètre quatre-vingt douze, cela impose. Mais Musclor n’en a cure, lui il ne pense qu’aux deux cent mille qu’il va demander au père pour libérer son otage. Deux cent mille quoi, au fait ? Deux cent mille réais ou deux cent mille dollars ? Allons-y pour des dollars, mais attention, Maïcom va contacter son père par téléphone, et pas question de parler américain. Il doit s’exprimer en portugais afin que tout le monde comprenne. Aussi bien Musclor que les autres gamins de sa bande qui portent en permanence des masques de Ben Laden. Mais Maïcom voit bien qu’ils sont Noirs, comme lui. Jo aussi est noire, pas très belle physiquement, franchement moche on pourrait dire si on ne voulait pas la vexer. Mais elle est fière de ses fesses. Des grosses fesses accueillantes.
Maïcom, son rêve c’est de devenir basketteur, il en a la taille. Mais il aime aussi le jazz, une influence paternelle. Et il connait bien les armes à feu dont ses ravisseurs sont pourvus, grâce aux magazines spécialisés qu’il lit. Il peut les détailler, leur donner un nom, reconnaître le bruit d’une fusillade. D’ailleurs, tiens, alors qu’il est seul sur sa chaise il entend bien des pa pa pa, des poum poum poum. Ce n’est rien, qu’un échange de coups de feu entre bandes rivales, celles de Musclor et une autre de la favela, avec des morts, ça marque plus les esprits. Maïcom va même jusqu’à demander une trompette, et avec Musclor il échange des propos sur la musique. Ils ne sont pas d’accord. Qui de Ary Barroso ou de Duke Ellington a pillé l’autre. Quelle est le morceau original, Aquarela ou Caravan ? De toute façon, Musclor, son truc c’est le rap. Et puis Maïcom n’est qu’un gamin, il le déclare à chaque occasion.
Court roman, mais texte dense, en trois paries, à trois voix.
D’abord c’est Maïcom qui parle, racontant ses tribulations, son enlèvement, sa vie de prisonnier, ses angoisses, ses petits problèmes de miction. Obligé de changer de vêtements devant tout le monde, devant Jo aussi, qui n’attend que ça, le voir nu.
Puis Musclor prend le relais, à sa façon, en rappant, comme ses idoles, troquant son alias de Musclor pour celui de MC JB, car il n’est pas Eminem ni Beastie Boy. il revient sur son parcours de jeune drogué, ses espérances qui se limitent à la favela, plus loin il voudrait bien, mais peut-il, a-t-il un avenir ?
Jo s’empare de la troisième partie, et elle aussi revient son passé de gamine prête à s’enflammer, enfin c’est surtout son corps qui est prêt à s’enflammer, pour satisfaire ses désirs charnels de plus en plus prégnants. Mais elle aussi sait que son avenir est quelque peu brouillé. Trois parties dans lesquelles chacun s’exprime à tour de rôle et le lecteur sent que peu à peu les relations entre ces trois protagonistes, les autres ne comptent pas, muent, mutent, se modifient, se transforment.
Et comme tous les jeunes de leur condition, échecs scolaires, entrés trop tôt dans la vie, livrés à eux-mêmes, obligés de se forger un destin, leurs propos sont crus, comme pour mieux exprimer leur désespoir dans l’adversité, comme si s’exprimer par des grossièretés pouvait leur donner une aura supplémentaire, une affirmation de leur existence. Construit en huis-clos, ce roman offre pourtant une porte vers l’extérieur, mais ce qu’on y entrevoit n’est guère réjouissant. Comme lorsque Jo évoque la mort de son frère Anizio, décès provoqué par une balle perdue, pas pour lui qui l’a ramassée en pleine tête, alors que des policiers tiraient sur un dealer afin de l’intimider. Une bavure vite transformée par les journaux le lendemain, probablement bien renseignés par des responsables de l’ordre public, affirmant qu’Anizio avait provoqué les flics. Ben voyons. Mais cela se passe au Brésil, en France ce ne serait que pure fiction.
Chacun de ces protagonistes porte en eux un idéal, mais celui-ci est peut-être tué dans l’œuf, dans ce roman dont la fin est ouverte.
Arthur DAPIEVE : Black Music (Black Music – 2008. Traduction du portugais par Philippe Poncet). Editions Asphalte.

Par Oncle Paul - Publié dans : Romans - Communauté : Les lectures de Florinette
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Mardi 20 décembre 2011 2 20 /12 /Déc /2011 16:51

Mystère Jazz

Roland SADAUNE artiste peintre et romancier

L'Oncle Paul

Vous souhaitent de joyeuses fêtes

 

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Et n'oubliez de retrouver l'Oncle Paul sur son nouveau blog

Les Lectures de l'Oncle Paul

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Jeudi 1 décembre 2011 4 01 /12 /Déc /2011 16:09

PiedsNickeles.jpg

Qui de nous, je vise les quadragénaires et plus, n’a jamais lu durant son enfance et son adolescence, au moins une aventure des Pieds Nickelés, version Forton, le créateur, ou Pellos, le successeur et continuateur. Croquignol, Filochard et Ribouldingue, notre fameux trio de Pieds Nickelés, sont nés en 1908 dans le Journal L’Epatant. Pellos reprend le flambeau en 1948, après quelques essais d’Aristide Perrée, en 1934 et Badert en 1939 qui firent évoluer notre trio vers des chemins moins politiques et moins crapuleux. Après Pellos d’autres continuateurs essayèrent de prolonger l’œuvre mais sans être vraiment convaincants.

Alors que nous promet cette nouvelle tentative de réhabilitation de nos joyeux drilles de cambrioleurs ? Pieds Nickelés1

Nous retrouvons nos joyeux drilles dans une maison d’arrêt, une fois de plus, à la différence près que Croquignol manque à l’appel. Ribouldingue et Filochard sont inquiets de son sort. C’est le moment de découvrir pourquoi ils en sont arrivés là. Quelques semaines auparavant, le trio se demandait comment se remettre à flots. Depuis leur sortie de prison trois mois auparavant, les trois lascars n’avaient rien trouvé afin de se renflouer lorsqu’ils entendirent la voix (mélodieuse ?) d’une présentatrice des infos télévisées susurrer la dernière nouvelle du jour : L’Elysée vient d’annoncer que notre président, loué soit-il, débutera une tournée de dix jours sur les cinq continents afin de promouvoir la démocratie et les droits de l’homme dont notre cher pays est la patrie…. Ce qui immédiatement ramone les neurones de Croquignol et une idée en jaillit. De leur précédent séjour en tôle, Croquignol a su profiter. Il a suivi des cours d’informatique et il s’empresse de donner une nouvelle identité à Ribouldingue, lequel devient grâce à l’inscription sur des réseaux dits sociaux, un spin docteur. La définition qu’il en donne est simple : Un spin docteur, c’est un branleur en Maserati avec chauffeur qui te dit toujours le contraire de ce que tu penses pour paraître intelligent.

Muni de son CV bidon, Ribouldingue est accueilli par le secrétaire général du palais présidentiel et il fait si bonne impression que dès le lendemain les trois amis se retrouvent Pieds-Nickeles2.JPG sur le tarmac prêts à embarquer pour le Burumburi, sous l’œil pointilleux, suspicieux et méfiant d’un agent féminin de la sécurité. Un cinéma en plein air vient d’être incendié, suite à la projection de l’intégrale de Christian Clavier, le centre culturel français ayant imposé cette diffusion à la place de celle de Jean-Claude Van Damme. Evidemment les spectateurs en colère n’ont pas apprécié le changement de programme. C’est sans compter sur les idées lumineuses de Croquignol.

Lorsque la suite présidentielle part pour le sultanat d’Oktar, leur prochaine destination, quelle n’est pas la surprise des passagers de découvrir que le plancher est recouvert de tapis et que les fauteuils ont disparu. Et ainsi de suite tout au long de leur voyage, les Pieds Nickelés vont procéder à des échanges qui semblent prometteurs. Le secrétaire général de l’Elysée est aux anges, quoique interloqué par les procédés peu diplomatiques, ou trop, de ses nouveaux conseillers. Vins de grand cru aux talibans, camemberts supposés bactériologiques à l’armée américaine, les 35 heures suggérés aux dirigeants chinois… Je ne dévoile rien puisque c’est écrit en quatrième de couverture.

Une aventure des Pieds Nickelés haute en couleur qui nous montre le visage de la France en plein effort de conquête des parts de marché. Evidemment le lecteur pourra reconnaître quelques figures politiques dont Claude Guéant souriant (étonnant non !) ou Alain Juppé surnommé Crâne d’œuf. Quant au président, dont je n’ai pas besoin de citer le nom, il n’apparaît qu’en mini silhouette, ou caché derrière une tribune sur laquelle sont installés les micros, ou encore derrière un garde du corps, et alors on ne voit que le bout du commencement de début de fragment d’embryon de pas grand-chose de morceau du visage. Une aventure débridée mais il est évident que dans quelques décennies les lecteurs ne pourront pas toujours identifier tous ces personnages qui gravitent actuellement dans la sphère politique.

Nos Pieds Nickelés toujours aussi jeunes ont évolué physiquement. Croquignol n’a plus sa tête en forme d’ogive, ou de suppositoire, quoique son appendice nasal soit toujours aussi développé, Ribouldingue ne possède plus une coiffure et une barbe hirsutes, quant à Filochard, fini le bandeau sur l’œil. Il met des lunettes de soleil dont l’un des verres est amovible.

Personnellement je trouve cette nouvelle aventure, avec des auteurs qui possèdent un sérieux métier, prenante, hilarante, ancrée dans notre époque, et fidèle à Forton, jubilatoire, roborative, délicieusement iconoclaste, irrespectueuse et sarcastique. Mais au lieu d’écrire page 1 : Une aventure rocambolesque de Malka-P’Tiluc-Luz, rocambolesque étant un adjectif bien entendu issu du personnage de Ponson du Terrail, Rocambole, j’aurais tout simplement mis : Une aventure croquignolesque et croquignolette…

A noter que les Editions Vents d’Ouest proposent également le meilleur des Pieds Nickelés en 9 tomes. Une idée de cadeau pour Noël (J’en rêve !). A suivre…

Les Pieds Nickelés de MALKA, P'TILUC et LUZ. Editions Vents d'Ouest.48 pages. 13,50€

Par Oncle Paul - Publié dans : B-D - Communauté : Culture Polar
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Mercredi 30 novembre 2011 3 30 /11 /Nov /2011 14:34

Dors min p'tit Quinquin, Min p'tit pouchin, min gros rojin, Te m'fras du chagrin si te ne dors point ch'qu'à d'main.

Et à Lille et ses environs, ce n’est point le P’tit Quinquin qui devrait s’endormirBob-Dylan.jpg mais tous ceux qui gravitent dans cette histoire échevelée dont les personnages se croisent sans pour autant tous se connaître et dont le destin bascule pratiquement au même moment avec des fortunes ou infortunes diverses.

D’abord il y a Anne, prostituée indépendante. Elle tient à garder son statut malgré les propositions de Pierre Sauveur, un proxénète qui désire l’ajouter à son cheptel. Elle le rabroue vivement. Cet échange ne passe pas inaperçu de quelques clients du café où a lieu l’entretien. D’abord Léon, un vieux poivrot qui passe ses journées à écluser bière sur bière, occupé à écrire on ne sait quoi dans un cahier d’écolier. Sigismond Galade, professeur d’histoire, est attentif à cet échange verbal. Anne rentre chez elle et ses vieux démons l’assaillent. Elle croit entendre sa mère morte depuis des années, un fantôme qui a la malencontreuse idée de se rappeler à elle à tout moment. Galade est un exécuteur qui s’est donné pour mission d’éliminer les prédateurs de l’espèce de Sauveur. Et il ne déroge pas à la règle qu’il s’est fixée en révolvérisant Sauveur qui surveille l’appartement d’Anne.

Serge Bianey est un jeune homme dont l’occupation principale est de se tourner les pouces, de fumer des cigarettes blondes améliorées au haschich ou à la marijuana. Ses parents sont très riches et lui versent une rente mensuelle ce qui lui permet de vivre confortablement à lire les romanciers de la Beat génération. Son voisin et ami habitant l’étage du dessus se nomme Claude Dane et exerce la profession de journaliste localier. Bianay se rend fréquemment au Lucky, un club qui offre à ses clients, contre rémunération bien entendu, des prostituées qui travaillent sans être sous le joug d’un souteneur. Sa préférée se nomme Carole, une superbe Camerounaise. Mais il aime errer aussi et il rencontre en gare de Roubaix une jeune Allemande qui gagne sa vie avec sa guitare et son harmonica en interprétant des chansons de Bob Dylan. Il lui propose de dormir chez lui. Qu’elle se pique à l’héroïne ne le gêne pas outre mesure. Le seul petit truc qui pêche dans la panoplie de cette chanteuse des rues, le coutelas ensanglanté dans son sac.

Le commissaire Cheminvert et ses adjoints, Roger Fache et Yves Roloff, sont sur les dents. Alors qu’ils travaillent sur des incendies mystérieux, qu’un névropathe assassine des femmes et les découpe en petits bouts, le meurtre de Sauveur et d’autres affaires similaires requièrent leur attention, leur vigilance, leur force, amputant leur temps de repos. Car s’invitent dans cet embrouillamini un raciste qui n’hésite pas à tuer ceux dont le faciès ne lui convient pas, déclenchant par ce fait une guerre entre gangs. Une bourgeoise se livre à la dépravation pour satisfaire le plaisir sadique de son mari. Et si tout cela ne suffisait pas, quelques flics franchissent allègrement la barrière érigée entre légalité et corruption

Tout n’est pas rose dans l’agglomération lilloise en ce début du moins d’octobre 1966. Noël Simsolo nous emmène dans différents quartiers de Lille, à Roncq, La Madeleine et Roubaix, en Aronde et autres voitures de l’époque. Ce roman est construit comme un puzzle dont toutes les pièces seraient éparpillées. Peu à peu les pièces s’emboitent, par petites sections, l’histoire prend forme et lorsqu’arrive l’épilogue, tout est mis en place. Personne n’est oublié, personne n’est épargné. Un roman qui nous ramène à une période qui fleure bon la nostalgie des années 60 et nous renvoie à des auteurs comme Peter Randa et confrères, pour lesquels les truands avaient parfois encore des restes d’humanisme et les flics qui n’étaient pas tous blancs comme neige, peut-être à cause de l’héroïne qui circulait. Bon nombre de ces protagonistes se réfèrent à la Beat génération, Kérouac et autres. Une plongée en apnée dans un monde qui a bien évolué mais ressemble furieusement au notre.

Noël SIMSOLO : Bob Dylan et le P’tit Quinquin. Collection Noir & Polar. Editions de l’Ecailler. 184 pages. 17€.

Par Oncle Paul - Publié dans : Romans - Communauté : Culture Polar
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Mardi 29 novembre 2011 2 29 /11 /Nov /2011 15:39

Malgré son statut de religieux, le cardinal Rodrigo Borgia, d’ascendance espagnole, possède maitresse et enfants. Mais comme c’était une coutume à l’époque, nous sang-des-Borgia.jpg ne jugerons pas la moralité de cet homme et découvrons ce destin gravé dans le sang.

Rodrigo Borgia récupère auprès de sa maîtresse du moment, Vanozza, trois de ses enfants, César, Juan et Lucrèce, lui laissant en garde le petit Geoffroi qui tète encore le sein maternel. César est âgé de sept ans, Juan six et Lucrèce trois. Le jeune Geoffroi les rejoindra plus tard. Entre César et Juan, ce ne sont qu’anicroches, les deux frères ressentant l’un envers l’autre une vive antipathie. Les enfants sont élevés avec les meilleurs précepteurs de Rome, entourés par Adriana Orsini, sa cousine veuve et par Julia Farnèse et sa jeune et belle nouvelle maîtresse. Déjà plane sur la famille Borgia les jalousies et les tentatives d’empoisonnement.

Ainsi un jour, alors que toute la famille se prépare à manger ensemble, le cardinal Borgia propose à Juan de goûter son verre de vin. Mais celui-ci est empoisonné. Heureusement Juan n’a fait qu’en prendre juste une toute petite gorgée, trouvant le breuvage amer. Juan est plongé dans l’inconscience durant de longues journées mais il parvient à s’en sortir. Le coupable est rapidement découvert. Il s’agit d’un valet qui était précédemment au service de la famille Rimini. Le cardinal fait venir d’Espagne un sien cousin, Don Michelotto chargé de protéger les enfants.

Après moult tractations, Rodrigo Borgia parvient en aout 1492 à se faire élire pape, en remplacement d’Innocent VIII, sous le nom d’Alexandre VI. La bataille a été rude car d’autres prélats espéraient revêtir la tiare pontificale dont Ascanio Forza de Venise et Della Rovere de Naples. Le nouveau pape est un homme de caractère, et pense à l’avenir de ses enfants. César est nommé cardinal, Juan devenant militaire. Le petit Geoffroi est celui dont il s’occupe le moins, car plus faible de caractère que ses frères. Quant à Lucrèce il envisage de la marier à Giovanni Sforza de Milan, le neveu du More. Giovanni vient de perdre sa femme et il serait un bon parti pour une Borgia. Lucrèce, quoique fort attachée à son père, un attachement fusionnel, accepte ce marché dans l’intérêt des familles. Elle n’a que treize ans et est déjà une belle jeune fille au physique prometteur. Mais auparavant il lui faut apprendre comment coucher avec un homme. C’est César qui est chargé de l’instruire, de lui montrer comment se comporter sous la couette en plumes. Ce dont il s’acquitte volontiers et les enseignements qu’il a prodigué à sa sœur semblent avoir été de bons conseils puisqu’ils récidivent pour le plus grand plaisir des deux partenaires. Malgré son mariage avec Giovanni, Lucrèce continue à avoir des rapports charnels avec son frère.

César se morfond dans son statut de cardinal. Il rêve de devenir militaire, le commandant de l’armée pontificale et ainsi prendre officiellement femme. Le ménage de Lucrèce est bancal et elle obtient auprès de son père l’annulation de son mariage. Pourtant lors de la nuit de noce, trois témoins étaient présents afin de confirmer que son mari avait bien possédé sa jeune épouse et que l’union avait déclarée valable. Alexandre VI accède à la demande de sa fille. Seulement Lucrèce est enceinte des œuvres de son frère et il faut cacher son état de parturiente primipare. Avant d’organiser une nouvelle union, au grand désespoir de son frère.

sangborgia.JPGCocufiages, viols, incestes, guet-apens, empoisonnements, meurtres et tentatives de meurtres, empoisonnements, tortures, prévarications, concussions, trahisons, simonies, alliance, guerres entre royaumes italiens, le tout sur fond de prières, tels pourraient les mots-clés de ce roman dont la première publication en France remonte à 2002. La diffusion à la télévision de la série des Borgia a sûrement influencé l’éditeur de le rééditer, sous une nouvelle couverture, et cela permet de prolonger le plaisir des images. Mario Puzo a longtemps mijoté ce roman qui lui tenait à cœur. Au départ ce n’était qu’une passion historique qu’il a fini par coucher sur le papier. Peu de temps avant sa mort, survenue en 1999, Mario Puzo avait demandé à sa compagne de terminer son œuvre, ne désirant pas que ce soit quelqu’un d’autre qui touche à son manuscrit. Durant des années Mario Puzo et Carol Gino avaient parlé de cet engouement pour cette période italienne, durant des heures, échangeant leurs impressions, de ce besoin d’écrire, de relater la vie des Borgia, laissant macérer, mijoter et enfin se décider à rédiger. Carol Gino était donc à même de peaufiner et terminer ce roman qui comporte quelques longueurs, à mon avis, tant on est happé par l’histoire et qu’on souhaite en connaître l’épilogue au plus vite. On retrouve les figures emblématiques de l’époque, les rois de France Charles VIII et Louis XII dont les troupes font des incursions afin de récupérer de nouveaux territoires, Savonarole, le prédicateur jetant ses anathèmes contre la corruption, Machiavel qui s’inspirera de César Borgia pour écrire Le Prince, et Michel-Ange dont la renommée commence à s’imposer, alors que la Renaissance balbutie.

Mario PUZO : Le sang des Borgia. (The Family – 2001. Traduit de l’américain par Jean-Paul Mourlon). Editions de l’Archipel (première édition 2002). 384 pages. 19,95€

Par Oncle Paul - Publié dans : Romans - Communauté : Culture Polar
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Lundi 28 novembre 2011 1 28 /11 /Nov /2011 10:36

Prononcer le nom de Charles Dickens nous renvoie aussitôt à notre enfance, dickens.gif avec la lecture de David Copperfield, d’Oliver Twist, des Contes de Noël et autres ouvrages publiés dans des éditions jeunesse parfois abrégées. Ces versions condensées ôtaient à ces romans, sans que dans notre esprit encore juvénile nous soyons vraiment interloqués. Mais relire aujourd’hui ces romans nous entraineraient sans aucun doute à des réflexions plus profondes et Jean-Pierre Ohl nous y incite par le truchement de cette biographie qui éclaire sous un jour nouveau ces œuvres beaucoup plus sociales et engagées qu’il y parait.

Charles Dickens est né le 7 février 1812 près de Portsmouth d’un père petit employé à la paierie de la marine qui en 1814 est nommé à Londres. L’enfance de Charles Dickens est ponctuée par les vicissitudes pécuniaires parentales. John Dickens est dispendieux, voulant tenir un rang bien au dessus de ses moyens. De nombreux déménagements ponctuent la jeunesse de Charles et pour subsister le ménage est contraint à vendre argenterie, objets précieux et livres à des prêteurs sur gages ou un libraire. La mère de Charles ouvre un pensionnat, mais à cause de ses dettes, notamment auprès d’un boulanger, John Dickens est emprisonné à la Marshalsea. Une incohérence car être enfermé dans une prison pour dettes empêche toute entrée de revenus. Le jeune Charles le jour anniversaire de ses douze ans est obligé d’interrompre ses études et de travailler dans une fabrique de cirages. Il fixe des étiquettes sur les boites. Le trajet qu’il emprunte pour se rendre à l’entrepôt est particulièrement mal famé et il en garde une vision qui le marque à jamais. L’argent qu’il gagne sert à nourrir la famille. Son père libéré, il peut enfin reprendre ses études malgré les réticences de sa mère. Ce déni maternel s’ajoute à une déjà longue liste de reproches à son encontre et il voue à sa mère un ressentiment qui perdurera longtemps. C’est à cette époque qu’il perçoit les premiers maux rénaux qui le feront souffrir sporadiquement toute sa vie. Il fréquentera durant trois ans la Wellington School Academy, un bien grand nom pour un établissement en bois, puis deviendra coursier aux écritures dans un cabinet juridique. A l’instar de son père qui a appris la sténographie, il s’adonne à cette écriture des signes ce qui lui permet d’entrer comme sténographe au tribunal ecclésiastique. Mais le jeune Charles possède un don, celui de comédien et il s’amuse à mimer les personnes qu’il côtoie pour le plus grand plaisir de ses camarades. En 1830 il s’éprend d’une coquette et belle jeune fille, Maria Beadnell, fille d’un banquier. Mais cette relation ne plait pas du tout au père de Maria et il est obligé de cesser toutes relations. En 1832 Charles Dickens devient journaliste. Il a déjà écrit de petites pièces de théâtre, des pastiches, mais ses premiers pas littéraires s’effectuent au Monthly Magazine auquel il propose de courts textes, des esquisses signés du pseudonyme de Boz. Possibilité lui est donnée de participer à une nouvelle aventure, début 1835, au supplément du soir du Morning Chronicle et de lui réserver ses nouvelles esquisses signées Boz. Le rédacteur en chef est George Hogarth qui deviendra son beau-père. Le célèbre dessinateur Robert Seymour suggère aux éditeurs Chapman et Hall de publier les aventures du Nemrod Club, en livraisons mensuelles. Ceci se passe en 1836 et Charles Dickens qui possède une énergie à toute épreuve et un caractère trempé se révèle pugnace, et impose ses idées. Ce sera le début des aventures de Pickwick et de l’épopée littéraire de Charles Dickens. Les succès s’enchaineront mais le mariage avec Catherine Hogarth connait plus de bas que de hauts, malgré les naissances multiples.

dickens Ce qui relie tous les romans et contes écrits par Dickens est cette envie de montrer, et combattre avec sa plume, les injustices sociales. Il est indigné surtout par les conditions de travail des enfants mais aussi par d’autres injustices. Il emprunte à sa période d’adolescence les portraits des personnages qu’il va mettre en scène, décrire ce qu’il a vu, connu, sous couvert de fiction. Il visite en 1838 les grandes usines textiles des Midlands et plus particulièrement celles sises à Manchester. Il écrit à sa femme Kate : Je n’ai jamais vu une telle masse de saleté, de ténèbres et de misère. Et il confie au journaliste Edward Fitzgerald : J’en ai vu assez, et ce que j’ai vu m’a écœuré et étonné au-delà de toute expression. J’ai l’intention de frapper le coup le plus violent en faveur de ces malheureuses créatures ; mais je n’ai pas encore décidé si je le ferai dans Nickleby ou si j’attendrai une autre occasion.

Jean-Pierre Ohl construit son analyse à travers différentes études, écrits et lettres. Ainsi se référant au voyage en Amérique, voyage au cours duquel Dickens s’insurge contre le piratage éhonté de ses romans par des éditeurs américains et sur lequel il ne touche aucun dollar : Le voyage a confirmé une de ses intuitions profondes : tous les maux de l’humanité, ou presque, reposent sur l’appât du gain et sur l’égoïsme qui en découle. L’impression générale que lui laisse l’Amérique est celle « d’un vaste office de comptabilité ». Si l’esclavage discrédite totalement le système en vigueur dans les Etats du sud, l’astuce mercantile des Yankees, leur dévotion au « tout puissant dollar » lui semblent tout aussi méprisables. En 1849, après de nombreuses expériences qui se sont toutes révélées frustrantes, Dickens crée un nouveau journal. Household Words abordera avec franchise et intransigeance tous les problèmes sociaux de l’Angleterre, en commençant bien sûr par les principaux chevaux de bataille de Dickens : l’éducation des pauvres, les problèmes de logement, les conditions de travail des ouvriers. En ce milieu de siècle, la révolution industrielle n’est plus en marche, elle court littéralement, laissant derrière elle les indigents et les déclassés, broyant, au sens propre comme au figuré, les travailleurs.

Pourtant, comme le souligne Jean-Pierre Ohl dans son avant-propos, tout le monde lisait Dickens : la reine et ses ministres, le petit peuple, la gentry, les mineurs de Cornouailles, toute l’Angleterre en somme, mais aussi les Français, les Américains, les Allemands, les Russes – Marx, Engels, Tolstoï, Dostoïevski, Henry James, Georges Sand, Eugène Sue. A se demander si Dickens n’a pas influencé certains de ces philosophes et romanciers. Mais si la société huppée se délectait de la lecture des romans et contes de Dickens, il est étonnant qu’elle ne se rende point compte des reproches qui étaient adressés à une société industrielle qui privilégiait les finances au détriment des travailleurs. Mais comme on peut le constater, de nos jours les pratiques n’ont guère changé.

Jean-Pierre Ohl nous permet donc de mieux découvrir l’auteur et surtout son œuvre dans une biographie vivante, claire, précise, subtile, riche d’enseignements, avec passion et amour. Il écrit simplement, rognant le style ampoulé et abscons des universitaires, ce qui rend cet ouvrage attachant, donnant envie de lire ou relire toute l’œuvre disponible de Dickens, une œuvre que l’on pourrait assimiler au genre roman noir. Dickens fut l’Indigné du XIXème siècle.

Jean-Pierre OHL : Charles Dickens. Collection Folio Biographie n°84. Inédit. Editions Gallimard.  320 pages. 7,80 €

Par Oncle Paul - Publié dans : Documents - Communauté : Culture Polar
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Samedi 26 novembre 2011 6 26 /11 /Nov /2011 08:34

Pourriez-vous vous présenter ?
Difficile. Pas très grande, cheveux clairs, yeux bleus. Voilà pour le physique – comme dans Photoshop, j’ai gommé les imperfections. Née à Paris et fille du Midi. Hébergée à mon corps défendant dans le Beaujolais. Valeurs phare : amitié, respect, bienveillance.SylvieMoulinAVent-1.jpg Plein de défauts, mais rien ne m’oblige à vous les dire ici. Horreur de la routine, du mépris et des fruits de mer.

La question qui est souvent posée lorsqu’un auteur se rend dans un établissement scolaire est : A part écrire, qu’est-ce que vous faites comme métier ? Alors je vous pose la même question :
A part écrire… je fais écrire les autres ! J’anime des ateliers d’écriture créative ainsi que des formations aux écrits professionnels dans les secteurs administratif et médico-social. Faire prendre du plaisir à écrire, dédramatiser l’écriture et permettre de mesurer l’impact de l’écriture sur autrui sont quelques-uns des objectifs que je poursuis à travers mes différentes interventions.

Vous avez commencé à être publiée depuis 2006. C’était des romans, comment dire, de littérature blanche ? Depuis vous avez enchaîné trois romans ancrés dans le genre policier. Vous vous sentez plus à l’aise dans ce genre ? Une autre façon d’aborder la littérature ? Ou tout simplement parce qu’ils se vendent mieux ?
En fait, je n’ai pas envie de m’enfermer dans un « genre ». En matière de littérature, j’ai des goûts très éclectiques : romans, polars, autobiographies, poésie classique et contemporaine… alors, pourquoi ne pas tenter toutes ces aventures côté écriture ? Après ma « trilogie polardesque », je pense passer à quelque chose de très différent. 

Ces trois romans policiers ont un point commun : le liquide à teneur plus ou moins forte en alcool : Un petit jaune, référence au pastis, Moulin à vent, référence au Beaujolais et ce petit dernier Le vin des Maures, qui affiche sans complexe la couleur, si je puis dire ? Seriez-vous une militante de Bacchus ?
Avant tout, je suis militante de la convivialité. À travers mes titres vinicoles, je revendique également le droit à une certaine légèreté, au plaisir, au débordement. Marre des interdits, marre de cette société axée sur les profits, marre de la morosité ambiante, marre parfois des gens bien comme il faut (dont je fais sûrement partie. Quoique…)

Je fais référence dans Le Vin des Maures à Agatha Christie. Vous-même l’évoquez à travers Le Crime de l’Orient-Express. Un auteur qui figure en bonne place dans votre bibliothèque ?
J’ai lu tous les Agatha Christie. Et tous les Frédéric Dard (San Antonio). Et Izzo. Et Mankell. Et certains Jonquet – je me réjouis de lire ceux de ses bouquins que je ne connais pas encore. Je possède une grande bibliothèque « spécial polar ». On y trouve tous les auteurs que je viens de citer et bien d’autres encore.

Vous utilisez un peu sa façon de procéder. Peu de personnages, des indices et un épilogue qui joue avec le lecteur, en dépit des règles éditées par Van Dine. Comme dans Dix petits nègres, le Crime de l’Orient-Express (on y revient !) ou Le Meurtre de Roger Ackroyd. Le plaisir de déboussoler le lecteur et lui démontrer que tout est possible même l’impensable ?

À vrai dire, je me contrefous un peu des règles. Avant tout, je cherche à m’amuser. Et à me laisser guider par mes personnages. Ce sont eux qui me dictent mes intrigues, pas moi. Si ce que j’écris plaît à certains, c’est super, ça m’encourage pour continuer et, comme je suis aussi humaine qu’un(e) autre, ça flatte mon ego. Si ça ne plaît à personne, ça ne m’empêchera pas de continuer à écrire – zonkapa acheter mes livres. Je crois qu’il ne faut pas s’arrêter à ça, que c’est en écrivant qu’on devient écriveron. Ou pas. Mais bon, écrire, c’est une nécessité pour moi. Une façon de me retrouver. J’ai parfois l’impression que la vie m’éparpille.

SylvieLeMuy-1.jpgJ’ai constaté que vos romans sont relativement courts alors que la mode est aux pavés. Vous avez peur de ne pas tenir la route ou êtes-vous une minimaliste ?
Alors… compte tenu du fait que je ne suis pas célèbre, que mes romans ou polars ne sont pas adaptés à l’écran et que, par conséquent, je touche des droits d’auteur plus symboliques que réels… je suis bien obligée de trimer pour gagner ma pitance. Ce qui signifie : gérer de A à Z une association, animer des formations dans la France entière, animer des ateliers et stages d’écriture, remplir des missions diverses (en ce moment, par exemple, j’écris un livre avec les ouvrières licenciées de Lejaby). ça plus quelques menus travaux hebdomadaires qui, je ne sais pourquoi, échoient souvent aux personne de mon sexe, genre ménage, lessive, repassage etc. Plus, de temps en temps, quelques balades ou randos ou visites d’expos pour m’aérer le corps et l’esprit. Plus les invitations d’amis qui nous sont chers, à mon sculpteur de mari et à moi. Plus le fait que j’ai besoin d’un nombre minimum d’heures de sommeil pour « tenir la route » comme vous dites… Je me demande bien quand j’aurais le temps d’écrire un pavé ? À moins d’y consacrer dix ans, peut-être. Je crois bien que je me lasserais avant.

Vous pratiquez l’humour dans vos romans. Et dans la vie ?

Ça, il faudrait demander à mes proches. À tous ceux qui participent à mes formations, à mes animations, à tous ceux que je côtoie. Je me sens bien mal placée pour parler de ça. J’aimerais bien qu’on me voie comme ça, une nana sympa et pleine d’humour mais bon… c’est peut-être juste un gros fantasme.

Préparez-vous une suite aux pérégrinations de Jo dans le monde des détectives privés (d’emploi et de domicile personnel) et quels sont vos projets ?

Pour l’instant, Jo est en stand-by. J’ai un projet d’écriture très différent, mais c’est encore secret. Ça se fera à deux (non, ce n’est pas ce que vous pensez) et ce ne sera pas un polar. Voilà tout ce que je peux en dire pour l’instant.

Vous pouvez lire ou relire mes chroniques concernant Le vin des Maures, Moulin à vent et Un petit jaune.

 

Par Oncle Paul - Publié dans : Interviews - Communauté : Culture Polar
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Vendredi 25 novembre 2011 5 25 /11 /Nov /2011 15:15

Colleville sur mer, Saint Laurent sur mer, Vierville sur mer. Cinq kilomètres de plages. Le 18 juillet 1956 eut lieu la cérémonie d'inauguration du cimetière et du mémorial d'Omaha Beach. Février, Mars 1964, les journaux régionaux ne parlaient pas encore du 20ème anniversaire du d lune-omaha3.jpg ébarquement et des réceptions prévues. Février 1964. Parution du roman de Jean Amila, "La Lune d'Omaha" et pour l'auteur une nouvelle occasion de brocarder la guerre et ses cortèges d'horreur.

Il prend pour théâtre ce petit bout de terre (70 hectares) concédé à perpétuité par le gouvernement français au gouvernement américain. Et d'imaginer une histoire de déserteur qui au lendemain de la guerre se serait fait passer pour mort avec la complicité d'un paysan normand, le père Delouis. George Hutchins devient George Delouis, livret de mariage falsifié d'Amédée Delouis à l'appui. A la mort du père Delouis en 1963, lequel était employé à l'entretien des parterres, des plantes, de la tonte du gazon, des jardins du cimetière américain d'Omaha, ce secret est enfoui dans la tombe avec le corps du jardinier. C'est sans compter avec l'avidité du fils légitime du père Delouis. S'ensuivent tractations, marchandages guidés par la haine, l'hypocrisie et la roublardise. Hutchins le déserteur qui éprouve le désir de ré endosser, non pas son uniforme mais son identité devant la bassesse d'une famille attirée par l'héritage, quitte le village de Seine et Marne où il est installé avec Jeanine sa femme, institutrice, et ses trois enfants, et révèle son origine et la supercherie lors d'une confrontation appelée par euphémisme, familiale. Seulement il menace de se dénoncer auprès des gendarmes, mettant ainsi fin au versement d'une rente mensuelle qu'appréciait son frère d'adoption. Il est reconnu par le sergent Reilly, le responsable de l'entretien du Mémorial, lequel se propose de l'aider ainsi que le capitaine Mason, à lui trouver des excuses dans son comportement lors du Débarquement. Hutchins ne serait que déserteur par négligence, après avoir été prisonnier et s'être évadé. Retentirait la douce mélodie du bonheur et de la tranquillité si la femme de Hutchins ne s'était pas si impliquée dans la fabrication de l'identité de son époux et si celle de Reilly, une petite paysanne avide de plaisir, un peu pute sur les bords (lesquels ?), d'une vingtaine d'année sa cadette, ne venaient perturber cet agencement viril dans lequel on reconnaît la mansuétude du héros américain. Guy de Maupassant, dans ses contes normands, ne s'était pas privé de dévoiler les travers d'une certaine paysannerie rapace, retorse, madrée, donc jusque là rien de réellement provocateur de la part d'Amila.

lune-omaha4.jpgA priori cette histoire de déserteur aurait pu susciter une certaine indignation de la part de ceux qui prônent les vertus rassurantes de mots tels que Patrie, Noble Cause, Valeur, Idéal, Honneur. Mais Jean Amila va plus loin dans la bravade et l'audace de ses dénonciations romancées. Il ose insinuer que certaines magouilles auraient eu lieu lors de l'aménagement du cimetière. Par exemple un trafic de fumier dont le père Delouis serait à la tête, ce qui contrarie le sergent Reilly. “ Car hélas! tous les arbrisseaux, les parterres, les buissons de roses galliques et les pépinières ne se contentaient plus de l'humus symbolique américain, il fallait du fumier français! ” Une fois par semaine environ le sergent Reilly rend un hommage à ses camarades de combat. “ Il faisait en zigzag ce qu'il appelait l'appel de l'escouade. D'un bout à l'autre du grand cimetière, il se promenait selon une ligne brisée, mais invariable. ” “ Il remontait vers le centre, autour de la chapelle ronde. Et presque avec tendresse, il touchait en passant les croix de Harry, de Gordon, de Hann... Il s'arrêtait plus longuement devant le croix de James R. Bancroft, le râleur... Au delà du grand Agénor de bronze du Mémorial, il rendait visite au mur des disparus où le dernier homme de l'escouade, Cornell, avait son nom au milieu d'autres, pulvérisés, jamais retrouvés ”.

Il traque comme le font encore aujourd'hui les jardiniers français employés à l'entretien, le moindre brin d'herbe risquant de jeter une note discordante de laisser aller incongru. lune-omaha2.jpg“ Il avait eu l'honneur de faire un stage à Arlington avant de venir au cimetière d'Omaha Beach. Il lui en était resté la haute conscience du gazon absolument irréprochable. Chasse féroce à l'ignoble pissenlit, au sournois laiteron, au vulgaire pâturin! Mètre par mètre, d'un bout de l'année à l'autre, le gazon était ausculté, tondu, noyé, roulé, piqué... Pas une trace de mousse aux endroits d'ombres. Pas la moindre éclaircie  aux surfaces brûlées par le soleil de juillet et d'août! Les bords nets! La tonte au ras des croix! ” Une profession de foi que l'on retrouve en bonne place dans le dépliant fourni à l'entrée du Mémorial: “ L'alignement parfait des tombes sur la pelouse vert émeraude merveilleusement entretenue inspire un sentiment inoubliable de paix et de sérénité ”. Et il valait encore mieux passer par le père Delouis, officieux adjudicataire des fumiers et composts, que de se voir livrer un “ fumier farci de pourridié malade, ou truffé de tonnes de vers blancs qui compromettaient tout la végétation ”. Il y avait toujours la solution de porter plainte. Seulement “ Ça menait loin et ça prêtait le flanc à la rigolade de la sympathique population ”. Et puis entre nous, cette façon de faire son beurre et d'écouler sa production, cela a toujours existé et existera toujours, quoique l'on dise ou fasse. Pas de quoi fouetter un bœuf, ou un chat, et encore moins matière à un article. Allons plus loin dans l'horreur et l'absurdité dénoncés avec une force tranquille, goguenarde et irrespectueuse de la part de Jean Amila qui va bientôt nous camper quelques scènes et dessiner des portraits caricaturaux propres à soulever la réprobation générale, l'indignation dans la presse locale, l'irritation des édiles, le mécontentement onctueux du clergé assorti d'une menace d'excommunication, la colère des autochtones. Envisager une telle pratique blasphématoire et irrévérencieuse envers la mémoire de héros qui le 6 juin 1944 avaient mouillé leurs pantalons aussi bien au propre qu'au figuré ne pouvait que soulever une poignée de hallebardes prêtes à fondre sur l'iconoclaste anarchiste.

lune-omaha.jpg Plus que le courage, la témérité et le plaisir de combattre, (Lafayette, nous voici !) c'était la peur de mourir qui obligeait nos libérateurs à mettre un pied devant l'autre et de grimper les falaises. L'apaisement et la communion que ressent le sergent Reilly vont en prendre un sacré coup lorsqu'il apprend par le curé de Saint Laurent sur mer que les vaches du père Delouis auraient été enterrées dans l'immense charnier en compagnie des cadavres des soldats américains. Bien sûr “ Reilly n'avait guère d'illusions sur la façon dont l'Armée avait pu traiter les cadavres. Et il était bien placé pour savoir que les croix alignées, le gazon impeccable, la bannière étoilée, les mots IDEAL, VALEUR et PATRIE gravés sur le Mémorial et le grand Agénor au coup de pied à la lune, ne recouvraient qu'une immense fosse commune ... Mais le coup des vaches, il ne l'avait jamais soupçonné. Et parce qu'il éprouvait du ressentiment pour Claudine, ce matin-là, il trouva cela aussi normand, aussi français, aussi dégoûtant que le croissant trempé dans du café au lait ”. Devant cette marque flagrante d'irrespect Reilly ne peut qu'exprimer sa fureur à son supérieur qui se montre pour le moins philosophe et balaie par une citation empruntée à Alexandre Dumas (on peut pisser dans un fleuve, aucune importance!) ce qu'il considère comme une blague, traitant le curé de farceur ou le père Delouis d'avoir voulu se rendre intéressant... L'attitude des paysans à son égard, la subordination de ses jardiniers teintée d'ironie, trouvent explication à ses yeux. “ Brusquement il se souvint de la curieuse manière qu'avaient les gens de par ici de prononcer Omaha, en le traînant, en le veulant jusqu'à en faire un meuglement : Omeuheuuu!... ”

Par Oncle Paul - Publié dans : La Malle aux souvenirs - Communauté : Culture Polar
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Jeudi 24 novembre 2011 4 24 /11 /Nov /2011 16:30

Un dictionnaire est un objet vivant, qui ne demande qu’à prendre des forces, à s’enrichir, à s’épaissir, d’une façon irrémédiable, permanente et perpétuelle. De nouvelles entrées sont à enregistrer, des noms de nouveaux interprètes qui éclosent grâce à leur talent, nouveau-dictionnaire-du-jazz-de-philippe-carles-893730266_M.jpg des modifications à effectuer, car malheureusement à cause de leur âge des décès naturels sont à déplorer, mais aussi à cause des abus d’alcool et de drogues. Mais un tel dictionnaire ne peut être mis sur le marché tous les ans, les évolutions n’étant à prendre en considération se réduisant parfois à la marge. La dernière version du Dictionnaire du jazz date, déjà, de 1994, la précédente et première ayant été publiée en 1988. Il était donc nécessaire, et oserai-je l’écrire, indispensable, de procéder à une nouvelle édition, entièrement rénovée et remis à jour.

Il est évident qu’un dictionnaire ne se lit pas comme un roman. Il faut d’abord l’apprivoiser et piocher au hasard, dédaigner peut-être les géants, les légendes, pour ne s’intéresser aux seconds couteaux. Mes premiers vinyles dédiés au jazz étaient des compilations de l’époque Nouvelle Orléans, sur lesquels figuraient des musiciens tels que Sidney Bechet, Barney Bigard, Albert Nicolas, Teddy Buckner et quelques autres sur lesquels je reviendrai. Sidney Bechet, je ne le connaissais que par cette rengaine que l’on entendait à tout bout de champ (de chant ?) à la radio : Petite Fleur. Ma culture jazzique n’était donc pas très développée. Mais mon oreille a gardé de ce style musical une préférence, une passion entretenue depuis et que je préfère encore aujourd’hui aux Free Jazz, Jazz Fusion et autres. Je sais, je ne vais pas me faire que des amis, mais mes goûts auditifs sont imposés par mes oreilles qui ne comprennent pas toujours toutes les formes musicales, qui sont heurtées même parfois.

 

Aussi, et nous y revenons, longtemps j’ai cherché des références à Milton Mezz Mezzrow et Zutty Singleton. Ce dernier, batteur extrêmement puissant, ne possède pas l’aura de Max Roach, Elvin Jones, Roy Haines, Philly Jo Jones, Art Blakey, Kenny Clark, pour n’en citer quelques-uns. Mais Zutty Singleton m’avait impressionné sur un titre en solo : Drum Face et depuis il reste une des références dans mon univers personnel. Le cas Singleton étant épuisé, quoiqu’on puisse le développer à l’infini, penchons-nous sur celui de Milton Mezz Mezzrow découvert lui aussi sur ces plages vinyles. Dans les divers ouvrages que j’ai pu compulser, souvent son nom était associé à Sidney Bechet, et il me reste en mémoire la lecture de son livre La rage de vivre. Mais de notices explicatives point, ou peu, son nom étant indexé ici ou là lors de ses prestations en compagnie d’autres instrumentistes, dans des formations diverses. Et lorsqu’il m’est arrivé d’en parler incidemment avec d’autres amateurs de jazz, qui eux étaient beaucoup plus compétents que moi dans ce domaine, je n’ai eu droit qu’à des remarques tranchées sur son insignifiance, sa façon de jouer jugée nulle, des commisérations et des sourires méprisants. Pas à mon égard, enfin je crois, mais envers ce musicien. Pour une fois et grâce à ce dictionnaire j’ai pu assouvir mon envie de savoir. Et la notice qui lui est consacrée si elle n’est pas laudative, ne le rabaisse pas non plus, le plaçant à sa juste valeur comme un honnête musicien. Mais peut-être que Mezzrow fut déclassé parce que l’un des spécialistes du jazz, Hugues Panassié, le révérait alors qu’il mettait le be-bop au pilori.

 

Terminons par le cas Zanini, dont tout le monde ou presque connait le nom grâce ou à cause d’une chanson : Tu veux ou tu veux pas ? C’est oublier toute sa longue carrière de clarinettiste inspirée par Benny Goodman, Lester Young et Ben Webster, qui fut lors de sa résidence aux Etats-Unis dans les années 50 correspondant pour Jazz Hot, et qui à bientôt quatre-vingt dix ans joue encore régulièrement au Petit Journal Saint-Michel à Paris.

Evidemment, ces quelques exemples ne reflètent qu’une partie de mes goûts et les Puritains n’hésiteraient pas à me jeter au bûcher si celui-ci existait encore. Mais foin de ce genre de considérations qui n’engagent que moi. Ce dictionnaire est précieux pour tout amateur de jazz, dans les deux sens du terme, pour les profanes, les curieux, ceux qui n’y connaissent pas grand-chose mais sont avides de savoir, qui recherchent des renseignements sur tel ou tel musicien méconnu, oublié, passé au pilori, obscur, voué à jouer les seconds rôles, ou en devenir. Ainsi, je reviens à mes expériences personnelles, mais il me semble quelles illustrent bien ce que peuvent ressentir un grand nombre d’amoureux de la musique mais qui n’en connaissent pas forcément les fondements. Ainsi j’ai acquis récemment quelques CD qui étaient vendus dans une solderie. Etaient proposés pour un prix extrêmement modique des disques de Erskine Hawkins, Bobby Hackett et Donald Harrison. La lecture des notices proposées dans ce dico m’ont convaincu (grâce aussi à Pascal Anquetil) et je me suis procuré ces CD, ce que je ne regrette pas. Sans ce dictionnaire je serais peut-être passé à côté d’heures de plaisir musical.

Ce dictionnaire offre plus de 3000 articles consacrés aux instrumentistes, musiciens, compositeurs, aux orchestres, aux producteurs, ainsi qu’aux différents styles musicaux qui font que le jazz est pluriel, aux définitions, termes et expressions… Se plonger dans un ouvrage d’une telle ampleur, auquel ont collaboré sous la houlette de Philippes Carles, André Clergeat et Jean-Louis Comoli plus de soixante pointures de la jazzosphère, journalistes, musiciens, professeurs, c’est passer des heures et des heures de découvertes, car sans s’en rendre compte, même si on désire ne lire qu’une notice, on se trouve entrainé dans un tourbillon de notices claires, simples, éducatives, et l’on tourne les pages comme si on tenait en main un roman à énigmes. Et quant on l’a refermé on s’aperçoit que l’on a oublié quelque chose, de rechercher un nom. Indispensable à tout amoureux de la musique, même si comme moi vous n’appréciez que certains genres, que vous préférez un style à un autre, il permet d’améliorer ses connaissances mais aussi de pouvoir étoffer sa propre discothèque sans naviguer au hasard et regretter par la suite certains achats compulsifs. Je pourrais en parler des heures et des heures, mais un petit tour chez votre libraire vous convaincra de l’utilité d’un tel dictionnaire.

Le cadeau de Noël par excellence !

Le Nouveau Dictionnaire du Jazz : sous la direction de Philippe Carles, André Clergeat et Jean-Louis Comolli. Collection Bouquins, éditions Robert Laffont.1460 pages (papier bible) 32 €.

Par Oncle Paul - Publié dans : Jazz - Communauté : Culture Polar
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Mercredi 23 novembre 2011 3 23 /11 /Nov /2011 16:17

En ce mois de juin de l’année 1902, les vues animées, qui aujourd’hui sont appelées tout simplement films, prenant le nom du support sur lesquelles elles étaient Melies-copie-1.gif imprimées, détrônent peu à peu les dioramas et les musées anatomiques. Les badauds qui se pressent à la foire de Neuilly sur Seine, fête qui fait suite à la foire du Trône, forment une longue file d’attente devant les cinématographes sous chapiteaux. Le brigadier Berflaut de la sûreté parisienne, afin de faire plaisir à sa femme Marguerite et sa fille Madeleine, une jeunette de quinze ans issue d’un précédent mariage et dont la mère est décédée alors qu’elle était encore enfant, déambulent dans la foule et sont irrésistiblement attirés par la programmation du Cinéma Mondain de Jérôme Dulaar. Marguerite est costumière chez Méliès et ce sera une occasion pour elle de voir les films auxquels elle a participé. L’homme à la tête en caoutchouc, Barbe-Bleue et l’Eruption de la montagne Pelée sont des œuvres de Méliès, qui a su donner une autre dimension par rapport aux premiers films signés des frères Lumières. Les trucages apportent ce petit plus qui fait frémir les spectateurs. D’ailleurs pendant la projection de l’Eruption de la montagne Pelée, une odeur de brûlé et de la fumée envahissent le chapiteau. Mais il ne s’agit pas d’un nouvel effet spécial dû au génie de Monsieur Méliès comme l’appellent les inconditionnels de ces représentations. Rapidement tout ce petit monde est prié de gagner la sortie, sans bousculade. Toutefois, Berflaut et Robert Fresnot, journaliste et neveu de Marguerite, dont Madeleine est amoureuse malgré la grande différence d’âge, les deux hommes donc se rendent compte qu’il ne s’agit pas d’un incident mais d’un acte incendiaire volontairement perpétré.

Des prospectus sont retrouvés sur lesquels sont inscrits « Plus de cinéma ! Plus de catastrophe ! ». Ce qui renvoie à un autre incendie meurtrier cinq ans auparavant, celui du Bazar de la Charité, incendie déclaré lors d’une projection cinématographique. Une piste, mais d’autres se profilent : jalousie et rivalités entre forains et banquistes, anciens employés remerciés pour malversations, ou encore méfait orchestré par un parent des victimes de l’incendie du Bazar. Le commissaire de Neuilly signale à Berflaut avoir reçu les mois précédents des lettres d’habitants de Neuilly se plaignant des activités « des romanichels, sales et voleurs ».

Quatre forains tiennent un chapiteau dédié aux films de Méliès mais seulement trois d’entre eux sont intéressés par les nouveautés dont le célèbre Voyage dans la Lune ainsi qu’une reconstitution sur l’Affaire Dreyfus. Et il semble que ce film ne plait guère à tous. Certains des présentateurs de films sont victimes de dégradations. L’un d’eux est même retrouvé mort, assassiné, des morceaux de pellicule dans la bouche et un piquet planté dans un œil. La corrélation avec l’affiche du Voyage dans la Lune est évidente. Ce qui l’est moins, c’est l’intrusion dans l’atelier de Méliès durant une de ses absences, et des vols dont le réalisateur est victime.

Ce nouveau roman de Renée Bonneau continue à explorer l’univers abordé dans ces précédents romans, soit la vie artistique à la fin du XIXème siècle, début XXème. Casque d’or par exemple est évoquée, prostituée du nom d’Amélie Elie et les rivalités entre Leca, chef des Apaches de Belleville et Manda, ancien voyou reconverti comme charpentier. Mais si l’intrigue est sérieusement traitée, ce sont les à-côtés qui prévalent. Ainsi l’ambiance délétère qui subsiste, entretenue par les antidreyfusards et les antisémites, lesquels se trouvent dans toutes les couches de la société, jusque dans les rangs des policiers. La vindicte, souvent alimentée par des revues et magazines d’obédience cléricale, est non seulement dirigée envers les Juifs mais également envers ceux qui ont défendu l’honneur de Dreyfus notamment Emile Zola. Autre fait qui est mis en avant, c’est le piratage des films réalisés par Méliès, piratage organisé par des concurrents et des distributeurs, dont Pathé pour ne pas nommer cette société. A l’époque où des textes de loi, style Hadopi, veulent protéger les « majors » cinématographiques et musicales, contre des téléchargements illégaux, il est intéressant de noter que ceux qui se proclament spoliés n’hésitaient pas à utiliser de moyens illégaux pour s’approprier des œuvres.

Renée BONNEAU : Meurtre au cinéma forain. Sous titré Sur les pas de Méliès. Editions Nouveau Monde. 216 pages. 17€

Par Oncle Paul - Publié dans : Romans - Communauté : Culture Polar
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Naissance !

MYSTERE JAZZ  est heureux de vous annoncer la naissance de son petit frère: Les Lectures d'Oncle Paul

Un blog entièrement dédié à la littérature et qui propose des articles inédits ainsi que  des articles déjà publiés dans Mystère Jazz.. Mystère Jazz ne se consacrera plus  dès lors qu'aux romans et aux essais relatifs au jazz..

Visitez Les lectures d'Oncle Paul, l'entrée est gratuite  

 

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Quelques infos

 


    

Revues, magazines

813.jpegLe numéro 111 de la revue 813, l'Association des Amis des Littératures Policières vient de paraître. Voir l'excellente chronique de Yan sur son blog : Encore et toujours du noir !

 

 

 

 

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DellyLe numéro double 55/56 de la revue Le Rocambole est consacré à l'oeuvre de Delly. Pour en savoir plus visiter ma chronique ici

 

 

 

 

 

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indic10La revue L'Indic N° 10 vient de paraître. Pour en connaitre le contenu cliquez Ici

 

 

 

 

 

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gorgones.jpgLe Boudoir des Gorgones nouveau est arrivé

 

 

 

 

 

 

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Temps Noir 14

 

Le Numéro 14 de la Revue Temps Noir est paru.

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